LORSQUE VOUS ÊTES ARRIVÉ, ELLE ETAIT ABSOLUMENT
VIDE. Que n'ai' je pas employé pour vous seconder? Vous Tavezvu vous-même, et vousn' avez puvous empêcher de V avouer. Tout ce que vous avez souhaité vous a été donnéy hommes^ munitions, artillerie, mousqueterie. J'ai dégarni la placCj vous le savez, et je ne m'en repens pas, puisque F affaire a réussi. Quelles difficultés n'ai' je pas trouvées, pour vous dissuader de certaines inquiétudes et indécisions ou vous paraissiez être et qui ne vous étaient occasionnées que par des gens peu au fait, et nullement portés pour votre gloire 7 Vos marins m'ont donné seuls plus de peine que tout le reste; a quoi a-t-elle abouti? à rien du tout ; et vous avez vu vous-même combien ils ont eu de peine à se résoudre à tirer sur une place, dont il semblait qu'ils craignissent la reddition. Tant de soins, tant d'embarras, tant de prévoyance, tant d'avances, dont je ne suis pas encore payé, tant de veilles ont abouti à la vérité à la prise d'une place la plus fameuse de l'Inde, mais dont nous ne tirons pas, comme on Paur ait pu, tout P avantage qu'elle devait procurer à vous Monsieur, et à la Compagnie ; et cela, parce qu'il ne s'est pas trouvé une personne auprès de vous qui pût vous faire sentir l'inutilité d'un traité de rançon fait avec des prisonniers, qui ne sont point autorisés pour la promettre, et dont tous les otages que vous en tirez, deviendront, parleur long séjour, dans quelqu' endroit qu'ils soient, à charge, et de vrais martyrs de l'inexécution d'un traité, qui ne peut avoir lieu, ni dans VInde, ni en Europe. Au nom de Dieu, Monsieur,, ne
VOUS faites pas illusion à ce sujet. Vous êtes trompéy si vous pensez qu'il soit jamais exécuté. Les colonies éloignées se rançonnent à la vérité^ mats ce n'est jamais en billets^ mais en beaux deniers comptants. Les Souverains^ les Compagnies sont en droit de désapprouver ceux qui les engagent sans ordre. Ils se moquent d'autant mieux de tous ces billets^ qu'ils sont encore les maîtres de toutes ces places rançonnées^ et qu'il faudrait une nouvelle guerre pour les. faire payer. François /««^ traita dans sa prison : il signa tout ce qUe l'on voulut; ses enfants furent mis en ôtage^ qu'en résulta-t-il ? Vous le savez. Le roijean^ prisonnier en Angleterre etijit autant; le résultat fut le même. C'était pourtant des, têtes couronnées qui traitaient et sur la parole desquelles Von devait compter, hlles furent inutiles. On déclara qu'étant prisonniers^ ils ne pouvaient s'engager. Qu'ils le pouvaient ^ pour se tirer de presse^ mais qu'ils n'étaient point obligés de tenir leur promesse et leurs serments. Ces paroles royales qui ne devaient jamais se rétracter ^ l'ont été cependant. Que ne devez-vous point attendre de particulierSy qui ne datent de rien dans le mondey qui ne sont point autorisés^ et qui ne^ peuvent exécuter ni faire exécuter leurs promesses ? Pour peu que vous vouliez faire quelques réflexions sur les inconvénients qui résulteront de votre traité^ je suis persuadé que vous en reconnaitrez le faux. Si elle était comptant y quoique l'on pût espérer des avantages plus considérables par la sutte, je me rangerais plus facilement de votre avis : mais j'ai l'honneur de vous
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le dire en frère y en ami y il n'aura point d'exécution. Il est encore temps d'y apporter remède. DiteSy Monsieur ^ je voies en supplie par tout ce que vous avez de plus cher au monde ^ que les réflexions que vous avez faiteSy ou si vous voulez^ qu'on vous a fait fairCy vous arrêtent tout court. Votés pouvez vous disculper auprès des Anglais^ rejetter toute la faute sur le Conseil supérieur de Pondichéry, qui ne veut ni se charger des otageSy ni de la moindre chose qui aura rapport à ce traité. Vous pouvez faire cette déclaration^ sans la moindre crainte que le Conseil ni moi voulions diminuer rien de votre autorité. On vous la laisserait Monsieur y tout entière à MadraSy tout le temps que vous voudriez y rester. On n'y laissera que ceux que vous jugerez à propos ; et fe vous promets en homme d'honneur de faire supprimer toutes les lettres qui vous ont été écrites par le Conseil depuis le 2S septenh bre. Il est nécessaire que celles de ce jour subsistent y afin qu'elles puissent y si vous le vouleZy servir à prouver qu'elle est la véritable raison qui vous a empêché d'exécuter le traité de rançon. Cet aveUy Monsieur, vous attirera autant de gloire que la conquête de Madras. Vous savez prendre des placeSy mais vous n'êtes pas obligé de savoir les précautions nécessaires pour la validité Sun traité de rançon; d^ autant mieux qu'étant conclu sur la bonne foi et sur les promesses d'honnêtes gens en apparenccy le guerrier hon^» nête homme peut être facilement trompé. Que ne donnerais'fe pas pour être auprès de vous/ Oui, Monsieur y je suis persuadé que f aurais le don de
VOUS convaincre que je vous parle en homme qui n*a
d'autre but que votre gloire et V intérêt de ses maîtres. SoyeZy Monsieur persuadé de cette vérité. Soyez-le de Fenvie que fai défaire cesser mille mauvais propos. Au nom de DieUy Monsieur, au nom de vos enfants, de votre épouse, laissez-vous persuader de ce que fai Vhonneur de vous dire. Finissez comme vous avez commencé et ne ménagez pas un ennemi qui n'a eu d'autre but que celui de vous réduire à la plus dure extrémité. Tels sont les ordres que l'Escadre ennemie met en œuvre autant qu'elle peut. Si elle ri a pu faire mieux c'est qu'elle ne Va pu. La Providence nous a mieux servi ^'eux. Profitons-en, Monsieur, pour la gloire de notre Monarque et pour PinJérét général d'une nation qui vous regardera comme son restaurateur dans rinde. Fasse le Ciel que je puisse parvenir à vous persuader et à vous convaincre de la nécessité d'annuler un traité, qui dans un moment nous fait perdre des avantages, dont toute l'étendue se connaîtra incessamment, pour peu que vous vouliez avoir égard à ce que fai Vhonneur de vous représenter. Dépêchez-moi s'il vous plaît, en toute diligence, pour savoir quelle sera votre résolution, afin qu'aussitôt que f en serai informé, je vous renvoie vos dernières lettres, je supprime absolument les réponses et qu'il rien soit plus parlé. Encore une réflexion. Monsieur, c'est au sujet du Nabab. Vous allez me compromettre furieusement avec lui, et je ne serais point étonné de le voir joint avec les Anglais, pour nou^ faire donner au diable dans ce pays, faute de lui avoir gardé ma
parole. Joignez^ Monsieur^ -cette réflexion à toutes les . autres. Je vous écrirai par la suite, si vous le souhaitez, que je me charge en Europe de V événement, et que ce n'est que sur mes représentations et celles du Conseil que vomavez changé de sentiment. Vous pouvez de votre côté dire à ce sujet tout ce que vous jugerez à propos. N'allez pas vous gendarmer contre le Conseil. La réponse que vous avez faite à la sommation, dont peut-être vous ne vous souvenez pas, lui a paru un peu dure. Laissez-moi faire ; tout cela s'appaisera et vous ferez, pendant votre séjour à Madras, tout ce qu'il vous plaira. On condescendra à tout ce que vous voudrez. Vous ne sauriez croire avec quelle impatience j' attendrai votre réponse. Faites-la. moi de votre main. Il est inutile que d'' autres que vous la sachent. Dites-la le plus bas que vous pourrez à Desprémenil, c'est-à-dire le parti que vous prendrez sur le traité. Si vous persistez à le soutenir, il e$t inutile que vous lui disiez rien . Fasse le Ciel que j'aie pu venir à bout de vous persuader ! Je regarderai cette réussite avec encore plus de complaisance que la prise de Madras. Elle me sera d'autant plus chère, que votre complaisance me sera une preuve bien sensible de votre estime et de votre amitié pour moi.