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LE SCULPTEUR DE LA MONTAGNE 22S

Parfois, isolés, on trouve des arolles courbés, penchés, déjetés, dont la silhouette tourmentée dit la lutte héroïque contre la neige, contre le froid, contre les ouragans. Ils donnent aux touristes, humblement, une leçon de stoïcisme et de courage : ils tiennent bon dans une lutte incessante et terrible.

C'est si bien le soleil qui anime et qui crée la beauté des Alpes que lorsqu'il boude, l'hiver, les Alpes s'enferment dans un silence farouche. Les torrents mettent fin à leur fanfare. A quoi serviraient-ils? La montagne, sous la gelée fait bloc. Chaque pierre reste scellée à sa place : rien ne descend vers la vallée, et les torrents chargés du charroi, n'ont plus de travail.

Aussi, dès que leur souverain reparaît au printemps, les Alpes s'éveillent de leur sommeil, le chant des cascades, l'allégresse des torrents, le tonnerre des avalanches recommence.

Parce qu'elle sont jeunes, les Alpes sont une source intarissable de splendeur et de joie. La nature, comme si elle avait profité de l'expérience acquise dans l'élabo* ration des autres moniagnes, a réalisé dans les Alpes de Chamonix la beauté suprême. Dans l'atmosphère sans poussière, là netteté sculpturale des arêtes déchiquetées, des lignes, la multiplicité des plans, des assises, des cassures, des saillies, des creux donne à Tesprit le sentiment de l'immensité et de la puissance.

Le soir, à mesure que l'ombre monte du fond des vallées, une grande simplification se fait. Ce ne sont plus que masses formidables sur un ciel d'or, puis les Alpes flamboient dans une lumière pourpre pure et puissante.

Un autre charme délicieux des Alpes, c'est que lorsque Ténergie de la contemplation des espaces immenses et le sentiment des forces étemelles que l'on entend et voit travailler autour de soi, ont lassé l'âme, il suffit d'abaisser le regard pour entrer dans un monde

• Patot. — Bonheur, 15

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nouveau. Qliàfad Vtèil Ht Uligtié par {a Vue àèH fiarufdlilles foffftidàblé^ et par réëlât iûsouténâble de» ùeige^, qâ'il a épûhé la g&maïé deii bletiâ IntëûSëâ déi^ éfêfài^iie^^ il petit ^é l'epoâei' mt lësfdtéis, stif iéâ alpâged, âVéc lètifd èhaletS et leurs twupëau^. L'ofêillë écoilte la joyeuse et vivante symphottîé Aéi elôChettéè. Lé filtliicleb âéôôdVfe que lé^ câ^ôades d<:^t)t1ëtlt iiù âéCôrd pâtfâit d'tit tùâ]ëut « eûi*ichl d'uû fâ plOs gfaVé, étrâdgêr à Tâëcoi^d. » d'est lé châilt deii Câscîadéâ. Paflês ôelWrôiéë de la forêt, le fegafd plôOge dàtis là plaine, bûf lès ïectâtiglès Ati pi*airles vët*tes OU siir Vot des fftolâSôtië. hëi villages y i^ont gi'odpés, dôtûitie de^^ villages de Lilliput ou comme les maiisoùnettès dés }»m d*eflfàrtts.

^ SPLENDEUR DE LÀ FLORE ALPfS^YHË .

Oati*e ces spectacles qui, lotis, dotlhéttlutie impfesâlôti de iéfénllé, \èi Alpes dffi^enl mt yetfx étnei^Veilléé une fldte admirable. Aaiani elles sotit mélaneoUtideg l'hlvef ,

quand elles liotit plongées dahs iihé léthargie sitendcuâë, aûtatit, des que le soleil les féveiliè, étieâ deviehiiëUt Vivantes. La iieigê â peine fondue, HiépatiqUes, PëfCé^ ttéigé^ Tussilage.^, Pi^ImeVèfëS, fortt êclalëf sut^ leS alpages lëdfs bleus, leur jauueâ, leurs blaiics, lents rouges! Utlë fdtllë de planteii s épatlôuissent àii soleil, hétirëUfeeS d'échappet* à là longue et obècufë réëltislôù sôuS la neige et elles lûadifeiiiéiit uûe brQlâbtë jbie dé vîvjpé. Qui tt'à pas Vil les petites qui domifîënt la Mel* de Glace, étincelanles de leur immense parure de thodôâèùdfdai, ne peut IttiagiDër k somptuosité des Alpes au début de Tété. Aussi le rhododendroù est-il la lleui* préférée du môutdgûard. Eillé datis les plâtttëfe, S1I eu âpëtçOll uUè touffe èécbéë, quelle étnbtiôii fait

battre sôU cœur! II ést pour les yeux ce qu*êiâit pôui* léb

SPLEN^ÈCn m LA fWKJÊ, AL»£STKË 22l

oféi)Ie« lé tAnt AéÈ vâchëft qui faûàit désêrtéf leè gafde^ ftûiiïàéd... Le rhodod^ûdron après àvôiï" pfôdigué Éèû délicièasés fléur^ roses, d'Und pdfeté si tendre» pm encore en automne, avec les rfiyflillés^ là tïiûûU^% dM Ifrlébdiûr'ft de éëè feuille» pottrpî'éë : ttt milieu d« 6es feviiettieûtd fougês^ orâUgeâ, le métèié fàil éèlâtW âdà ôrs.

Lès platitéB alpestres notili dèiitieM des leçdûS pi'dfl^ tables* Leur vie est rude, cet le eliifiàt, dàâs lei^ altitudes où elles luttéut, est terrible i glàôiâl là Mit, torride dans lé jour. Aussi ont-^ellèS dés racideS prô-^ fondes et robustes, où elles accumulent leurs réserves. Elles n ont pas le temps de pousser des tiges : tout de suite, elles sépanôuîsseiît en fleurs, très grandes comparées à leur taille et elles en créent à profusion. Elles condehlrent léuf énergie et sont toUt radines él tout fleurs. N'est-ce pas aiûsi que nous devrions jeter des racines robustes et profondes dàûS la sensibilité àlin que ûos idées S'épanôdissent en fleurs éclatantes?

Pauvres petites fleurs héroïques! J'dl vu en septembre, sur les bords d'uU név^ê qui fondait tardivement, des fïéUrs de printemps, des Primevères ronges, des Percé-* fielge verts et jâuues, ensevelis depuis deut ans sous la neige, se hâier d'éclore et d'être beaux! LeS pâpilloHs ël les àbtillles Iris aperdevroni-ils assei loi pour les féconder àvatit les gelées très prochaines? Chose touehàUte, ees plantes ascétiques, habituées aux rudéS

couditious de la vie (|ui leur sont faites, dépérisseut dès

qu'où léâ ti'ansporte dans dès régious plus favorisées. Le eôuforl les tue : elles ue veulent vivre que de privatidUs '.

De feéltft rudesse des éléments et aUssl dé Tactlon brûlanie dU soleil viennent anjt fleUi*s des Alpes 1 éclat de leurs couleurs, qu'on ne retrouve nulle part, leur

i, tire îe fceçtîi UVre àé b, j?lemwèll : Sur tAlpe fleurie.

228 l'amour 9b ia nature

caractère si parlîcàlier, leur énergie, leur élan vital, leur flamme. On sent que victorieuses dans une lulte terrible, elles s'épanouissent dans une intensité de vie. Ce sont des fleurs heureuses.

Mais les Alpes, ainsi que font les chefs-d'œuvre delà pensée humaine* ne se révèl< nt jamais aux indifférents ni aux indignes. Elles ne se donnent qu'aux âmes ferventes et nobles, capables de sentir leur présence dans rintimité profonde de la sensibilité. Quand je ferme les yeux et que je pense aux Alpes, je sens passer dans ma conscience une onde de joie et de vie.

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