Marc Aurèle
récompense sera belle si sa lecture rend quelques cœurs plus sages, plus atlentifs, plus virils et plus sains.
Arrivé au terme de ma vie, ayant vu se dérouler devant mui bien des existences humaines, et ayant réfléchi sur nombre d'expériences concluantes, je dirais volontiers comme le vieux philosophe Anaxagore à qui Ton demandait quels étaient les favorisés de la vie : « Personne n'est heureux parmi ceux que tu estimes tels. Tu trouveras le bonheur parmi ceux qui te semblent malheureux : non au milieu des richesses ni des honneurs, mais parmi ceux qui cultivent d'un cœur fidèle et persévérant une petite campagne ou une science désintéressée* ».
La plupart de nos contemporains, excités et comme ,fascin<^s par lauibilion, par le désir de Targent. parles exaspéraiions de la vaniié, s'égarent très loin delà voie royale du bonheur. Ils cherchent ce qu ils ont et ne trouvent jamais ce qu'ils cherchent. Le salut est dans la sérénité, dans la vie simple, dans le travail qui laisse le corps en santé, qui rend l'inlelligence saine et droite ; dans le vrai repos qui consiste à se mouvoir dans l'ordre et dans Tobéissance aux lois profondes'de la vie; dans la vie douce, calme, sans trépidation, qui permet les joies de l'amitié et de la famille; dans la communion vivifiante avec la nalure; dans les enchantements de l'art, de la littérature, de l'histoire, de la philosophie, de la science...
Une basse sujétion à l'argent, à Tambition, à la vanité ne permet jamais le bonheur : on le trouve dans la pensée et dans l'énergie libérées de ce qui rabaisse. Pour être heureux, il faut et il suffit d'être un homme dans la pleine et loyale acception du mot et ce livre pourrait avoir pour titre : Essai sur Vart de devenir un homme^ étant sous-entendu que la vie entière n'est qu'une éducation conlinuelle de soi par soi-même.