‹ La conquête de l'airChapitre 1 sur 2 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

AUGUSTE GHIO, ÉDITEUR

QUAI DES OBAMDS-AUauSTTNS, 41

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LA

Mesdames, Messieurs,

La conquête de Tair doit être considérée en France comme une entreprise évidemment nationale, car presque toutes los grandes découvertes qui doivent y conduire sont dues à des savants français, et presque toutes à l'aide d'expériences mémorables exécutées à Paris. La pesanteur de Tair, h peine soupçonnée par les anciens, a été démontrée à la tour Saint-Jacques par notre incomparable Pascal. Environ un siècle plus lard, c'est Lavoisier qui a révélé la composition chimique de lair, et préparé la conquête des hautes régions, en séparant du mélange atmosphérique le gaz vital, c'està-dire le seul élément dont on ait besoin à la rigueur pour l'entretien de la respiration.

1. Cette conférence a été prononcée à la Salle det Écoles, dans la soirée du mardi 21 avril dernier.

La première lAonlgolfière et le premier ballon monté sont partis de Pari^; les environs de la place de Ja Bastille, le château de la Muette et le bassin des Tuileries, nous rappellent la gloire de Charles, de rimraorlel Pilaire et des frères Montgolfier.

La première école aéronautique a été établie sur les coteaux de Meudon, qu'on ne peut visiter sans songer à Fleurus et à Guyton de Morveau.

C'est à l'ancien jardin Tivoli, que Garnerin a fait la première expérience de parachute.

C'est 'au Conservatoire des Arts et Métiers, qu'ont été exécutées les premières ascensions ayant pour but de porter le flambeau de la science dans la route mystérieuse que l'imagination des poètes et des fondateurs de religion avait seule parcourue.

C'est à l'Hippodrome,* que M. Henry Giffard a réussi ses expériences merveilleuses de direction, avec un ballon allongé à vapeur, et montré pour la première fois la possibilité de mou yoir flans l'air par un effort mécanique un aréostat recevant une direction indépendante de celle du vent.

C'est encore à Paris, au Champ de Mars, dans une usine voisine de l'Exposition universelle de 1867, que cet illustre ingénieur a installé l'aîné de ses ballons captifs, .splendides appareils qui ont conduit dans les airs, d'une façon sûre et commode, des milliers de voyageurs à une altitude immense que les architectes des futures babels ne sauront jamais atteindre.

Rien d'essentiel qui n'ait été expérimenté sous DOS yeux, ou dont nos pères n'aient été témoins.

Cœli enarrant gloriam Dei, dit le Psalmisle. Les cieux portent les traces de la gloire de la France, dirons-nous à notre tour à ceux qui veulent que noil^ délaissions les études aériennes auxquelles notre race si calomniée dovait tant de conquêtes et de triomphés avant même le siège de Paris.

Je n'ai pas dans ma poche de procédé nouveau; je viens uniquement, simplement, honnêtement, vous démontrer qu'il n'y a besoin d'aucun effort surhumain, d'aucun principe inconnu, pour réaliser la conquête de l'air; mais que nous devons faire preuve de cette qualité, malheureusement peu française, qui se nomme la persévérance, et qui, malgré ce que dit Buffon, ne doit pas être considérée comme étant toujours l'apanage du génie!

Dieu me garde de diriger la moindre critique contre les hommes qui ont pris le fardeau du pouvoir, lorsque le trône de Napoléon III s'est abîmé sous le poids de ses fautes. Je serais un bien mauvais citoyen si je cherchais à diminuer la reconnaissance pour un gouvernement qui, ne pouvant sauver l'honneur de la France, a du moins sauvé l'honneur de la patrie.

. Le siège dô Paris figurera au nombre des plus glorieux épisodes de la conquête de l'air. Il est incontestable, en effet, que grâce à l'exemple donné

au monde civilisé par les aéronautes français l'air appartient désormais aux garnisons assiégées. Si, dans la future guerre, nous faisons le siège de Berlin, nous aurons beaucoup de mal à empêcher le passage au-dessus de nos lignes d'investissement des ballons prussiens. Le succès de la poste aérienne française a donné à la stratégie de nouveaux moyens tout à fait inconnus des anciens, et dont nos ennemis s'efforcent de profiter ; ce qui ne doit ni nous surprendre ni nous affliger, car je suis heureux de vous apprendre que le gouvernement du maréchal Mac-Mahon n'oubliera pas cette partie essentielle de la réorganisation militaire de la France. Les ballons auront, dans notre armée régénérée, la part qu'ils ont glorieusement conquise pendant Tannée terrible. Le jour où: la patrie sera menacée les aéronautes auront à verser leur sang, -

Mais après avoir rendu pleine et entière justice à M. Rampent et à ses honorables collaborateurs, nous devon*^ analyser les principales fautes commises, fautes inévitables à une période de troubles, mais que nous serions inexcusables d'oublier, parce que chacune d'elles nous fournit de précieux enseignements *.

1. Nous avons essayé^ pendant le siège, de prévenir qoelqaes-unes de ces erreurs comme on peut le voir par notre histoire des Ballom du siège de Paris, et par nos articles publiés à cette époque dans le journal la Liberté. Hais notre

Il est malheureusement certain que les pigeons et les ballons ont fait également défaut précisément à répoque critique du siège, au moment où il s'agissait de combiner les opérations de l'armée de Paris et de l'armée de la Loire. Les discours du général ' Trochu sont d'accord sur ce point essentiel avec les publications de M. de Fraissinet, et avec les récits de tous les aéronautes, MM. Cézane, membre de l'Assemblée nationale, le lieutenant d'artillerie Brousseau, etc., etc.

Les naufrages aériens qui ont été si fréquents dans cette crise funeste, ne furent pas seulement produits par la rigueur de la saison, mais par les voyages nocturnes adoptés contrairement aux règles les plus claires, les plus simples du bon sens. Ces sinistres sont plus nombreux qu'on ne le pense : non-seulement la perte du Jacquard et du Richard Wallace doit être attribuée à cette erreur, mais la descente de deux ballons en Allemagne, et le voyage funeste de la Ville d'Orléans en Norv\rége, sont

voix n'a pu ôtre entendue, malgré l'expérience que nous avions acquise dans nos ascensions antérieures. La crainte d'augmenter l'agitation publique et de nous trouver confondu avec les artisans de la guerre civile, nous a obligé à nous contenter d'offrir notre exemple à l'appui de nos assertions. <]l'est dans ce but que nous avons exécuté notre ascension diurne avec le ballon V Égalité, Nous reviendrons sur ces tristes détails dans un ouvrage qui est en préparation et qui, maintenant que ces événements appartiennent à l'histoire, peut ôtre publié sans danger.

les effets désastreux d'une seule et même cause. Tous ces malheurs eussent été évités, si un aéronaute célèbre à juste titre par le nombre de ses ascensions, i^ais dépourvu de connaissances scientifiques, n'avait fait admettre par l'administration les théories les plus incroyables. Il prétendait que la nuit les vents dorment comme les hommes, et que les courants aériens offrent à la fois plus de constance et plus de régularité que le jour, dès que le soleil est descendu au-dessous de l'horizon .

Les iîonnaissances météorologiques sérieuses étaient encore si peu répandues que cette théorie prodigieuse fut acceptée par des physiciens !

» Il suffit de cette illusion pour que le but principal de Torganisation postale fût manqué. En effet, les armées françaises du dehors et du dedans, paralysécts parle défaut de nouvelles, attendirent l'arme au pied que les Prussiens venant de Metz pussent frapper leurs grands coups!

^ pBS voyages en plein jour n'offrent, au contraire, aucun danger. Je suis parti de Paris à onze heures du matin, à ce moment de besoin si urgent, et j'ai passé heureusement au-dessus des projectiles prussiens qui n'arrivaient pas jusqu'à moil

A quel point d'aveuglement était- on descendu pour que des hommes, intelligents pour d'autres sciences, aient cru ma perte assurée, et qu'ils aient poussé la folie jusqu'à me refuser des dépêches qui

allèrent s'égarer en Norwége ou s'engouffrer dans l'Océan I

L'histoire aéronautique du siège de Paris montre que les voyages diurnes n'offrent pour ainsi dire pas de danger, même quand on descend en pays occupé par l'étranger. C'est un fait dont on ne se doutait pas avant qu'il ait été expérimentalement démontré, mais qui ne saurait être mis en doute aujourd'hui.

En effet; si l'on en excepte le Daguerre, le Galilée et la Bretagne, tous les ballons tombant dans les départements investis échappèrent aux ennemis. Si la Bretagne succomba, c'est que Taéronaute avait déserté, et que les passagers avaient sauté au hasard en se blessant. Les deux premiers ballons étaient restés si près de terre, que les balles prussiennes amenèrent la chute involontaire qui permit aux hulans de s'en emparer. Il aurait suffi de jeter un sac de lest pour arriver à bon port.

Un aérostat se décrochant rapidement des nuages et tombant dans une forêt échappera forcément à toutes les recherches de l'ennemi. L'aéronaute, dans les circonstanccà les plus défavorables, pourra se dissimuler rapidement après avoir mis le feu à son ballon.

Il est à peu près sûr de se dérober sr l'on a pris le soin de réduire au moindre volume les dépêches qu'on lui donne à porter, ce qui est facile depuis Tin*

vention de radmirable photographie microscopique de M. Dagron, réservée on ne sait pourquoi aux dépêches-pigeons*.

Le service des pigeons a offert des défauts et des inconvénients qui ne sont pas moins blâmables. Le Gouvernement délégué se bornait à confier ses colombes à des personnages qui restaient toujours à distance plus ou moins respectueuse des lignes prussiennes quand il s'agissait de les lancer. Il aurait fallu donner cette mission à des aéronautes chargés de raccomplir au milieu des airs quand ils se seraient trouvés à la plus petite distance possible de la capitale assiégée. Voilà ce qu'il y avait à

1 . Nous ayons publié à ce sujet dans le journal la Liberté, avant notre départ, quelques articles fort vifs, mais qui n ont produit aucun effet. Nous réclamions surtout que l'on suivit le procédé employé par Tarmée de Metz pour empêcher les ballons de servir aux agents prussiens renfermés dans la ville pour communiquer avec l'assiégeant. Mais nos représentations furent inutiles. Les lettres furent expédiées closes. Quand nous arrivâmes à Londres où nous restâmes pendant un mois pour exciter Topinon publique en faveur de la France, nous eûmes à nous débattre contre les rapports des espions prussiens qui s'attachaient à dénigrer le gouv«rnernement et à diminuer l'intérêt qu'excitait l'héroïque défense de la population honnête en présentant un tableau exagéré des horreurs des clubs où s'élaborait la future Commune de Paris.

Les aérostats échap[)aient facilement aux hulans quand l'aé- .ronaute n'était pas trop maladroit; mais le rapport des espions prussiens étant enfoui dans la valise, M. de Bismarck gagnait quelque chose^ même lorsque le ballon ne tombait pas entre les main» de ses agents.

faire, et non point comme je l'ai rêvé, comme d'autres Pont également essayé *, de faire rentrer le ballon dans Paris. C'était la tâche du pigeon qu'il fallait faciliter et la solution du problème aéronautique ne devait point être tentée. Mais une méthode aussi simple, aussi certaine, avec de bons pigeons et de bons aéronautes, ne pouvait être improvisée sans une série d'expériences » préalables , d'exercices préparatoires auxquels on ne saurait se livrer au milieu des combats. Il est trop tard pour organiser de l'aéronautique sérieuse alors que le canon a fait entendre sa voix. C'est en temps de paix et uniquement en temps de paix que l'union des colombophiles et des ballons peut être réalisée.

La direction mécanique des aérostats a vivement préoccupé le Gouvernement de la Défense nationale, et Ton peut dire 'qu'un grand résultat a été obtenu, car, pour la première fois depuis 1784, un gouvernement s'est directement intéressé à des expériences qui n'excitaient jusqu'alors que la répulsion des savants en renom. Mais on le ût^ il faut bien le dire, d'une

1. Je passai le mois de janvier à Lille, pour organiser une station aéronautique. La direction constamment défavorable des vents Tempècha de fonctionner, mais on put, faible dédommagement, recueillir un grand nombre de ballons tombés en Belgique et en HoUande et qui eussent été dissipés si on ne s'était h&té de les récupérer.

façon aussi maladroite que si les expériences de M. Giffard avaient eu lieu en Giiine or en Aus-* tralie.

Le Gouvernement donna des fonds pour la construction d'un appareil plus lourd que Tair, qui n'était bon et ne pouvait être bon qu'à aller de Tusine chez le marchand de ferraille sur un chariot.

On lança dans les air^ un aérostat rond, le Duquesne, qui ne pouvait que tourbillonner inutilement. Par surcroît, le départ eut lieu la nuit avec un équipage inexpérimenté. Le ballon devait, suivant les calculs, atterrir en Suisse, il échoua dans les environs de Reims. Les arbres des hélices débordant de la nacelle la retournèrent, ce que les constructeurs n'avaient pas prévu, et le capitaine fut laissé pour mort sur la place de l'atterrissage. Il fallut un miracle de dévouement pour qu'on parvînt à le soigner et à le soustraire ainsi que son ballon aux recherches des Prussiens.

Enûn le Gouvernement chargeait M. Dapuy de Lôme de la construction d'un ballon allongé. M.Dupuy de Lôme trouvait à Paris un cordier qui avait été employé par M. Giffard ^ et qui connaissait tous les détails de ses constructions. Cependant les ex-

1. Par an article publié dans la Liberté da 16 novembre^ nous nous sommes mis inutilement à la disposition de M. Dupuy de Lôme pour lui communiquer Ioa renseignemenls que M. Giffard nous avait donnés.

périencesde 1872 ne furent qu*uQ diminutif de celles de 1832. Au lieu d'enlever une machine à vapeur on mit dans la nacelle une douzaine de manœuvres devant se relever par bordée, de sorte que l'hélice fût constamment actionnée par huit tourneurs de roue. Nulles pour la défense, car elles n'eurent lieu qu'en 1872, ces expériences marqueront cependant une étape importante dans Thistoire de la conquête de Tair. Elles sont une démonstration éclatante des principes que l'éminent inventeur de Tinjecteur avait inutilement pratiqués vingt ans plus tôt. II fut établi d'une façon incommutable, le mot est trop à la mode pour que nous le délaissions, qu'un ballon pesant 4,000 kilos peut être mû par huit hommes avec une vitesse de deux lieues à l'heure à l'aide d'une hélice de 9 nlètres de diamètre faisant un peu plus de 20 tours à la minute.

Ce résultat était acquis depuis vingt ans, mais on l'avait dédaigné, délaissé. On continuait à nier la conquête de l'air, aujourd'hui personne n'oserait plus raisonnablement le faire. Le fait brutal démontré, puis vériûé à Paris, a détruit toutes les théories à priori qu'on a vues éclore de l'autre côté du Rhin, où des algébristes forts en hypothèses ingénieuses continuent à s'escrimer ^

i. ^ous faisions allusion au mémoire que M. Fleimnolz, membre de l'Académie des sciences de Berlin, a pabiié dans les mémoires d«' cette académie et auquel nous avons répondu

Il y a dans la nature une loi générale de mouvement qui s'applique à tous les fluides et en vertu de laquelle la vitesse ne peut doubler que si la force motrice développée peut aller en octuplant. Prenons donc pour point de départ la lourde gondole aérienne de M. Dupuy de Lôme, nous voyons qu'avec 64 hommes tournant constamment Thélice nous lui donnerons une vitesse de quatre lieues à l'heure. Si nous voulons passer à une vitesse de huit lieues cela sera possible, mais avec huit fois plus de monde. 512 rameurs seront nécessaires, ce qui exigera une chiourme de 768 forçats aériens, si l'on veut que les rameurs puissent se relever par bordées.

II est clair qu'un pareil aérostat ne pourrait être réalisé, mais 512 rameurs seraient représentés avec avantage par une machine à vapeur de moins de 50 chevaux. Cette machine elle-même devrait être considérablement diminuée si l'aérostat était construit d'une façon aussi élégante que celui de M. Henry

dans les comptes rendus de l'Académi3 des sciences. M. Helmnotz, employant des considérations très-compliquées, est arrivé à des conclusions qui ne s'éloignent peut-être pas beaticoup de la vérité. Mais il a fait usage de raisonnements faux qui ne l'auraient sans doute conduit à rien, si les expériences françaises ne l'avaient guidé. M. Helmnotz a assimilé le ballon à un vaisseau, il est beaucoup plus simple et beaucoup plus rationnel d'assimiler un ballon à un ballon. C'est ce que nous continuerons à faire, malgré l'Académie de Berlin.

Giffard, si rallongement élait ce qu'il doit être et si la surface recevait tous les perfectionnements néces* saires pour que la conquête de Tair devienne enfin une vérité *.

Ces résultats d'expériences authentiques n'ont rien qui soit en désaccord avec la physique la plus simple. Tout cela aurait pu être prévu à priori^ et Ta été, en effet, dans le mémoire dont, en 1881, M. Henry Giffard a accompagné son brevet.

Pourquoi, me direz-vous» ne voit-on pas les consthictions de navires aériens se] succéder, elle problème de la direction aérienne est-il laissé dans

i. La navigation à vapeur nous fournit un exemple trôssaillant de cette influence. En effet quand la carène est surchargée de coquillages» la vitesse du vaisseau se trouve trèssingulièrement retardée. L'importance est d'autant plus grande dans la navigation aérienne que la surface est complètement immergée dans le fluide, tandis qu'il n'y a dans le navire que le solide de déplacement. Si les poissons avec lesquels il est sage de comparer les ballons» arrivent à des vitesses énormes sans développer de grands efiTorts» c'est parce que leur surface est admirablement disposée.

M. Dupuy de Lôme a adopté pour maintenir la forme de

son ballon un ballon qu'il tenait gonflé d'air extérieur.

Mais ce procédé relativement grossier n'a pas réussi. Les

ballons captifs de M. Giffard avaient offert des dispositions

bien plus simples et bien plus ingénieuses. Nous savions ce

que M. Giffard se proposait de faire pour résoudre cette partie

essentielle du problème. Nous avons proposé à M. Dupuy de

Lôme de lui communiquer ce secret (voir notre article précité

de la Liberté), mais noire proposition n'a point été écoutée,

comme nous l'avons déjà dit plus haut.

les mains d'empiriques qui manquent de toutes les connaissances nécessaires pour faire un pas e:i avant? Pourquoi ne profite-t-on pas de si brillantes découvertes dont la réalité est affirmée d'une façon si éclatante ?

C'est quMl manque à la navigation aérienne un. but pratique immédiat. Le grand navire aérien dirigeable serait construit qu'il ne ferait pas ses frais. On ne lui trouverait pas plus de passagers qu'on n'en a trouvé à Londres pour le grand captif, qui n'a fait que des recettes insignifiantes, malgré une admirable. organisation. Le succès serait une ruine pour l'ingénieur qui l'obtiendrait. Il n'y a que les gouvernements qui soient intéressés à réaliser un instrument n'ayant d'autre usage que la destruction.

On ne saurait évidemment demander, comme le faisait M, Emile de Girardin, que le gouvernement mît à la disposition des inventeurs un budget annuel de dix millions. E-i effet, cette liste civile de la navigation aérienne serait probablement gaspillée en pure perte. Ces dix millions ne seraient qu'un nouveau butin livré à Tintrigue. Mais pourquoi ne ferait-on pas pour la construction du ballon dirigeable ce que Ton fait pour la guérison du choléra, ce que Napoléon P*" a fait pour la découverte d'un moyen de tirer le sucre de la betterave? Pourquoi ne décrélerait-on pas qu^un prix considérable sera décerné à l'inventeur qui réalisera un programmai

arrêté d'avance, comme de marcher pendant une journée entière avec une vitesse de 8 mètres par seconde, et de revenir au point de départ, par la seule force de Thélice aériennp, sans prendre terre et sans tenir compte de la direction des vents? De cette manière, l'État n'aurait rien à dépenser qu'en cas de succès, et ce succès vaudrait bien des millions, car il nous débarrasserait rapidement du choléra allemand. La guerre deviendrait tellement

terrible, si Ton pouvait faire usage des ballons, que M. de Bismarclr lui-même y renoncerait probablement. On ne , saurait admettre que ses lourds Allemands arrivent à nous égaler dans les expéditions aériennes, plus que nous n'arriverons nous-mêmes à nous assujetir à cet esprit de disciphne froide et bestiale, qui donne tant de force à une armée composée souvent des pires éléments *.

1. Nous avons tout lieu de croire que l'éminent ingénieur dont U'ius avons eu tant de fois Toccasion de parler, n'attendra pas que ce prix soit proposé, pour se livrer à de nouvelles ' constructions; mais il n'en est pas moins nécessaire d'insister sur la nécessité pour le gouvernement, de suivre la voie que nous indiquons. Ajoutons que rAilemagne est la seule nation civilisée qui n'ait point encore fourni de contingenta la navigation aérienne. Pendant la guerre franco-allemande, les Allemands, ayant voulu imiter les Français, ont imaginé de soudoyer un mercenaire américain qui leur a mangé leur argent et a disparu. Cet aéronaute avait été à Londres pour acheter les ballons de M. Goxwell, le célèbre praticien anglais. Nous avons constaté cette circonstance à propos de déuiar-

La construction des ballons captifs nous montre que les appareils aériens ne sont pas de ces objets communs et vulgaires, qu'il suffit de copier secrètement.

Des spéculateurs se sont mis en tête de construire, pour l'Exposition universelle de Vienne, un ballon captif à rinstar de celui qui avait fonctionné, à deux reprises différentes, d'après les ordres et sous les instructions de leur patron. Gesimitateurs malheureux de M.* Henry Giffard ne tardèrent pas à s'apercevoir que leur- ballon était trop lourd, et qu'il était hors d'état d'exécuter une seule ascension à blanc. Heureusement pour eux, un violent coup de vent enleva ce ballon manqué. Leur aérostat fut précipité dans le champ d'un paysan qui, voyant arriver une épave aérienne, résolut de s'en emparer. Il le fit dépecer et renfermer dans une cave, où il fut découvert grâce aux indiscrétions des voisins. Force fut donc de reconstruire un appareil dont un naufrage opportun-avait dissimulé les défauts. Avertis par cette mésaventure, les Viennois voulurent faire leur second ballon plus léger. Ils réussirent si bien que lors qu'on essaya de le gonfler^ le gaz filtra à travers. Il fallut renoncer piteusement à l'opération.

Vienne, malgré tant d'efforts et l'appui que le

ches f^es avec l'appui de généreux compatriotes, et d'un émi|ként officier de Tarmée britannique, dont nous ne sommes point autorisé à donner le nom.

contre-maître trouva dans les commissions impériales, dut se passer de ballon. Il est probable que Tannée prochaine Paris en aura un qui ne sera pas un des moindres attraits de l'Exposition universelle dont il est question depuis quelque temps.

Notre tableau rapide serait incomplet si nous ne parlions des efforts faîls pour étudier le milieu aérien. Quoique ces ascensions n'aient pas le même intérêt, pratique que des tentatives sérieuses- de direction,ftelles ne sauraient être délaissées sans préjudice pour Taéronautique. Mais même dans cet ordre d'idées, précisément à cause de l'immense complication des questions aériennes, il faut éconoiniser ses forces. Il est sage de se borner pour le moment aux recherches accessoires qui, dans un avenir plus ou moins éloigné, permettront à la France de venger, dans un élément nouveau, les défaites dont elle a été si injustement accablée.

Parmi les •xpériences scientifiques qui ont excité à un haut degré l'attention publique, nous devons citer en premier lieu l'inhalation du gaz oxygène exécutée à grande hauteur par MM. Crocé-Spinelli etSiv^l dans leur ascension du mois de mars. Un fait nouveau qu'il étail, il est vrai, excessivement facile de prévoir, peut être considéré comme acquis à la science. C'est encore une étape parcourue dans la conquête de l'air.

MM. Grocé et Sivel n'auraient pu, sans le secours

— soda ce cordial gazeux, parvenir à la hauteur considérable de 7,000 mètres qu'ils ont atteinte, et où ils ont exécuté des expériences intéressantes. Il est trèsheureux qu'ils aient pu dépasser ainsi Gay-Luî^sac et Barrai, et Glaisher lui-même dans la plupart de ses ascensions. Nous devons féliciter nos concitoyens de ce résultat. Nous le ferons sans aucune espèce d'à prière- pensée, mais nous ne pouvons oublier que M. Glaisher est parvenu à des hauteurs plus grandes sans avoir recours à cet eiititant gazeux. Dans les conditions où le gaz oxygène a été expérimenté, il n'est pas un objet de première ûécessité, mais un objet de luxe, qu'on me pardonne celte^mélaphore, qui rend exactement ma pensée. Mon opinion n'a pas varié depuis l'année 1868, où, pour la première fois, j'en ai conseillé l'usage, ainsi qu'on peut le voir dans La Science en ballon • .

Il ya plusieurs années, M. Glaisher m'a montré des cahiers de notes remplis de chiffres écrits d'une main posée, recueillis par des altitudes supérieures, à 7,000 mètres. L'inhalation de l'oxygène ne donnera jamais le pouvoir de tracer des chiffres aussi nombreux, aussi précis, si son usage n'est accompagné de précautions plus simples, qui ont suffi à M. Glaisher pours'élevQr plus haut que ses successeurs et qui sont une initiation nécessaire.

1. Voir, aa bas de la page 55, la note dont j'ai donné un extrait dans les Comptes rendus de l'Institut,

Le premier conseil que M. Glaisher donnera à ceux qui, avec ou sans oxygène, voudront l'imiter, sera de s'entraîner par une série d'ascensions préparatoires, faites un pelit nombre de jours avant J'ascension définitive.

Ainsi, l'ascension mémorable du S septembre 1862 a été précédée par l'ascension du 1®' septembre de la même année, laquelle a été précédée par l'ascension du 28 août, laquelle, à son tour, le fut par celle du 21 août ; celle du 21 août était précédée par celle du 20 août, celle du 20 août par celle du 18 août, celle du 18 août par celle du 30 juillet, et celle du 31 juillet par celle du 19 du même mois.

Ce n'est pas tout. M. Glaisher est doué d'une grande force, d'une haute stature, sa cage thoraciflue a des développements considérables. Il possède toutes les qualités physiques nécessaires pour ex"'écuter des expériences de cette nature.

A répoque où j'ai pris tous ces renseignements je. demandais à M. Glaisher les conditions nécessaires pour dépasser 10,030 mètres. Il me disait de ne prendre avec moi que des aides robustes, mais il était le premier à dire qu'un aéronaute ne peut pas plus se juger à terre qu'un cheval à l'écurie.

Il me conseillait d'exécuter des ascensions préparatoires avec un assez grs^ncf nombre de candidats aux ascensions en hauteur. En les examinant en l'air, on serait facilement arrivé à éliminer ceux qui

n*auraient pas les qualités intellectuelles et morales, aussi nécessaires que les qualités physiques. C'est en vain qu'un professeur de la Faculté des sciences de Paris a proposé de mettre les aéronautes sous cloche, et de voir quels seraient ceux qui supporteraient mieux la décompression. Ce procédé, purement mécanique, n'a aucune valeur, pas plus que les résultats des vivisections, dont on a fait tant de bruit dans une enceinte plus voisine. Ea effet, cet examen brutal, matériel et matérialiste, fait abstraction de l'enthousiasme, du courage, de la résolution indomptable, des qualités inestimables qui font que David a tué Goliath . Sans doute Goliath, placé sous cloche, aurait été déclaré^ par les ^ docteurs patentés de la Faculté de Jérusalem, comme meilleur aéronaute que David.

La conquête de Taîr des hautes régions nécessite chez ceux qui veulent la pratiquer une sorte de gymnastique spéciale qui ne sera pas superflue pour la * respiration du gaz vital dans les zones où il est nécessaire. Pour dépasser si facilement la zone de 5,000 mètres, M. Glaisher avait dû s'habituer à ne faire que des inspirations profondes, et peu multipliées, aûn d'augmenter autant que possible le volume de l'air ingéré à chaque mouvement, sans négliger de prendre une attitwde qui permette de dilater'en même temps la capacité des poumons. C'est un résultat auquel M. Glaisher arrivait en se

courbant de manière à rejeter sa tête un peu en arrière sur le bord de la nacelle. Tout cela, fort simple en théorie, est très-compliqué en pratique. L'oxygène en ballon, comme nous l'avons indiqué en 1868, ne sera que le couronnement de Tédiûce. Même pour la conquête de Tair, il n'est pas raisonnable de mettre la charrue avant les bœufs.

Un objet d'une utilité plus immédiate sera sans contredit une lampe Davy, servant de chaufferette, le cas échéant. M. Glaisher en a employé avec le plus grand avantage dans ses dernières ascensions. Il ne doute pas qu'il ne fût parvenu au delà de 10,000 mètres sans s'évanouir, s'il en avait fait usage le 4 septembre 1863, mais quand on lui suggéra l'idée de s'en servir, il avait fini sa série de voyages dans les hautes régions. Il y avait renonce à la suite d'une discussion très-sérieuse qui avait eu lieu à V Associalionhrilannique^ en 1863 ^ ;

1. Nous devons tons nos remercloients à M. Lamouroux, pharmacien, n« 1, rue Blanche, qui a bien voulu exposer à notre demande tous les détail? pratiques de la préparation de l'oxygène et de son inhalation. Grâce à cet éminent praticien nous avons pu faire assister nos auditeurs à la préparation de l'oxygène. Nous en dirons autant de notre élève M. James Chavoutier, un des créateurs de V AeronauHc-Club, qui a bien voulu expliquer une série de dispositions nouvelles qui lui sont dues aussi bien qu*à son frère, M. Charles Chavoulier, et dont il fera usage dans ses prochaines ascensions. La lampe Davy peut être pourvue d'un appareil pour allumage électrique à l'aide d'une pile à bichromate de potasse et à immersion.

on lui avait fait remarquer que les observations recueillies dans les zones si difficilement abordables ne pouvaient avoir un degré suffisant de précision. En effet, Tair est si rare et par conséquent si fluide, à une aussi grande altitude, que l'aérostat ne peut que difficilement rester au même niveau assez de temps pour suivre une couche d'air déterminée. Dans Tétat d'imperfection où se trouve Part de conduire les ballons, on trouve rarement des aéronautes assez habiles pour mener un ballon en* horizontale en basse région. Il est donc peu raisonnable de croire que Ton pourra être plus heureux en montant davantage. C'est d'après le conseil de ce savant physicien que j'ai restreint provisoirement mon ambition en hauteur. En étudiant les conditions pratiques de bonnes ascensions dans le milieu facilement ^accessible, je crois gagner le droit de m'élever ultérieurement. Des recommandations analogues m'ont été faites dans le rapport que l'Académie a adopté sur mes projets d'expériences en ballon *.

Pas de bornes ne peuvent être tracées à l'ambition de Taéronaute qui peut trouver le moyen d'éclairer toutes les questions de physique et d'astronomie. Mais c'est à la condition expresse que le

i. Voir le rapport de M. Edmond Berquerel au nom d'une commission composée de M. Becquerel père, Leverrier, Regnault, Dupuy de Lôme, dans sa séance du 5 janvier 187).

programme des ascensions sera rigoureusement déterminé d'avance et que Ton ne se livrera à des opérations aériennes que dans des conditions nettement et sérieusement définies.

Persuadé de la nécessité d'obtempérer aux injonctions de la commission académique, j'ai soumis un programme d'expériences à la Société scientifique de France, dont M. Leverrier est le président. J'ai la satisfaction de vous apprendre que cette société, d'après Tavis du célèbre astronome, vient d3 m'accorder un crédit insuffisant pour exécuter mes projets, mais suffisant pour me donner la force d'y persévérer.

Ce programme est des plus simples et des moins ambitieux^ la recherche de l'électricité atmosphérique n'y figure qu'à Tétat d'études préliminaires, car on ignore encore la forme et même la nature des appareils qui conviendraient.

J'espère * que l'honorable patronage accordé à mes efforts me permettra de me remettre en Fair,

i. L'orateur a donné de longs détails sur la possibilité d'utiltscr les aérostats captifs à l'étude de la physique aérienne, en leur donnant une corde de cuivre communiquant avec des nappes d'eau intérieures. [I a également insisté sur la manière de déterminer la loi de décroissance des températures en rejetant toutes les observations dans lesquelles un rehaussement se trouve constaté. Il a montré l'importance des faits spéciaux déterminés par M. Tissandler dans sa dernière ascension.

ce que je û*ai pu faire d'une façon sérieuse depuis mon ascension du siège de Paris *.

L'administration des postes ayant mis à ma disposition un aérostat du siège du temps de M. Rampont, j'ai l'intention de m'en servir pour exécuter dans toute l'Europe un voyage en zigzag à Tinstar de celui que TOpffer a fait dans les montagnes il y a une cinquantaine (Tannées et dont la publication a été, comme on le sait, un des plus grands succès de librairie dont Thistoire littéraire ait gardé le souvenir. Je partirai aussitôt que j'aurai trouvé des gens de cœur et d'intelligence pouvant coopérer aux frais de Texpédition.

Au premier abord, ces frais paraissent considérables, mais ils peuvent être diminués par le pro« duit de conférences et d'expositions une fois que le ballon aura commencé sa tournée. Gomme dans toute chose, ce qui est le plus difûcile c'est de vaincre non la pesanteur, mais la force d'inertie.

Je partirai de Paris avec un vent quelconque, mais après avoir pris la précaution d'annoncer à l'avance la ville que j'aurai l'intention de visiter. Cette détermination sera faite en profitant des pro-

i. Cette ascension, exécutée avec un ballun construit sous la direction de l'auteur, a été racontée avec détail dans le numéro de janvier 1871 de la revue Temple Bar paraissant h Londres. L'article porte le titre : How I came out of Paris in a Balloon, Ce récit n'a point encore été traduit en français.

Dostics du temps, et indiquée dans un paquet cacheté expédié à la Société scientifique qui a bien voulu m'encourager, ainsi qu'à T Académie des sciences qui, je Tespère, ne restera pas indifférente à Texécution de mon projet. Je ne sais si je serai asse? heureux pour tomber sur la ville que j'aurai visée, mais enfin j'arriverai toujours à une distance plus ou moins grande d'une usine à gaz assez importante pour me gonfler de nouveau. C^est là que je me rendrai pour remplir mon aérostat et me lancer encore dans les airs. Avant mon second départ, je laisserai un second papier indiquant la ville que je visiterai dans une seconde ascension. Il est probable qu'en opérant de la sorte un certain nombre de fois, je finirai par acquérir une certaine dextérité dans Tusage des courants aériens, et qu'au bout de quelques mois de campagne je serai à même de revenir dans les environs de Paris, mon port d'armement*: On pourra, je l'espère., dire de mon bdÀlonvires acquirit eundo^ il acquiert des forces en marchant. Quoique mon expédition doive avoir lieu en élé, mon , savoir aéronautique fera, je l'espère, la boule de neige. Aucune excursion ne sera plus charmante, car on visitera toutes les parties du continent européen dans des conditions exception-

1. Les manœuvres auraient lieu à Taide d'une soupape à clapet supplémentaire pareille à ceUe qxxf M. Barbiyet a si habilement construite lors de mon départ de Faris,

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nelles. La curiosité publique s'attachera forcéraent à l'expédition au fur et à mesure qu'elle progressera — s'il lui est possible de mettre à la voile. C'est le seul point qui n'est pas clair dans mon esprit.

Mais je suis si profondément, persuadé de l'importance d'une pareille série, que je n'hésiterais point à me rendre en Amérique si j'étais sûr d'y rencontrer des adhérents 1. L'immensité des distances qui séparent les différents centres de civilisation, les villes où Ton peut se procurer du gaz ne m'arrêteront certainement pas. Les premières ascensions seraient pénibles peut-être, me conduiraient-elles dans des régions difficiles dont j'aurais quelque mal à me tirer; mais je n'hésiterais pas, je vous l'assure, parce que je suis persuadé que la conquête de l'air est une œuvre de dextérité, de patience, autant que de science. Dans la future guerre la patrie aura besoin

i. L'orateur a examlDé les voyages transatlantiques proposés par le professeur Wyse. Il a cherché à faire comprendre toute la sagesse de la réforme du professeur Henry qui a conseillé aux aéronautes de commencer par étudier les courants aériens audessus des continents. Cet aris sera suivi dans le voyage en zigzag. Cependant il n'est pas inopportun de faire remarquer que les alternances des courants sur les bords de la mer peuvent permettre des effets singuliers de direction nalurelle. Des ascensions remarquables à ce point de vue^ ont eu lieu à Saint-Pétersbourg l'année dernière. Elles ont été exécutées par le professeur Bunelle, actuellement à Odessa, avec le . Jutes Favre, ballon du siège de Paris, mis à sa disposition par M. Uampoiit.

d'aéronaïUes sérieux, et je sais par expérience que c'est en ballonnant que Von devient véritablement aéronaute i.

C'est en devenant aéronaute que Ton pourra réaliser pratiquement la»conquête de l'air, le jour où le ballon dirigeable de M. Giffard aura mis entre les mains des véritables navigateurs aériens une arme qui nous permettra de regagner dans un autre élément la supériorité que nous avons perdue sur terre.

Jusqu'à présent les dangers sont si faibles en aéronautique, que l'on ne sait si Ton doit plus rire de la maladresse de ceux qui sont victimes d'accidents, que de la pusillanimité des riches que le spectacle de ces innocents naufrages retient à terre.

Pendant le siège nous avons perdu un ballon^ qui a été enlevé au milieu du gonflement et lancé par le vent près de la Courneuve, où se trouvaient les avantpostes prussiens. Ce malheur ne nous serait pas arrivé si nous avions pris toutes les précautions nécessaires. Nous avions eu le tort de compter sur le concours d'une foule inerte de spectateurs aussi prompts à s'effrayer qu'ils l'auraient été à s'enthousiasmer si le vent n'avait pas contrarié nos efforts^. ^

1. Depuis que j'ai prononcé ce discours j'ai reçu de' l'administration des postes une réquisition pour avoir à restituer le Guillaume Tell, qui m'avait été confié, mais j'ai tout lieu d'espérer que les autorités supérieures maintieiidiont la mesure prise à mon égard par Thonoruble M. Rampont.

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