‹ La conquête du bonheurChapitre 4 sur 133 · LE DEVOIR D ÊTRE HEUREUX · texte numérisé non relu

LE DEVOIR D ÊTRE HEUREUX

Toutefois résistons à notre penchant à une logique abstraite; n'allons pas jusqu'au bout de notre affirmation, et regardons la réalité. Mathématiquement chacun de nous n'est qu'un fragment, un quarante millionnîème de h Fr^mce, fragment périssable, fragile, éphémère.

Mais la France, à chaque moment, n'est que la totalî-sation de ces existences infinitésimales. La Patrie, son intelligence, sa valeur morale, son rayonnement sont en fonction de l'intelligence et de la moralité des individus. La façon efficace de travailler à la grandeur du Pays c'est de faire en sorte que chacun des individus i|ui le composent acquière la valeur la plus haute pos-

1. La correspondance des prisonniers, des femmes d'officiers, des sœurs, des jeunes iiUés ont été typiques. Jamais un essai de taire les misères et les souffrances pour éviter aux siens une douleur inutile. Aucune tendresse.

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Bible. Comme ce qui est en puissance en nous ne peut passer à Tacte que par le travail, nous devons tendre à développer notre capacité de travail en qualité comme en quantité. Or le chagrin, la tristesse qui s'apparentent au découragement, à la faiblesse^ à Taboulie, sont des perteis d'énergie. Ce sont des fautes contre la Nation. On peut en conclure que c'est un devoir d'être heureux et par conséquent d'étudier les conditions du bonheur.

Nous avons démontré dans un livre sur le Travail Intellectuel que les sages qui administrent intelligem^' ment leur énergie sont une minorité. Même dans les métiers qui semblent simples, parce qu'ils sont vieux comme le monde : manier la pelle, construire un mur, etc. , un examen scientifique des conditions du travail prouve un gaspillage surprenant de forces.

Comment, par conséquent, l'art de vivre, si compliqué^ n'en serait-il pas aux balbutiements ? Innombrables sont les souffrances qui proviennent de l'ignorance des conditions essentielles du bonheur. #

L'humanité ne s'est pas encore adaptée à la vie actuelle. Elle l'était aux conditions de la vie primitive. Quelle liberté d'aller et de venir 1 Quelle égalité entre hommes ayant mêmes occupations simples et même ignorance! Le travail convenait à notre nature car il consistait en rudes coups de collier suivis de longues flâneries.

 des centaines de mille ans de vie libre, succède brusquement, c'est-à-dire en trois mille ans^ la vie civilisée, puis la vie dans les villes. L'homme y arrive sans y être préparé, non seulement à cause de son amour des actions violentes, mais surtout à cause de sa répugnance pour la monotonie et pour les lenteurs de l'observation et de la réflexion.

Avec la faible dépense d'intelligence qu'elle apporte à Texamen de la vie quotidienne, comment l'humanité nigûoretait-elle pas les conditions du bonheur? Ne

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voyons-nous pas en éducation des méthodes déraisonnables se transmettre de générations en générations sans nul effort pour y porter remède? Comment en serait-il autrement pour nos habitudes de vie? Prises dès Tenfance, avant Téveil de Tintelligence, chez la plupart des gens qui vivent par routine, elles sont devenues irrésistibles dès Tâge mûr.

Toutefois la vie dans les tranchées a appris à nos jeunes gens deux vérités importantes pour l'éducation de soi.

La première c'est qu'une vie matérielle très dure est compatible avec une vie spirituelle intense. Cette vérité, enfermée jusqu'ici dans les laboratoires et les cloîtres, a chance de se répandre et de rendre le faux luxe intolérable.

Leur seconde découverte c'est qu'une attaque, pour réussir, doit être préparée dans le plus grand détail. La victoire est une récompense du courage, mais aussi de l'application de l'intelligence au problème à résoudre.

Il y faut une étude patiente des effets de toute initiative car beaucoup sont différents de ceux qu'on attendait : seule l'expérience nous renseigne sur eux.

Notre vie sera transformée le jour où nous appliquerons la même prévision intelligente aux problèmes de la vie. Mais cela ne deviendra ordinaire qu'à la suite d'une révolution profonde des méthodes d'éducation qui devront développer l'esprit d'observation et la puissance de la réflexion.

Si personne ne lutte contre les routines régnantes, elles s éterniseront : osons donc combattre contre elles t On dit que nul ne s'instruit par l'expérience des autres* Parole absurde, car tout métier s'apprend : celui de bien vivre doit aussi s'apprendre.

Il est exact qu'en fait de science de l'âme, on n'apprend que ce que Ton sait déjà. Mais nul n'ignore, au moins à l'état indistinct, ce que discernent les plus pénétranti^

des psychologues : ne sont-ils pas semblables à nous? Rien d'humain ne nous est étranger.

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