I.e nombre n'y fait rien, il suffit de dix .Justes
Si l'on a bien lutté, si l'on a bien vécu.
Sans péril pour sa cause on peut être vaincu. »
(Victor de Laprade, Odes et poèmes.)
t Car là où le péril est plus grand, plus grand aussi est le secours, puisque Dieu vient à notre aide en temps opportun. » (Saint Ambroise, I, Josaphat, I. 5.)
• Outre les saints canonisés, il en est une multitude d'autres qui ont passé leur We dans l'obscurité, qui y vivent et qui y meurent tous les jours, d'autant plus saints qu'ils sont plus inconnus au monde et à eux-mêmes, et qui sont comme perdus dans leur obscurité. Il en est des saints comme des étoiles du firmament. Outre celles qui composent les diverses constellations reconnues, il en est une multitude d'autres que leur élévation même dérobe à nos regards : le ciel spirituel a aussi sa voie lactée.
f Oh ! si l'on savait tous les saints qui existent en ce monde sur la terre, non pas au loin, mais autour de chacun de nous I... Si les chaumières et les hôpitaux, si les mansardes, si les prisons, si les cloîtres^
si les désert'=:,si l'humble foyer domestique surtout pouvaient raconter tout ce qu'ils ont vu, pouvaient redire tout ce qu'ils ont abrité de vertus chrétiennes, quel spectacle I Mais c'c^t là un secret entre Dieu et ses anges, un secret pour les auteurs môme de ces vertus, qui, le jour où Dieu les couronnera, diront avec l'ingénuité du sacrifié : » Quand est-ce. Seigneur, que nous avons fait ces choses ? un secret pour le monde (fui n'était pas digne d'eux, et qui le plus souvent n'aura été capable que de les épurer en les insultant. »
(A. XicûLAS, Eludes pkilosophiqnes sur le Chrhtianisme.)
« Il est des ànies qui, dans nos sentiers de fange, Glissent sans y tacher leur blanche robe d'ange, S-'.ns laisser, comme nous, se prendre à chaque pas Une sainte croyance aux ronces d'ici-bas ; Des cœurs qui restent purs quand l'ennui les traverse. Qui gardent leur amour dans la fortune adverse. I/air vicié du monde en passant autoiu- d'eux Se charge de parfum ; et, comme des flots bleus. Sans entraîner un grain de nos terres inlàmes, Tls coulent en chantant vers l'océan des âmes. » (Y. DE I^\PR.iJDE. Odes et poèmes. Limpidités)
i Quand, pendant un siècle, disait le Père Lacordaire,on aura vu des hommes assiéger rédîfice de la vérité et se faire avec ses ruines des noms immortels, lorsque tout sera par terre, les races, les institutions, les mœurs, la foi religieuse et la foi publique, et qu'on ne rencontrera plus, sur le sol nu et bouleversé que des ombres qui vont et qui cherchent, alors, comme on ne \i1 pas dans des cendres mortes, et qu'il faut au moins souffler dessus pour y retrouver du feu, alors le moment de la réédification, c'est-à-dire le m.oraent de la gloire chrétienne est venus, j
Cette heure est venue ; c'est l'heure de Dieu. La France inquiète, douloureuse, hésitante, cherche des sauveurs qui la rassurent, qui pansent ses plaies, qui lui tracent la voie où dans les temps nouveaux qui commencent elle doit s'engager jjour être toujours la grande nation humaine et chrétienne. Elle se détourne avec dégoût de ceux qui trop longtemi>s ont exploité sa Ctmfiance et qui au lieu de la servir se sont servi d'elle.
Nous qui avons en niains tout ce dont elle a besoin et sans quoi elle ne peut vivre, la vérité et la foi, la ^àee et la pureté, la piété et la tendresse, garderons -nous pour nous seuls ces précieux trésors. Xons ne le pouvons pas et nous ne le voudrons i>as. Nous serons les sauveurs de notre pay«.
La Victoire des Saints.
En 1835,1e Père Lacordaire, parlant à Notre-Dame de Paris de cette puissance de persuasion donnée par Dieu cà son Église et qui repose sur la raison et la charité, s'écriait : « Mais, tandis que je parle de charité, il me vient un doute : 0 mon Dieu ! sommes-nous charitables comme nous devrions l'être ? Y a-t-il parmi vous, qui êtes jeunes, des âmes ardentes, des âmes tendres pour Dieu et pour le pauvre ? Ne voyez-vous pas qu'autour de vous la douleur augmente,la mesure se comble, et le monde penche sur d'effroyables abîmes ? 0 mon Dieu, donnez-nous des saints ! Il y a si longtemps que nous n'en avons eu. Nous en avions tant autrefois I Faites qu'il en renaisse de leurs cendres : Exoriare aliquis ex ossibus (1).
« Les temps que nous traversons sont mauvais, dit le Père Weiss. Tout le monde se lamente, tout le monde fait des plans pour éviter la catastrophe redoutée et pour préparer un avenir meilleur. Il faut tout renouveler de fond en comble : la science, l'art, la politique, la vie sociale, la philosophie, la morale, la
(1) Conférences de N.-D. de Paris, 1835. La Constilufion de l'Eglise.
théologie, le droit, la vie chrétienne. Et tout cela on voudrait l'améliorer avec des moyens purement extérieurs, avec de la politique, de la diplomatie, des déclamations creuses. Les remèdes proposés sont pire que le mal. Ce mal provient de ce que la vie intérieure de l'humanité estfaible,qu'elle est même tout près de s'éteindre. Ce n'est pas en mettant notre confiance dans les moyens profanes, ni en nous appuyant sur le fragile bâton de la faveur populaire et de la protection si chèrement achetée des puissances terrestres, ni en faisant preuve d'une obséquiosité servile envers l'opinion publique, ni en approuvant les agissements du monde,ni en nous accommodant à l'esprit du temps que nous trouverons le salut. Nous devons avant tout rentrer en nous-m.êmes, avoir conscience des forces surnaturelles que Dieu a déposées en nous, et en faire usage sans hésiter un seul instant. Pien ne saurait mieux arrêter les dangers terribles de la détresse sociale, que les armes des vertus chrétiennes, de l'abnégation, de la justice, de la charité. Ce dont notre époque a besoin avant tout, pour ne pas dire la seule chose dont elle ait besoin, ce sont des saints, de grands saints, capables de convaincre et d'entraîner ; et sinon des saints, du m.oins des hommes nouveaux, des hommes complets, des chrétiens véritables, intérieurs, parfaits (1). »
Le « donnez-nous des saints >: qui sortait comme une
(1) p. \Vf,îss, O. p.: L'Apologie du Cliristianisme. La Perfection p. 27.
lave brûlante de l'âme ardente du Père Lacordaire, je le retrouve sous la plume de M. Maurice Barrés. Le patriote qui crie la grande pitié des églises de France fait écho à l'apôtre qu'émeut la multitude des âmes qui s'en vont à la perdition ; tous les deux demandent des saints. Les pierres vivantes de l'édifice spirituel et les pierres des édifices matériels en ont également besoin. Les unes pour résister aux ravages du temps, les autres pour lutter intérieurement contre les causes de déchéance morale.
« Ne ménageons pas notre peine, dit ^I. Barres, nous en sommes abondamment dédommagés par l'honneur de servir une telle cause, mais faisons des vœux pour que chaque église trouve un prêtre exemplaire. Tout est là, comme au temps des grandes invasions. Il y a des hommes qui, par la qualité de leur être, s'imposent au respect, persuadent, arrêtent les barbares, s'en font des auxiliaires. Aux heures où l'esprit politique est vicié, semble anéanti, et quand le retour à la barbarie s'annonce par le discrédit où tombent les idées élevées, la vertu qui se fait reconnaître à ses œuvres devient une puissance. C'est elle, mieux qu'aucune page d'aucun écrivain, qui ramènerait les esprits à l'Eglise. Quand je vois des Français, ni meilleurs ni pires que leurs pères, en somme des êtres d'une excellente matière humaine, tirer gloire de dévaster ces beaux édifices de lumière et de charité qu'ils sont impuissants à remplacer, je désire de tout mon cœur pouvoir causer avec chacun d'eux, et je ne
doute pas que je parviendrais à les convaincre, tant la cause est aisée, mais où les joindre et comment m'assurer en eux un peu de bonne volonté sans laquelle tout discours est vaip ? Alors, devant ces églises, ça et là demi-désertées, demi-écroulées, je me surprends à murmurer la grande vérité, le mot décisif : les églises de France ont besoin de saints.
(.' Étrange époque, crise inouïe, où tel doit être, en dernière analyse, le vœu ardent des philosophes et des artistes, l'appel inattendu des Renan, des Théophile Gautier et de leurs disciples, saisis par le flot qui monte de la grossièreté destpjctrice (1). )^
La sainteté c'est le remède efficace aux maux dont nous souffrons. Les saints sont les vrais sauveurs du Monde.
Dieu a droit aux hommages des hommes, et souvent le Créateur, au lieu des hommages de ses créatures, ne reçoit d'elles que des insultes et des outrages. Qui conjurera lesfléaux qu'attirent sur la terre les crimes de l'humanité pécheresse ? Les justes. Leurs prières cou\Tent les clameurs des blasphèmes ; leurs sacrifices sont des compensations pour toutes les prévarications. Leur vie pauvre expie notre fiévreux amour de la richesse, leur vie immolée, la corruption de nos plaisirs, leur vie obéissante les révoltes insensées de notre orgueil. Leurs bonnes œu^Tes paient toutes les dettes d'omission de la foule dont les regards se détournent
(1) Maurice Bariiès : La grande pitié des Eglises de France, pp. 3G2-363.
du cid pour se fixer obstinément sur la terre. Ils nous obtiennent les grâces d'en Haut qui guérissent les infirmités liumairtes.
Quand nous nous mettons en face du problème de l'avenir à résoudre, nous ne tenons pas suffisamment compte àe ces réalités invisibles qui expliquent et conditionnent les pâles réalités d'ici-bas.
L'Ecriture nous parie de la puissance de la prière d'Abraham, de David, des justes de l'Ancien Testament. Elle nous raconte comment leurs supplications, désarmant la justice de Dieu, apaisant sa colère, émouvant sa bonté, l'obligeaient à intervenir en faveur de son peuple, alors même que les infidélités et les prévarications d'Israël exigeaient un châtiment.
Fréquemment l'Eglise a pu redire, au cours des siècles, ce que disait Grégoire-Ie-Grand, assiégé par les Barbares et délaissé du monde romain : « J'ai à Rome, trois mJlle vierges recueillies des monastères ruinés d'Italie. Leur vie est si sainte, elles prient, elles jeûnent et versent de si abondantes larmes que si elles n'étaient pas là, nul de nous n'aurait pu tenir sous le fer des Lombards. «
Qui sait, dit le Père Lacordaire (1), à quelle force d'intensité peut atteindre la vertu, et quel devient son prix dans ces immolations intimées que nous révèle imparfaitement la vie des saints ? Le com.te de Maistre a dit excellemment :« Il v a eu dans le cœur de
(1) Conférences de A'.-D. de Paris, 71= conf. — Des Résultais du (jouvernenienl divin.
Louis XVI telles acceptations capables de sauver la France. » N'y en a-t-il pas d'autres plus obscures devant les hommes, mais plus précieuses encore devant Dieu? Les jours d'une sœur de charité ne suffiraientils pas pour faire contre-poids aux crimes d'une multitude ? Jele crois sans peine, puisque Dieu ne demandait que dix justes pour épargner une ville coupable de désordres qu'on ne peut pas même nommer. Je le crois encore mieux, lorsque je considère que le salut du monde est dû à un seul sacrifice, sacrifice incomparable sans doute par la dignité delà personne et par le mouvement du cœur qui l'ofîrait, mais qui cependant, toute proportion gardée, nous prouve que l'intensité du bien dans une âme unique peut couvrir un abîme d'iniquités.
« 0 vous donc, enfants du m.al, sachez, malgré votre nombre, qu'il ne dépend pas de vous de prévaloir contre la cité de Dieu et d'en obscurcir l'éclat surabondant î David a suffi pour renverser Goliath, une âme suffit à Dieu pour se faire un rempart contre l'armée de vos infidélités. Il y versera des ardeurs qui étoufferont les vôtres, et des baumes qui purifieront la terre de l'odeur de vos nuits. Allez, faites votre œuvre, dormez votre sommeil, comme vous l'a dit Bossuet : tandis que vous effacez en vous l'image de Dieu par des souillures dont vous voudriez vous cacher la honte, quelque pauvre jeune fille veille pour vous dans l'honneur d'une virginité qui a tout vaincu, la misère, la séduction, la jeunesse, la beauté, le besoin d'aimer.
qui est si grand dans les cœurs purs. Tandis que vous puisez l'or dans un luxe sans fruit, quelque servante, la vôtre peut-être, rétrécit son pain de chaque jour, et en fait à la Providence, dans le sein des malheureux, un sacrifice qui la justifie de votre impitoyable dureté. ))
Les voix des saints plaident devant Dieu le pardon des pécheurs, leurs vertus contrebalancent et neutralisent les passions effrénées qui menacent de tout dissoudre, et après des périodes d'erreurs et de vices, on voit la sainteté, comme un fleuve, se répandre sur des terrains arides et desséchés, et là, où il n'y avait plus rien, elle fait fleurir à nouveau les plus exquises fleurs des plus délicates vertus. Ce phénomène de conversion, de résurrection morale de tout un peuple, — un des plus merveilleux spectacles qui se puissent voir, — s'est plusieurs fois renouvelé au cours de notre Irstoire. Après les désordres du xii^ siècle, nous avons eu, avec le xiii® siècle, l'âge d'or de la chrétienté; après la tempête de la Réforme,c'est avec le xvi^ siècle, l'épanouissement de la sainteté ; après les hécatombes sanglantes et les orgies de la Révolution,c'est la mise en route du xix^ siècle, qui guidé par une pléiade d'âmes d'élite, dans le cloître et dans le monde, s'en va vers les plus hauts sommets de la vie religieuse et chrétienne.
Les hommes subissent, eux aussi, l'influence de ces âmes dont les traits reflètent si intensément ceux du Divin Maître. Leur vie tout entière est comme un
Evangile en action, où, ceux qui seraient tentés d'oublier ou de minimiser leur devoir, y lisent avec une particulière netteté chacune de leurs obligations. Par les exemples de leurs vertus héroïques, ils entraînent à la pratique des vertus ordinaires la foule des timides, des hésitants, des lâches. Personne ne reste insensible devant la sainteté. Si les chrétiens s'agenouillent et baisent avec piété la trace des pas des saints, les indifférents, émus de tant de bonté et de tant d'héroïsme, s'inclinent respectueusement, et ceux mêmes qui voudraient nier cette puissance de la sainteté, en subissent, comme m^algi^é eux, l'empire. C'est la société entière qui, aidée par elle, fait des efforts pour secouer le manteau d'ignominie dont elle s'était affublée et pour se mettre en marche, d'un pas lourd d'abord, puis plus alerte vers une vie chrétienne plus intense.
Avons-nous des saints, à l'heure actuelle, pour nous aider dans l'œuvre de la rechristianisation de la France et pour la mener à bonne hn ?
A cette question, beaucoup répondent avec tristesse, que le temps est passé où la sainteté s'épanouissait sur notre sol, où, dans les grottes accrochées aux flancs des rochers, dans les ermitages cachés dans le creux des vallons, à l'ombre de tous les clochers, des âmes saintes répandaient devant Dieu le parfum de leurs prières et de leurs vertus. Si cette fleur rare
germe encore parfois à l'abri des hautes murailles des cloîlres, dans notre monde on ne la trouve plus.
A ces pessimistes je réponds qu'ils ignorent et qu'ils calomnient leur pays. Que nos attitudes, nos gestes, nos paroles laissent dans l'opinion de ceux qui nous regardent vivre une fâcheuse impression, qu'aux yeux de ceux qui nous jugent superficiellement ou qui ont intérêt à nous dénigrer, nous passions pour un peuple léger, corrompu, à la rigueur, je le comprends. Mais que nous-mêmes, quand nous parlons de notre pays, nous le dénigrions, cela je ne puis le souffrir !
Notre pays vaut mieux que ne le pensent les étrangers et que nous ne le pensons nous-mêmes. Ne le jugeons pas sur des faits isolés. La France, ce n'est pas le boulevard de Paris ou la plage d'une station à la mode, ce n'est pas le lieu de plaisir où les désœuvrés et les fêtards de tous les pays se donnent rendez-vous, la vraie France, celle qui travaille, qui grandit, celle qui, aux jours d'angoisse, nous sauve et sauve le monde, c'est celle que les étrangers sincères soupçonnent mais qu'ils ne voient pas, parce qu'elle n'est pas tapageuse, c'est celle que, nous Français, nous ignorons, parce que, habitués à vivre au milieu de la vertu, nous ne la remarquons même pas.
Si le père de Condren, qui vivait à l'époque sanglante et désordonnée des guerres de religion et à la veille des orages de la Fronde, estimait néanmoins que « le nombre des saints de son temps, quoique plus cachés, égalait celui des premiers siècles du Christia*
nisme^ .) ne peut-on pas en dire autant de notre époque, malgré les scandales bruyants de l'irréligion et de l'immoralité !
La France, quia été depuis ses origines la terre féconde de la sainteté, est encore aujourd'hui beaucoup plus que d'autres pays, selon le mot de Benoît XV, la mère des saints. Est-il une nation où la prière, le sacrifice, la charité, la pureté projettent de plus puissantes clartés ? et cela, non pas seulement dans ces jardins mystiques où l'église rassemble ses meilleurs enfants, mais aussi dans le monde, au foyer domestique comme dans les affaires, à la caserne comme dans nos oeuvres de jeunesse, dans le salon du riche comme dans la mansarde mal éclairée du pauvre ou la maisonnette de l'ouvrier. Et sous la pluie de sang qui, pendant quatre longues années, a détrempé notre sol, quelle merveilleuse fermentation de sainteté 1 Transformée en un immense calvaire, la terre de France a été embrasée des flammes ardentes de la charité (1). Nous avions besoin de saints. Dieu nous a envoyé les épreuves où les âmes se redressent, et la vertu a surabondé là où avait surabondé le péché. « Dieu n'aicomplit tant d'événements ici-bas que pour créer çà et là d'illustres infortunes et des hommes qui sachent en connaître le prix. Dieu n'est occupé qu'à nous donner des occasions de pleurer. Il renverse des empires, il en élève d'autres, non pas pour ce que vous
(1) Ci. Les Deux Calvaires, par R. Pré^'OST, préface par le R. P. Vuillermet. I.ethielleux.
pouvez vous imaginer, mais pour qu'il y ait des larmes et, qu'ayant des larmes, il y ait des martyrs, des patients, des hommes qui souffrent, qui développent ce grand caractère de l'adversité » (1), qui selon le mot de Bossuet « imprime à l'âme ce quelque chose d'achevé que le malheur ajoute à la vertu. ».
« Les peuples ne durent, dit Bossuet, que tant qu'il y a des saints à tirer de leur multitude. »
Nous voulons vivre. L'Eglise et le monde entier ont besoin que la France vive ; eh bien! demandons à Dieu de susciter beaucoup de saints parmi les fils de notre race, et tous, chacun dans notre vocation, efïorçonsnous de le devenir. Vivons davantage de Dieu et pour Dieu ; livrons de plein gré notre âme pour l'honneur de Dieu et la délivrance de la patrie. « Sans accomplir d'actions d'éclat, par le seul fait que nous vivrons du Christ et que notre âmie ouverte au sacrifice acceptera spontanément et portera vaillamment la croix que la Providence mettra sur nos épaules, nous serons de véritables sauveurs (2) »,
(1) C* DE Montalembert: Lp Père Lacordaire, ch. IX.
« La persécution est à la vie morale ce que la poésie est au style. La poésie, en resserrant l'expression de la pensée dans un champ exact et mesuré, la fait jaillir jusqu'aux exirêmes limites du beau ; la persécution, en tombant dans une âme forte, la détache du monde sans la briser, et la porte vers Dieu. »
(P. Lacgrdaitîe : Panégyrique du B. P. Fourier. Œu\Tes. Tome VIIL
(2) Je traiterai plus amplement cette question dans deux volumes : Aux sources de V Apostolat et Jeunesse et Apostolat.
« Soyons tous apôtres et que notre travail consiste avant tout à
354 LA CONQUÊTE DES KOIMZvIES
Que cette race de sauveurs se multiplie^ et, demain, la vraie vie s'épanouira davantage au pays de France ; et, grâce à eux, la France restera
La tête du monde.
Le vrai peuple choisi pour montrer le chemin, Le peuple fraternel en qui l'amour abonde. Ouvrant à tous son cœur et sa lovale main.
C'était par une belle soirée d'automne, toute pleine de douce mélancolie. Je me trouvais seul sur une petite colline de Bourgogne, sur le mont Auxois.
A mes pieds s'étendait la vaste plaine des Laumes. C'est là que, après un formidable combat, les derniers bataillons gaulois furent détruits par les Romains.
La statue de Vercingétorix, l'héroïque défenseur des libertés gauloises, s'élève au sommet de la colline. Il est là, gigantesque, les cheveux au vent, le corps appuyé sur cette épée qu'il venait jeter aux pieds de César.
faire circuler autour de nous la sève de l'esprit chrétien et à nous en remplir nous-mêmes. Des feuilles se détachent tous les jours de l'arbre séculaire du catholicisme français... des branches mêmes sont emportées par les ouragans ou coupées par les déprédateurs haineux ; labourons le sol au pied du tronc vénéraiDle, dirigeons les eaux fécondes jusqu'aux racines les plus lointaines, soyons, autant qu'il dépend de nous, chaleur et rosée. Le \'ieil arbre retrouvera alors la joie de ses printemps, il s? couvrira de bourgeons nouveaux, de jeunes branches remplaceront les branches tombées, sa cime immense s'épanouira encore, verdoyante et fleurie, sous le beau ciel de France; et la société d'autrefois sera trop heiu"euse de s'asseoir à son ombre, ï
(;Mgr FizET, arch. de Rouen, Lettre du .'îO nov, 1909, portant convocation d'un congrès des Œuvres catholiques diocésaines).
Je le contemplais, ce vieux héros de notre vieille Gaule, et en lisant les paroles gravées sur le piédestal : « Les Gaulois unis peuvent défier l'univers )),je pensais à mon pays. Je me remémorais toutes nos défaites passées. Devant moi défilaient, en une terrible et sanglante chevauchée, les hordes des envahisseurs, foulant notre sol profané. Défaites nationales, douloureuses, lointaines déjà, mais jamais oubliées. Puis, c'était la pensée d'autres défaites qui hantait mon esprit, défaites plus douloureuses peut-être, celles qui, depuis trente ansjonchent notre sol de ruines sacrées, ruines des œuvres et des libertés catholiques, ruines de l'âme du peuple.
A ce moment, les cloches des éghses voisines sonnant à toutes volées vinrent me tirer de ma rêverie. Elles annonçaient joyeuses la fête du lendemain, la dédicace de toutes les églises de France. C'était bien la fête de l'espérance. Ces vieilles églises qui ont vu passer les siècles, qui ont entendu les cantiques de nos pères et les cris de haine des révolutions semblaient me dire : pourquoi donc doutes-tu ?
Emportées par le vent qui soufflait à travers les sapins, mes pensées tristes s'envolèrent, et, plein d'ardeur, en montant les côtes abruptes au sommet desquelles, comme un nid d'aigles, repose la petite ville de Flavigny, je formais des projets d'apostolat. Je me voyais prêchant aux hommes l'union qui doit les rendre victorieux des ennemis du dehors comme de ceux du dedans, quand tout à coup le grand Christ qui
domine la vallée m'apparut. Dans les ombres légères de la nuit tombante il étendait démesurément ses grands bras. Il semblait vouloir embrasser le monde. Je le contemplai longtemps, et cette vision, donnant à mes projets d'avenir son véritable sens, me réconfortait. Joyeux, je rentrai au monastère, tout vivant encore du souvenir et des vertus de ce grand apôtre du Christ, de cet incomparable sauveur d'âmes : Lacor daire.
Si ce livre peut mettre au cœur de quelques hommes un désir ardent de se dévouer à la conquête des âmes de leurs frères, il contribuera un peu à la réalisation du rêve, peut-être trop ambitieux, mais sincère, de mes vingt ans !
Lille, le !«' mars 1922.
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