Michelet, Le Peuple
122 l' ARGENT
d'être riches, n'oat guère la possibilité de Tavoir. On demandait à Tolstoï ce qu'il souhaiterait à un hoimme à quyi voudrait beaucoup de mal : « Je lui souhaiterais^ répondît Tolstoï après réflexion, que ses enfants naquisse&t riches » et il raconte quelqiie part un apologue : une femme pour assouvir une haine diabolique vole à la femme qu elle jalouse son enfant et le substitue à Tenfant d'un richard. L'aide apj^ortée à re&faat riche par ses domestiques et ses gouvernantes est sî débilitante que M"** Mon tesson qui a fondé, avec la lucidité du génie, l'éducation des bambins sur la volonté, redoute l'arrivée dans ses maisons d'enfants, de fillettes ou de garçonnets de familles aisées. Vers la troisième année un mal irréparable est déjà fait : les ressorts de l'inii'iativé et de l'invention sont détendus. Ces enfa^Cs sont distraits, égoïstes, indifférents, inertes. Où a écrasé leur esprit d'initiative.
Naturellement, cette influence débilitante continue à agir sur le jeune homme : « Un panier plein de titres est le fardeau le pliis lourd qu'un jeune homme puisse avoir à poriet. D'ordinaire il chancelle sous ce poids » ^ Avec mon expérience de la vie^ je soulscris ail jugement du président Garfiekt que « le plus riche héritage qu'un jeune homme puisse trouver à sa naissance est la pauvreté ». Quant aux filles riches, elles deviennent lai proie des arrivistes ou d'hommes médiocres.
Il est une peine, dit Garlyle % quie la Natiïre inflige dans ses colères les plus sévères, c'est de condamner à posséder beaucoup d'argent : « A posséder ça, à montrer une vanité s'enflant jusqu'au monstrueux par ça, vos passions basses s'excitant jusqu'à l'explosion par ça, votre cœur et peut-être votre estomac lui*mêmeTnÎAéd par rîntoxîcation de $a... »