‹ La conquête du bonheurChapitre 3 sur 133 · Sentence d'un papyrus d^Herculanum · texte numérisé non relu

Sentence d'un papyrus d^Herculanum

Pàtot. — Bonheur, 1

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Pairie, si généreuse, si humaine, d'esprit si clair, allait sombrer sous Tabjecte tyrannie prussienne. Ceux qui n'ont pas passé par ces alternatives de désespoir et d'espoir ne sauront jamais de quelle puissance est l'amour de la Patrie, et quelles espérances représente pour ses enfants la France ! Au moment où nous étions en danger de perdre son âme, nous sentions d'une expérience profonde, immédiate, que nos biens, notre vie, celle de nos enfants, n'étaient rien et qu'elle était tout.

La pensée que nos ôls pouvaient être tués ou mutilés noua torturait, mais ce supplice était tiéglîgeable comparé à l'angoisse qui nous serrait le cœur à l'idée que tout l'héritage français pouvait être annihilé. C'eût été pour nous l'obscurité glaciale remplaçant la chaleur et la lumière du soleil.

Une grande leçon nous fut donnée dès le jour de la mobilisation. Nous savions, d'une connaissance théorique, que la vie individuelle était Une pauvre chose, mais au début d'Août 1914 cette certitude saisit l'âme de la Nation entière. Les deuils innombrables frappant la famille et les familles amies, l'exode de millions de femmes, d'enfants, de vieillards fuyant devant les Barbares, l'esclavage rétabli en Belgique et dans le Nord de la France, les souffrances des prisonniers, la misère grandissante; les incendies de nos villes et de nos villages ; le pillage et le vol érigés en système : ces atrocités on les accepta stoïquement. N'étaient-elles pas dans la logique des choses ? La claire raison française de Montaigne, de Pascal, de Voltaire, d'Anatole France; le sentiment de Thonneur de Bayard, de Jeanne d'Arc, de Corneille; la tendresse humaine de Racine; le sens de là dignité, de rittdépendance, de la liberté, si profond datis nos cœurs, tels étalent les trésors spirituels pouf lesquels nous luttions. Contre nous se dressait un peuple servile, grossier, dépourvu de tendresse, un peuple avil

LE DEVOIR d'être. HEUREUX 3

par l'oppression d'une caste brutale dont Bismark fut U plus bel exemplaire ^

Les chefs allemands sont des Slaves qui ont gardé l'esprit asiatique : aucun sentiment de Thonneur. Depuis Arminius jusqu'à Bismark et a Guillaume II, depuis " l'embûche tendue à Varus, jusqu a la dépêche d'Ems et à la fable des avions sur Nuremberg, aucun des chefs allemands n a compris la laideur et la bassesse de la ruse et du mensonge. Nul sens du droit ai de la droi* ture. Quelle humanité inférieure !

Chacun, en France, comprit la vérité. Chacun sut que la lutte contre de tels adversaires serait horrible.

Aussi chacun, le jour de la mobilisation, accepte-t-il les suprêmes sacrifices et décide4-il la totale abnégation de soi-même. Élan admirable, communion de la Nation entière, intuition de lasubordination de la viepersonnelle.

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