LE POUVOIR NE RÉALISE AUCUNE CONDITION DU BONHEUR
C'est que le pouvoir ne réalise aucune des conditions essentielles du bonheur : l'orgueil de la victoire sur les tidversaires, les satisfactions de la vanité ne durent même pas quelques semaines, car l'habitude assoupit promptement ces sentiments, si bien qu'une seule note discordante — et il y en a toujours — suffit pour gâter le plaisir. C'est ainsi que Flaubert nous montre Napoléon III et rimpératrice « prostrés » parce qu'ils avaient t;ni se reconnaître dans un article de G^ Sand* et la cour de Guillaume II et le Kaiser lui-même ont été, il y a quelques années, bouleversés par une série de lettres anonymes. Nous savons qu'un article malveillant rendait malade cet histrion qui a sombré dans le sang.
Pour les puissants qui ont gardé la claire vision des choses, il est pénible de ne jamais savoir la vérité et de ne pouvoir se fier à ceux qui les entourent ! Carnéadedit
1, G. Flaubert, Correspondance, 4« série, 17 mars 1870. .
450 LE^po^Jvom
que le maQ:ège est la seule chose qae les jeunes pria€e£P apprennent exactement : leurs autres maîtres les flattent^ ceux qui lutteatavac eux se laissent tomber, mais un . cheval renverse par terre tous les maladroits qui le montent ^ Esope disait à Solon « Il faut ou n'approcher poittt du tout des rois ou ne leur dire que des choses a^éakles ^ » Gomment en serait-il autrement? Goethe lui-même ne faisait>il pas preuve d'obaéquioaité en présence d'hommes nuls, mais titrés? Une espèce d'âJ)erration vaniteuse se développe nécessairement chez un homme à qui tout le monde cherche à plaire. Chez les enfants des rois, adulés dès Téveil de la raison, cette aberration touche à la déraison. « Madame, fille du roi, jouant avec une de ses bonnes, regarda à sa main et après avoir compté ses doigts : « Comment, dit Tenfant avec surprise, vous avez cinq doigts aussi, comme moi » ^ Et une reine : « l^uand il s'agit de dasaner les gens de notre espèce, croyez que Dieu y pense plus d'une fois » *.
Cet état d'esprit est expliqué par le mot d'un courtisan à la mort de Louis XIV : « Après la mort du roi, on peut tout croire ! » Comment Louis XIV ne se serait-il écrié après Ramillies : « Dieu a donc oublié tout ce que j ai fait pour lui! » Cependant Racine osait déjà écrire que la postérité ferait marcher de pair Corneille et le gr^md roi.
Aussi, combien terrible le changement qui suit la chute! Le public a le sentiment que la vie de Guillaume il en Hollande est pire que la mort pour l'orgueil ulcéré de ce misérable. Y a-t-il torture pareille à la captivité de Napoléon P^ à Sainte- Hélène? A un étage