L UNION NECESSAIRE
ments de bonnes volontés, c'est qu'ils étaiept trop partiels et trop isolés. Il eût fallu coordonner tout cela. Et comment ? En leur donnant une idée maîtresse qui devait les guider, en leur montrant un but d'intérêt général à atteindre. On ne l'a pas fait, et l'harmonie entre ces éléments divers, nés pour s'entendre, ne s'est pas réalisée. Il ne faut point rêver d'unité absolue, d'absorption. C'est une chimère. Mais nous pouvions et nous devions faire concourir chacune de ces organisations particulières au bien commun, en nous servant des moyens qui leur étaient propres (1).
Je sais aussi qu'à certaines heures nous avons pu avoir l'illusion de la force et de l'union. Aux heures de congrès, en voyant ces mobilisations de catholiques intelligents, dévoués, ayant au cœur les mêmes généreux désirs, est-ce que nous n'avons pas cru que nous disposions de forces imposantes ? A entendre dans ces assemblées tant de discours chaleureux qui
(1) On ne demande pas aux associations, aux ligues de disparaître, « d'abdiquer au [)rofit de l'une d'elles, de fusionner en une seule. II est bon, me semble-t-il, qu'il y ait des bataillons ou des régiments différents dans une armée, car de là naît vme noble émulation ; l'exemple du voisin stimule et chasse la routine et la torpeur. Et puis, de la sorte, chacun peut choisir les chefs et les compagnons d'armes qui lui inspirent le plus de confiance, les fanions sous lesquels il peut le mieux déployer ses aptitudes et ses énergies. Eh bien, de même, les diverses ligues sont comme les différentes armes dans une armée où il y a des fantassins et des cavaliers, des cuirassiers, des dragons et des chasseurs. Soyez ce que vous vouiez dans la belle armée catholique; mais degràce, dragons, ne tirez pas sur les chasseurs ; et vous, chasseurs, ne tirez pas sur les dragons. Tirez tous sur l'ennemi, sur le mal et sur l'erreur ->. (S. Coubé: L'Union sur le terrain reliyieux, 1911.)
soulevaient d'enthousiasme des milliers d'hommes, nous avons eu, comme en un jom' de revue, la vision d'une armée ardente et généreuse, faite pour la victoire.
Hélas ! beaucoup de cesbatailions s'évanouissaient bientôt comme le rêve. Ils n'étaient pas cependant composés de ces mauvais soldats qui figurent fort bien à la parade et sont incapables de se tenir sur un champ de bataille. Non,ies hommes étaient courageux, ils auraient voulu marcher. Ils ne demandaient qu'une chose, c'est qu'on les conduise au combat. Et ces bonnes volontés n'étaient pas ou presque pas utilisées. Aussi, après avoir répété tout le jour, avec autant de sincérité que d'entrain, de claironnants appels : « Sentons-nous les coudes ; marchons unis, serrons nos rangs ! » on se séparait et la bataille était finie.
Ainsi donc, de quelque côté que nous tournions nos regards, nous voyons les catholiques manquant d'union pour la défense de leurs droits et de leurs libertés. Aussi ne nous étonnons plus de la situation présente. Elle est ce que nous l'avons faite. Si le vent de la persécution nous a balayés, c'est que nous n'étions qu'une poussière d'hommes.
U union est nécessaire à toute armée qui veut la victoire.
Jetez dans une vaste plaine cent mille hommes sans discipline et sans chef. Qu'avez-vous ? Une armée ? Non, mais une multitude confuse, un troupeau qu'on mène à l'abattoir plutôt qu'une arm.ée qu'on mène
l'union nécessaire 331
au combat. C'est le sauve-qui-peut de la déroute, parce que c'est la désunion.
Au contraire, à la tête d'hommes bien disciplinés, mettez, non pas un avocat si brillant qu'il soit, non pas un arriviste si intrigant qu'il ait été, mais un général, un vrai, qui ait gagné ses galons, non point par favoritisme, mais par le mérite, à la pointe de l'épée, un général qui tienne tous ses lieutenants dans sa main, qui, d'un seul mot, répété partout, fasse mouvoir tous ses régiments comme les. articulations d'un seul corps vers un seul but, alors tout change, c'est l'ordre, c'est la cohésion, c'est la victoire.
L'union est nécessaire à l'armée catholique comme à toute autre armée. Et, nulle part, elle n'est plus facile.
Catholiques, nous avons un terrain où l'union s'impose. Sur ce terrain, tous les esprits se rencontrent toutes les volontés s'entendent, tous les efforts se concentrent, c'est celui de la foi, de l'obéissance, de la défense religieuse.
Partout ailleurs, je conçois qu'il y ait divergences de vues, de préférences, de s^^stèmes, variétés de tendances; sur ce terrain du moins l'accord est complet, l'union parfaite.
Quand l'Eglise enseigne, nous ne devons avoir qu'un<3 voix pour lui répondre : je crois. Quand l'Eglise commande, nous ne devons avoir qu'un cœur pour lui crier: j'obéis. Quand l'Eglise menacée nous appelle à sa défense, nous ne devons avoir qu'un mot pour
lui protester de notre dévouement : me voici, présent.
Soyons unis dans la loi. Xe commettons pas la faute de choisir entre les vérités qu'elle enseigne, pour accepter celles qui nous agréent, et rejeter ou dédaigner celles qui nous ofïusquent. Emanant de la même source, reposant sur la même autorité, marquées au mêm.e coin, garanties par la même promesse divine, elles ont toutes un droit égal à notre respect et à notre croyance. N'est-ce pas, pour nous catholiques, la seule solution logique ? Que peut-il tant nous en coûter de nous incliner, d'accepter sans réserve une parole que nous reconnaissons comme infaillible ?
Soyons unis dans r obéissance. L'Eglise a le droit de régir et de gouverner tous les membres de la grande famille chrétienne. La soumission pleine et entière, sans réticence aucune, est la seule attitude permise à nos consciences de fidèles. Ce qui doit nous importer ce n'est pas de connaître les motifs qui ont pu déterminer tel ordre, mais la volonté précise de celui qui a le droit de commander. 11 parle, j'écoute. Il commande, j'obéis (1).
(1) « Plus d'une fois, pendant le siècle dernier, les catholiques s'égarèrent d'un côté et de Tautre. Us furent assez nobles, lorsque les pontifes romains parlèrent, pour s'incliner sans réserve... Ces hommes avaient senti qu'abdiquer sa pensée propre pour se soumettre à la direction d'une raison supérieure c'est se î^randir soi-même. Us savaient que l'Egli^^e, dans la propagation de l'Evangile comme dans les actes de son gouvernement, n'est inspirée que par l'amour de Dieu et l'intérêt des peuples. L'histoire, la conscience, la grâce leur avaient appris qu'on se perd à jamais, de quelque génie qu'on soit doué, quelque expérience que l'on possède, si l'on se sépare du centre de l'unité ; que rompre avec le pape et discuter ses ordres, c'est rompre avec le Christ et révoquer en doute la sagesse du Père ; qu'invincible aussi
l'union nécessaire 333
Soyons unis dans la défense religieuse. Nous avons la très noble ambition de nous consacrer à la défense de la cause et des droits de l'Eglise. C'est à elle que nous demanderons sur quels points nous devons combattre et dans quelles conditions nous devons la servir. Ne soyons pas de ces téméraires qui s'imaginent comprendre les intérêts de l'Eglise mieux que l'Eglise elle-même, et qui se croient autorisés à lui donner des conseils. Surtout n'accusons pas ses ordres de témérité ni ses décisions d'imprudence. Les guerres déclarées à l'Église, a-t-on dit souvent,et c'est vrai, sont le résultat nécessaire de son existence et le fait providentiel de sa vie militante sur terre, nullement les représailles méritées de ses déclarations intempestives. N'espérons jamais être assez prudents pour qu'il se lève un jour où l'on cesse de nous combattre. Ce jour serait néfaste, car en cessant de nous combattre^ on commencerait à nous mépriser I Et pour mon compte personnel j'aime mille fois mieux tomber violemment la poitrine trouée par les balles de mes adversaires que de mourir la tête sous les talons de leurs bottes.
Nous serons unis.Mais pour que cette union puisse pratiquement exister et qu'elle produise des résultats.
longtemps qu'on reste attaché à Rome, on retombe dans l'impuissance dès qu'on brise avec elle. C'est pourquoi ils placèrent au-dessus de tout la discipline, et méritèrent ainsi la bénédiction du ciel, »
(P. Janvier : L'Action Catholique. L'apostolat par les Œuvres, p. 218-219.)
LA CONQUÊTE DES IIOMMnS . 22
77 est nécessaire que parmi nous s'établisse ce qu'on appelle V esprit de corps.
Pour cela bannissons la morgue et la hauteur cassante. Que ceux qui sont plus élevés par le rang, par la fortune, par les charges, aillent avec simplicité à ceux qui sont en bas. N'ayons pas peur de donner une poignée de main à l'ouvrier qui passe. Il n'y a pas de déshonneur à mettre notre main blanche dans la main noire et calleuse du travailleur. N'alîectons pas de méconnaître dans la rue ceux que nous rencontrons dans nos œuvres. Il y a parmi eux des hommes admirables, toujours prêts à se dévouer, ne comptant jamais avec le temps ni la fatigue et sans lesquels nos œuvres péricliteraient. Ce sont des héros cachés devant qui je m'incline bien bas. Ne disons pas, les uns et les autres : c'est à eux à venir à nous. Nous avons tous notre fierté. Faisons la moitié du chemin, et si, par hasard, le pauvre, î'ou\Tier avait peur de la faire, allons franchement à lui, et, par quelques bonnes et cordiales paroles, brisons la glace. En agissant ainsi, de ces homimes nous nous ferons des amis dévoués, sur lesquels nous pourrons toujours compter.
Déracinons de notre cœur ce sentimient bas et vil qui fait que nous jalousons nos chefs. Dans toute armée, il faut des généraux et des soldats. Les uns ec les autres sont également nécessaires. Dans la lutte, ce qui im^porte, ce n'est pas d'être à tel poste ou à tel autre, c'est de faire le coup de feu. S'il y a un poste que tous nous devions désirer davantage.
L LNION NÉCESSAIRE 335
ce n'est pas celui où nous récolterons le plus d'honneur, mais celui où nous aurons à nous sacrifier davantage (1).
Arrière aussi les coteries : coteries de classes, coteries de clochers, coteries d'opinions. Efïorçons-nous de faire disparaître les malentendus fâcheux qui se sont accumulés depuis des années. Il y a une pensée que nous ne devons jamais perdre de vue, c'est que, tout en tendant au même but, nous pouvons y aller par différents moyens. Respectons la liberté de ces moyens, et ne nous imaginons pas sottement que le bien ne peut être fait que par un seul moyen et par nous seuls. De notre côté, faisons le bien, mais, de grâce, laissons le faire aux autres, et ayons assez de générosité pour
(1) tt Vivez donc content de ce que vous êtes, et surtout que le désir de taire du bien ne vous fasse pas désirer une condition plus relevée. C'est l'appût ordinaire des ambitieux : ils plaignent toujours le public. ils s'érigent en réformateurs des abus, ils deviennent sévères censeurs de tous ceux qu'ils voient dans les grandes places. Pour eux que de beaux desseins ils méditent I Que de sages conseils poiu- l'Etat ? que de grands sentiments pour l'Eglise ! que de saints règlements pour un diocèse ! Au milieu de ces desseins charitables et de ces pensées chrétiennes, ils s'engagent dans l'amour du monde, ils prennent insensiblement l'esprit du siècle ; et puis, quand ils sont arrivés au but, il faut attendre les occasions, qui ne marchent qu'à pas de plomb, et qui enfin n'arrivent jamais. Ainsi périssent ces beaux desseins et s'évanouissent comme un songe toutes ces grandes pensées.
Par conséquent, chrétiens, sans soupirer ardemment après une grande puissance, songeons à rendre bon compte de tout le pou-voir que Dieu nous confie. Un fleuve, pour faire du bien, n'a que faire de passer ses bords et d'inonder la campagne ; en coulant paisiblement dans son lit il ne laisse pas d'arroser la terre et de présenter ses eaux aux peuples pour la commodité publique. Ainsi, sans nous mettre en peine de nous déborder par des pensées ambitieuses, tâchons de nous étendre bien loin par des sentiments de bonté ; et dans des emplois bornés ayons une charité infinie. Telle doit être l'ambition du chrétien d. (Bossuet : Sermon sur l'Ainbilion. Carême du Louvre. Ed. Lebarcq, IV, p. 152).
y applaudir, et, quand nous le pouvons, pour l'encourager.
Et puis, et c'est là le secret de nos prochaines victoires, aimons-nous les uns les autres. On disait des premiers chrétiens : voyez donc comme ils s'aiment. C'est à ce signe que les païens les reconnaissaient. Pourrait-on en dire autant de nous, aujourd'hui ? Comme nous sommes loin de cet idéal de charité fraternelle apporté par le Christ ! A lire certains de nos journaux et certaines de nos revues, à suivre certaines de nos polémiques, à entendre certaines de nos conversations, est-ce qu'on ne pourrait pas dire : voyez donc comme ils se déchirent : Il y a des gens qui passent leur temps à dénigrer ceux qui agissent, à suspecter leurs intentions, à contrecarrer leurs projets, et qui s'imaginent parfois rendre un grand service à l'Eglise et à la société. Que c'est lamentable 1 Nous ne devons pas nous considérer comme des individus étrangers les uns aux autres, mais comme des frères (1). Car, ne l'oublions point, nous sommes tous
(1) Comment la morale du Christ réalise-t-ehe l'union des chrétiens entre eux ?
Elle détruit tous les obstacles extérieurs.
« Vous avez appris qu'il a été dit : Œil pour œil, et dent pour dent. Et moi je vous dis de ne point résister ô celui qui vous traite mal ; au contraire, si quelqu'un vous frappe sur la joue droite, présentez lui encore l'autre. Si quelqu'un veut plaider contre vous pour prendre votre robe, abandonnez-lui encore votre manteau, et si quelqu'un veut vous contraindre de faire mille pas avec lui, faites-en encore deux mille. Donnez à celui qui vous demande, et ne repoussez point celui qui veut emprunter de vous. • (Saint Mathieu, V, 38-42.)
Elle extirpe jusqu'aux germes des rnoindres discussions et sème dans le cœur les principes d'union parfaite.
« Vous avez appris qu'il a été dit : Vous aimerez votre prochain et vous haïrez votre ennemi. Et moi je vous dis : Aimez vos ennemis.
l'union nécessaire 337
les fils d'un mcme Père qui est aux cieux, nous sommes tous les frères du même Jésus-Christ, dont le sang divin coule dans nos veines. Je n'ai jamais entendu dire qu'il y eût deux Pater, l'un plébéien et l'autre aristocratique ; je n'ai jamais entendu dire qu'il y eût deux Christs, l'un révolutionnaire et l'autre d'ancien régim.e. Il n'y a qu'un seul Dieu, dont nous sommes tous les fils, quelle que soit l'élévation ou la bassesse de notre origine terrestre ; il n'y a qu'un
faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous persécutent et qui vous calomnient. Afin que vous soyez les enfants de votre père qui est dans le ciel, qui fait lever son soleil stu* les bons et sur les mécliants, et qui fait pleuvoir sur les justes et sur les injxistes. Car si vous n'aimez que ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous à prétendre ? Les publicains ne le font-ils pas aussi. Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous en cela de plus que les autres, les païens ne le font-ils pas aussi ? (Saint Mathieu, V, 43-47.)
Si, malgré cela, les inimitiés se produisent,ce«e moraZe les interrompt aussitôt.
« Si donc vous présentez votre offrande à l'autel, et que là vous vous souveniez que votre frère a quelque chose contre vous, laissez là votre offrande devant l'autel, et allez vous réconcilier auparavant avec votre frère; et alors venez présenter votre offrande. Accordezvous promptement avec votre adversaire pendant que vous êtes en chemin avec lui, de peur que votre adversaire ne vous livre au juge, et que le juge ne vous livre au ministre de la justice, et que vous ne soyez mis en prison. (S. Mathieu, V. 23-25.)
F.Ue multiplie entre les hommes les liens de charité fraternelle.
« Que chacun ait pour son prochain une affection et une tendresse vraiment fraternelle. Prévenez-vous les uns les autres par des témoignages d'honneur et de déférence... Soyez charitables pour soulager les nécessités des saints, prompts à exercer l'hospitalité. Bénissez ceux qui vous persécutent, bénissez-les, et ne faites point d'imprécation contre eux. .Soyez dans k joie avec ceux qui sont dans la joie, et pleurez avec ceux qui pleurent. Tenez-vous toujours unis dans les mêmes sentiments et les mêmes affections... Ne rendez à personne le mal pour le mal ; ayez soin de faire le bien, non seulement devant Dieu, mais aussi devant les hommes. \'ivez en paix, si cela se peut autant qu'il est en vous, avec toutes sortes de personnes. (S. Paul : EpVre aux Romains, XII, 10-18.)
Aucune morale n'est apte comme celle-là à vaincre, l'égoïsme, les divisions, les jalousies, et par conséquent n'est apte à favoriser l'union.
seul Christ, qui nous a tous rachetés et qui nous a tous aimés cFun incompréhensible amour. Aimonsnous donc comme doivent s'aimer des frères. Et si, dans la grande famille chrétienne, il en est que nous devions aimer davantage, ce sont les plus malheu-. reux, les blessés dans les luttes de la vie. Ils ont besoin de pitié.non point d'une pitié orgueilleuse, hautaine, mais d'une pitié bonne, douce comme le baume qui panse les blessures, curessantes comme la brise qui souffle aux soirs chauds de l'été.
En 1847, Karl I\Iarx jeta son fameux appel : « Prolétaires de tous les pays, unissons-nous ! » et, dès l'année suivante, l'internationale était fondée.
Il y a dix-neuf siècles, un homme est venu sur terre qui jeta au monde étonné une autre parole : « Hommes de tous les pays, vous êtes tous frères, aimez-vous les uns les autres ! » Faisons écho à cette grande parole divine, et à la haine qui divise, opposons toujours, par tout et malgré tout, la doctrine et la pratique de l'amour chrétien qui unit ! C'est à cette condition que nous serons vraiment les disciples de Celui qui avant de quitter ce monde adressait à son Père cette divine prière :
■i Père saint, conservez en votre nom ceux que vous m'avez donnés afin qu'ils soient un comme nous.
H Lorsque j'étais avec eux, je les conservais en votre nom. J'ai conservé ceux que vous m'avez donnéSj et nul d'eux n'a péri, sinon le fils de perdition, afin que l'Ecriture fût accomplie.
l/ UNION NÉCESSAIRE 330
« Mais, maintenant, je viens à vous, et je dis ceci, étant encore comme dans le monde, afin qu'ils aient en eux la plénitude de ma joie.
« Je leur ai donné ma parole, et le monde les a haïs parce qu'ils ne sont point du monde comme je ne suis point du monde.
« Je ne vous prie pas de les ôter du monde, mais de les garder du mal.
« Ils ne sont point du monde, comme je ne suis point moi-même du monde.
« Sanctifiez-les dans la vérité ; votre parole est la vérité même.
« Comme vous m'avez envoyé dans le monde, je les ai de même envoyés dans le monde.
^( Et je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu'ils soient ainsi sanctifiés dans la vérité.
« Je ne prie pas seulement pour eux, mais encore pour tous ceux qui doivent croire en moi par leur parole.
« Afin que tous ensemble ils ne soient qu'un, comme vous, mon Père, vous êtes en moi, et moi en vous, de même ils ne soient qu'un en nous, afin que le monde croie que vous m'avez envoyé.
« Et je leur ai donné la gloire que vous m'avez donnée, afin qu'ils soient un comme nous sommes un.
« Je suis en eux, et vous êtes en moi, afin qu'ils soient couronnés dans l'unité, et que le monde connaisse que vous m'avez envoyé, et que vous les avez aimés comme vous m'avez aimé (1). »
(1) Saint-Jean, XVII, 11-2:^.
La Victoire des Saints.
Un jour, en 1738, le marquis de Montcalni gagnait sur les Anglais l'éclatante victoire de Carillon, qui repoussait les troupes ennemies loin du Canada français.
Cette victoire avait enthousiasmé notre armée, et les soldats aussi bien que les colons portaient aux nues leur général.
Deux jours après la bataille, Montcalm faisait dresser une croix de bois sur un mamelon qui couronnait la plaine, et il dictait luimême cette admirab'e inscription :
Quid diix ? Quid miles ? Quis strata ingentia ligna ? En lignum ! En victor ! Deus hic, Deiis ipse triomphât !
A quoi bon un général, des soldats, des camps retranchés ? Voilà le bois vainqueur. C'est Dieu, c'est Dieu même qui a triomphé !
Quand Dieu juge un pays dans ses desseins augustes,