LES COMPAGNONS ÉTERNELS
pour acquérir la nouveauté continuelle de l'espril* » et ils nous font le don de cette fraîcheur d'intuilion : aussi nous aident-ils à mieux aimer, à aimer plus profondément. Les grands artistes nous eiiibrasent d'émotions lil)ératrices qui nous font meilleurs.
En outre, ils nous communiquent leur ivresse de créateurs, ce sentiment de lorce accrue et débordante. « Dans cet état on enrichit tout de sa propre plénitude : ce que Ton voit, ce que Ton veut, on le voit gonflé, serré, vigoureux, surchargé de force. L'homme ainsi conditionné transforme les choses jusqu à ce qu'elles reflètent sa puissance — jusqu'à ce qu'elles deviennent des reflets de sa perfection ^ ».
« Vous autres gens de TOccident, dit le grand poète indou, me semblez vivre au milieu d'un coajbat perpétuel. Ce n'est ici que bataille et lutte pour la vie Nulle place pour le repos, la paix de l'esprit, pas de refuge pour la pensée, ce que dans notre pays nous croyons nécessaire à la bonne santé de l'âme ». A sir Rabindra- * nath Tagore, nous pourrions objecter que la sagesse des contemplatifs de la vallée du Gange ne sauve pas les foules indoues de la peste et de la famine ni de la servitude*
Le poète indou a vu, hélas ! la dureté de notre existence opprimée par les besoins factices — mais nos Pasteur, nos Claude Bernard, nos Duclaux, nos Roux qui travaillent dans leurs laboratoires. Descartes « enfermé tout rhiver dans un poêle », Malebranche dans sa cellule de moine, Corneille, si pauvre, Maine de Riran, Ravaisson et tant d'autres nous donnent justement Texemple dont a besoin notre époque dispersée, celle de vies calmes, toutes consacrées à la méditation sereine. Ce sont eux qui, avec les grands organisateurs comme