‹ La conquête du bonheurChapitre 25 sur 133 · HEUREUX QUI A TROUVÉ SA TACHE · texte numérisé non relu

HEUREUX QUI A TROUVÉ SA TACHE

forces naturelles anarchiques, si naturellement ennemies de l'ordre qu'elles recommencent Finvasion sournoise dès qu'on cesse de lutter.

Le travail trouve donc en lui-même sa récompense et jamais il ne déçoit : il paie par la joie de découvrir ou de créer. Le plus humble peut créer et ce qui fait notre chagrin et notre indignation contre les barbares qui ont détruit la cathédiale de Reims^ c'est que dans chaque sculpture, dans chacune des statues de no^ cathédrales on reconnaissait l'invention, la création parfois naïve des admirables ouvriers du Moyen âge. Ces modestes n'ont même pas songé à signer leur œuvre tant ils sentaient que la récompense du travail consciencieux c'est de ravoir fait, c'est la force qu'il donne.

Cette joie pure du travail désintéressé disparaît si on le subordonne : dès qu'on fait effort en vue de l'argent, ou de l'amour-propre, le travail se dégrade en tâche : on vend son énergie pour quelque chose d'inférieur : le travail mercenaire ne donne jamais la paix, par la raison qaun mendiant n'est jamais satisfait de ce qu'on lui donne. Au lieu de la fierté de dépendre de soi, on s'abaisse à attendre des autres l'argent ou l'éloge qu'ils ne donnent que contraints. Qu'on oppose à ce. servage à autrui le désintéressement de Puvis de Chavannes, de Rodin, travaillant, malgré la pauvreté, les moqueries et les injures, sans rien sacrifier aux goûts des puissants du jour.

Seul le travail que tu accomplis* avec toute ton âme peut te sauver de la demi-folie où vivent les oisifs. Dès que tu cesses de réfléchir, de faire de l'ordre en toi et autour de toi, ton cerveau, que tu ne diriges plus, est envahi par les impressions anarchiques, incohérentes :, les idées fausses, les préjugés : les mots félons^ font irruption et la déraison commence. La sagesse ne se

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