DUPLEIX
Après avoir lu et relu cette lettre, la Bourdonais laissa tomber sa tête dans ^es mains et, pris d'une singulière faiblesse se met à pleurer comme un enfant.
Friel, qui s'était discrètement reculé de quelques et se tenait immobile, les bras croisés, eut un
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geste de surprise; les députés échangèrent un regard, et Burydit à voix basse :
— Il va céder.
Mais d'E^préménil eut un haussement d'épaules plein de mépris.
Le commandant s'était mis à marcher à grands pas,, méditant profondément. Puis, cédant encore à cette inconcevable émotion, oùFénervement de la fièvre était> pour quelque chose, il recommença à verser des larmes.
— Remettez-vous, monsieur, dit Friel troublé malgré lui, ne vous laissez pas aller à un tel excès de chagrin ; cédez enfin à nos instances, et tout s'arran-
' géra de soi-même.
V -^ Non, non, je ne peux m'en dédire ! s'écria Tami- • rai d'une voix entrecoupée par les sanglots. S'il le . faut, qu'on me mène à la potence ! ... 11 reprit en jetant un regard sur sa croix de St-Louis : J'irai porter ma tête sur un échafaud. J'ai cru bien faire. J'ai cru avoir une autorité et je n'ai pas voulu traiter les Anglais, qui sont braves gens, avec la dernière rigueur. J'irai porter mon désintéressement et mon innocence au pied du trône.
Et les larmes ne voulaient pas tarir dans les yeux de l'amirah
•^ Vraiment, dit Bussy à l'oreille de Kerjean, cela me fait un mal afireux de voir pleurer cet intrépide.
Mais d'E^préménil, que cette scène semblait irriter, s'avança vers La Bourdonnais.
— Monsieur, dit41, vous êtes décidément bien résolu à rester sourd à nos instances ?
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-- Rien ne me fera changer de résolution, répondit le commandant en relevant la tète, ma parole est enga* gée aux Anglais et je tiendrai ma parole.
— Alors, monsieur, j'ai le regret de vous le dire la misston pacifique est terminée et, nous n'ayons . plus que des ordres à vous transmettre.
Bury sortit de Tombre. La Bourdonnais, qui ne le
^connaissait pas, à la vue de son uniforme bleu et
rouge à brandebourgs d'or, crut qu'il arrivait de
France. Une angoisse extrême se peignit sur ses traits
qui devinrent aussi pâles que la poudre de ses cheveux.
Bury lui présenta la lettre du conseil supérieur qui établissait ^s pouvoirs. Puis il donna l'ordre de foire ouvrir les portes, les déclarations dont il était porteur devant être connues de tous.
Les capitaines des vaisseaux, et beaucoup d'officiers de différents grades, envahirent rapidement la salle.
Alors, un greffier commença la lecture du premier décret du conseil supérieur, déclarant que le traité de rançon, ayant été contracté par la volonté de M. de La Bourdonnais sans autorité et avec des prisonniers qui ne pouvaient s'engager, était nul de plein droit et regardé comme non avenu. Une seconde ordonnance établissait un conseil provincial au fort Saint-Georges et nommait d'Espréménil commandant et directeur des ville et fort dé Madras.
La Bourdonnais écoutait avec la plus grande attention et un léger tremblement de sa lèvre inférieure trahissait son anxiété... Mais lorsqu'il vit que tous ces décrets émanaient de Pondichéry et non de Fr^ce,
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il reprit toute son assurance et eut un rire de défi.
— Vou^ vous imaginez donc que je vais accepter vos ordres et m'y soumettre? s'écria-t-il. Sachez que je ne reconnais dans Tlnde Tautorité de qui que ce soit. Je m'en tiens à mon brevet, et aux instructions du ministre qui me laissent maître de mes opérations.
— Votis voulez vous faire redire une fois de plus, répondit d'E^préménil, que toute place conquise tombe sous le pouvoir du gouverneur général ? Vous qui êtes aussi gouverneur d'une colonie française, vous le savez mieux qu'aucun autre.
Aucune réplique concluante ne vint ^ l'esprit de l'amiral qui, pour sortir d'embarras, se jeta de nouveau dans un accès de fureur, manquant peut-être de sincérité malgré sa violence. Les injures brutales, les jurons populaciers éclatèrent encore au milieu du silence sévère de l'assemblée. La Bourdonnais s'enflammait de plus en plus et sa face s'était empourprée.
— Ah! c'est la guerre que vous voulez? cria-t-il enfin. Vous venez m'insulter, me provoquer, discuter mon autorité; eh bien, soit : la guerre ! battons-nous, nous verrons qui a raison.
Et par moment sa parole s'embarrassait parce que ses dents étaient ébranlées par le scorbut, qu'il avait contracté dans ses héroïques navigations.
Tout à coup il tira son épée et s'écria :
— A moi mes officiers !
Et se tournant vers les députés :
— Mettez-vous d'un côté avec les vôtres, messieurs,
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et moi de l'autre à la tête des miens. A moi, mes offîpers, à moi !
Un murmure dUndignation s'éleva de rassemblée et fit comprendre à La Bourdonnais qu*il était allé trop loin. Il eut un moment de vertige, et la vision lui appa^ rut de la Bastille et de cet échafaud dont il parlait tout à l'heure sans y croire . Mais il reprit vite possession de lui-môme; son esprit fertile en ruses n'était pas à bout de ressources.
— Messieurs, dit-il, accordez-moi quelques minutes ; je vais réunir mon conseil de guerre et prendre son avis. Je vous promets de m'y conformer.
Les députés gardèrent un silence que La Bourdonnais feignit de prendre pour un acquiescement, et il passa dans une pièce voisine.
Il rentra peu d'instants après, tenant à la main un papier qu'il tendit au greffier.
Le greffier en donna lecture :
c Monsieur de La Bourdonnais au conseil de guerre assemblé i
c Messieurs, vous venez d'entendre les protestations du conseil supérieur de Ppndichéry, et la proposition qu'il me fait de manquer à la parole que j'ai donnée à messieurs les Anglais ; c'est pourquoi j'ai l'honneur de vous faire assembler pour savoir de vous, messieurs, si, ayant accordé une capitulation et arrêté des conditions en conséquence, je suis obligé de tenir ma parole d'honneur, soit que j'aie bien ou que j'aie mal fait?
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