‹ La conquête du paradisChapitre 16 sur 21 · C'est-à-dire héros · texte numérisé non relu

C'est-à-dire héros

Salabet-Cingh. Celui-ci, rapidement, l'entortilla à la garde de son sabre ; puis il ôta de son doigt un magnifique diamant et, prenant la main deBussy, essaya de le lui passer. Malgré leur élégance aristocratique, les doigts du jeune Français n'atteignaient pas l'extrême finesse de ceux de l'Oriental : la bague n'entra qu'au petit doigt.

— Ma main est plus petite, disait Salabet en retenant celle de Bussy. mais comme la tienne est plus blanche !

Puis il s'éloigna lentement, se retournant à demi, lui disant par-dessus l'épaule :

— A bientôt-, Bàhâdour!

Bussy était furieux ; il cherchait à arracher cette bague, voulait aller dans le jardin pour la jeter au diable. Kerjean, qui passait, lui dit en courant :

— Donnez la main à ma cousine pour entrer dans la salle, vous êtes placé près d'elle.

On venait d'ouvrir, toutes grandes, les triples portes, flanquées de hallebardiers vêtus de brocart d'or, avec des bas cramoisis et un soleil sur la poitrine, et on s'en allait, en procession, vers la salle à manger.

Le marquis trouva sur son chemin Chonchon, qui le cherchait. Il ne la vit pas tout d'abord et elle fut eff'rayée de l'expression irritée de son regard.

— Mon Dieu! dit-elle, qu'avez-vous que vos yeux ont l'air si méchant?

— Puisque je vous vois, toute ombre disparaît, comme devant l'aurore, dit-il en lui offrant la main.

Une armée de serviteurs s'agitaient autour de la table : des pages, des noirs remuant de grands éven-

tails. Salabet-Cingh, placé à côté de la béguni, avait derrière lui des esclaves somptueusement vêtus, dont l'un portait une aiguière d'or. Bussy était placé presque en face du prince, il l'avait malgré lui sous les yeux, et sa maussaderie ne s'en allait pas.

— Je vois qu'il fait toujours très noir et que l'aurore n'a eu aucun pouvoir, dit Chonchon.

— Grondez-moi, mademoiselle, dit le marquis fâché contre lui-même, car je le mérite fort. Au lieu de jouir du bonheur d'être prés de vous, je me laisse stupidement dominer par la colère, à cause d'un cadeau que l'on vient de me faire. Tenez, cette bague.

— Oui, le prince Salabet; je l'ai vu de loin vous la donner, dit-elle. Comment cela peut-il vous irriter? Il vous a fait le plus grand honneur possible, puisqu'il vous a pris un ruban et qu'il le porte sur lui; c'est un signe qu'il se regarde comme votre ami.

— Pourquoi? Je ne le connais pas!

— Votre valeur et vos traits d'héroïsme ont fait grand bruit pendant le siège. Le prince vous connaît par la renommée, et il vous remercie de l'avoir si bien défendu, puisqu'il n'avait pas quitté la ville. La bague est fort belle ; voilà bien de quoi se fâcher !

— Je suis absurde eu effet, dit Bussy, mais c'est fini, n'en parlons plus.

Et il vida d'un trait son verre qu'on venait de remplir, et s'efforça d'être gai et aimable.

Il y parvenait mal. Malgré lui ses regards s'attachaient sur Salabet-Cingh, étudiant son visage, cherchant à deviner son âme. Certes, il n'avait rien d'un homme épris, séparé de celle qu'il aime; une gaieté

juvénile, qui le faisait rire de tout; des traits charmants, mais sans énergie, et rien qu'une douceur paresseuse dans ses longs yeux de velours.

Une syinphoniejouée en sourdine, par un orchestre caché, le cliquetis argentin de la vaisselle, le murmure des conversations, formaient un brouhaha qui isolait les groupes et permettait des causeries intimes.

— Le prince est-il marié? demanda Bussy à Chonchon après un moment de silence.

— Marié, je le crois bien, il a cinquante femmes! Je suis allée avec ma mère dans son harem, le Zénanah, comme on dit ici; je les ai vues, ces femmes, sans leur voile^ elles sont bien belles, les Gircassiennes surtout, celles-là ont des esclaves chargés uniquement de leur peindre l'intérieur des paupières avec de l'antimoine; mais ma mère, qui parle leur langue, dit que toutes manquent d'esprit.

— Pourquoi habile-t-il Pondichéry au lisu d'être à la cour du Soubab?

— On a déjà cherché à l'assassiner et il fuit les complots. Mon père est le grand refuge; ils savent tous, ces princes, qu'il ne trahit pas, lui, et ils ont une confiance superstitieuse dans les fortifications de la ville, dont ils ne comprennent pas l'architecture savante. •

— A-t-il donc des chances de succéder au trône? .

— Non, c'est plutôt son oncle, Mouzaffer, le petitfîls du roi ; mais il y a tous les fils, qui ne laisseront pas la succession leur échapper. Enfin, je n'y comprends rien. Ne me faites pas parler politique.

Le dîner finissait; on retournait avec un peu de dé-

180 LA CONOUÉTE Dl PARADIS

sordre dans les salons illuminés, continuant bruyamment les conversations commencées; puis les personnes graves se mirent au jeu ; la jeunesse se répandit sous les vérandas ouvertes, tandis que Dupleix, souriant, disait un mot gracieux à chacun.

On avait autorisé Salabet-Cingh à fumer son houka; mais il en avait à peine humé quelques bouffées, lorsque, à la grande surprise de tout le monde, un homme, couvert de boue et ruisselant de pluie, se précipita dans le salon, que chacun de ses pas tachait, et vint tomber aux pieds du prince.

Celui-ci, effrayé, porta la main à son sabre, préoccupé qu'il était toujours des assassins.

Les gardes du palais, qui poursuivaient cet homme, se pressaient aux portes, expliquant qu'il avait passé au milieu d'eux comme une Qèche, sautant par-dessus les lances croisées, et qu'un coup de feu, tiré sur lui, l'avait manqué.

L'homme haletait, sur le parquet, comme une bête forcée. Il parvint à parler cependant.

— Je suis un messager, dit-il au prince; je t'apporte le premier cette nouvelle que le très glorieux roi du Dékan, Nizam-el-Molouk. a quitté ce monde.

— Le roi est mort! s'écria Salabet-Cingh, en se levant vivement. Sait-on qui lui succède? ajouta-t-il après un moment , en se penchant vers le messager.

— Le testament du Soubab désigne le très illustre prince Sadoula-Bàbàdour-Mouzaffer-Cingh, son petitfils; mais le fils aîné du roi, Nasser-Cingh, chef des armées, s'est emparé des trésors et du pouvoir.

— Comment, ce traître! cet ivrogne! ma vie est moins que jamais en sûreté.

Dupleix avait appelé Bussy près de lui, et s'était fait traduire ce qui s'était dit entre le prince et le messager.

— Voilà une nouvelle des plus importantes, s'écriat-il, un événement qu'en secret j'attendais depuis longtemps. Ne me quittez pas, Bussy. C'est aujourd'hui que je vous ouvrirai mon cœur.

Salabet-Cingh s'avança vers le gouverneur, lui serrant les mains.

— Le roi est mort, dit-il, et l'odieux Nasser-Cingh s'empare du trône. Accorde-moi encore ta protection; sans elle, que deviendrai-je?

— Rassurez-vous, cher prince, dit Dupleix, vous êtes en sûreté dans cette ville, nul n'osera vous attaquer sous le drapeau de la France. Cependant, si vous le désirez, je doublerai les gardes autour de votre palais.

— Non, non, c'est inutile ; le drapeau me garde mieux que mille hommes; mais je dois te quitter, pour prendre le deuil, et faire des prières publiques.

Et, se tournant vers Bussy :

— Mon nouvel ami, n'oublie pas notre alliance, dit-il.

Et il lui tendit la main. Devant Dupleix, le marquis ne put refuser la sienne. Le prince la serra d'une étreinte nerveuse, puis il embrassa Dupleix, qui le reconduisit jusqu'à son palanquin.

Lorsque le gouverneur revint, la bégum, à qui un page parlait à voix basse, lui fit signe de s'approcher d'elle.

Conquête du pahadis. I l

— L'épouse de Chanda-Saïb est ici et demande à me voir, dit-elle; il faut quelque chose de grave pour qu'elle se décide à sortir à une pareille heure de son palais. Je l'ai fait conduire dans le salon blanc. Viens m'y trouver bientôt.

Le salon blanc était une petite pièce, tendue de damas blanc et argent, où Mme Dupleix se reposait quelquefois pendant les réceptions, et où les invités n'entraient pas sans être appelés. Le gouverneur s'y rendit, emmenant Bussy avec lui. On fit retomber derrière eux une portière, et le page garda l'entrée.

Aly-Résa était là, près de sa mère, dont on ne voyait que les grands yeux noirs entre ses voiles de mousseline, assise à côté de la bégum, qui lisait une longue lettre. La musulmane se leva pour saluer le gouverneur.

— Je viens en suppliante, dit-elle à Dupleix, mon époux n'a d'espoir qu'en toi et est toujours ton plus fidèle esclave.

Bussy, rapidement, traduisit la phrase.

— Voici, dit la bégum, qui refermait le rouleau de parchemin : Chanda-Saïb, qui avait été pris par les Mahrattes, est libre aujourd'hui. L'héritier légitime du roi qui vient de mourir s'est porté garant de la rançon, et les Mahrattes fournissent trois mille cavaliers à leur ancien prisonnier, qui, à leur tête, va rejoindre le Soubab dépossédé, pour faire alliance avec lui et l'aider à conquérir son trône.

— Voilà qui est très bien, dit Dupleix, la similitude de leur destinée devait rapprocher ces deux hommes.

— Leur plan est celui-ci, continua Jeanne : atta-

quer d'abord le Carnatic, renverser le nabab Allah- Verdi, s'emparer d'Areate, et, maître alors d'une armée, marcher contre l'usurpateur Nasser-Cingh. Mais — ce que tu désires depuis si longtemps arrive enfin! — ils demandent en grâce que tu mettes à leur disposition une petite troupe de Français, que tu sois leur allié, car alors ils seront sûrs du succès, puisque tu es, disent-ils, « le Lion de la Victoire. » Une singulière flamme illuminales yeux de Dupleix.

— Ils ajoutent, dit encore la bégum, que si tu acceptes, tu leur dicteras tes conditions.

Le gouverneur affecta un grand calme pour répondre.

— Je suis heureux de pouvoir rendre service à mon ami Chanda-Saïb, dit-il, au légitime successeur de la nababie du Carnatic. Par bonheur, nos victoires me permettent de mettre à sa disposition quatre cents Français, et sept cents cipayes disciplinés. Aussitôt l'agrément du conseil supérieur obtenu, je ferai partir ce détachement, car je sais qu'en pareille circonstance la promptitude est la moitié du succès.

La musulmane se jeta dans les bras de la bégum quand elle lui eut traduit cette réponse, et Aly-Résa baisa avec effusion la main de Dupleix.

— Nous te devions la vie, nous te devrons la puissance, dit-il. Mon père veutquejele rejoigne pour combattre à ses côtés. Quand tu le permettras, je partirai.

— Nos soldats te feront escorte, dit le gouverneur; voici les pluies qui cessent ; dans peu de jours vous vous mettrez en route.

— Merci, dit Aly-Résa; je vais expédier un courrier à mon père, pour lui porter l'heureuse nouvelle.

18i LA CONQUÊTE DU PARADIS

Quand l'épouse et le fils de Clianda-Saïb se furent retirés, la bégum retourna dans les salons, et Bussy resta seul avec Dupleix.

Alors le gouverneur appuj'a ses deux mains sur les épaules du jeune officier, et le regarda dans les yeux.

— Mon cher Bussy, lui dit-il après un moment de silence, ce que je vais vous dire, excepté ma femme qui est comme moi-même, vous seul le saurez. Depuis que je vous connais, je vous observe, je vous étudie, et le résultat de cette étude est tout à votre avantage. A l'intrépidité, à l'emportement du héros, vous joignez le sang-froid et la prudence, un jugement rapide et sûr; tout en sachant obéir, vous avez de l'initiative; vous êtes tacticien, et je vous devine diplomate et homme d'État; de plus vous avez ce don naturel de séduction, dont je sens l'influence sur tous ceux qui vous approchent, et qui est d'une si grande importance dans la vie. Oui, je puis avoir toute confiance en vous, vous êtes bien celui que je cherchais.

— Ces louanges me comblent de joie, dit Bussy, mais je n'ai rien fait encore pour les mériter.

— Écoutez-moi, dit le gouverneur en l'attirant sur un sofa. Voilà longtemps que je guettais l'occasion de me mêler des affaires des princes indiens; vous avez entendu ce que Ghanda-Saïb me demande : mon appui dans la guerre qu'il va entreprendre. L'éclat de nos victoires et la valeur de nos soldats ont donc amené l'événement que je désirais secrètement! Pour le conseil supérieur, pour les directeurs de la compagnie, l'avantage de cette intervention, à ce que je leur laisserai croire, sera uniquement les éco-

nomies réalisées, les troupes mises au service des princes devant être soldées par eux, ce qui nous permettra d'entretenir en temps de paix avec l'Europe la même armée qu'en temps de guerre, sans compter les dédommagements qu'on ne manquera pas de nous offrir pour les services rendus. C'est cela que je ferai sonner bien haut, pour qu'on n'entrave pas mes plans; mais ma véritable pensée est autrement téméraire, et, si on la soupçonnait, aussi bien à Versailles que dans l'Inde, on me tiendrait pour fou et on me créerait mille obstacles. Vous avez remarqué, n'estce pas, l'état de décrépitude et d'anarchie dans lequel est tombé le gouvernement de ce pays; des guerres continuelles, des intrigues sanglantes, le pouvoir du Grand Mogol le plus souvent méconnu et méprisé, et le peuple, comme toujours, victime de toutes ces ambitions piétinant sur lui? Eh bien, ce que je rêve, c'est de conquérir ce pays, de lui rendre le calme et la prospérité, cela pacifiquement, sans combat ni violence. Si l'on me seconde, la chose est faisable. Je peux donner, peut-être, à la France l'empire de l'Inde ! Voyez, si nous réussissons ici, comme nous serons déjà près du but. Nous soutenons deux princes légitimes, traîtreusement dépossédés. Si nous parvenons à leur rendre le trône, quelle reconnaissance, quel respect n'auront-ils pas pour leurs sauveurs? Nous serons leur guide, leur arbitre, en un mot nous régnerons sous leur nom. Ils nous investiront de titres, de tîefs qui s'agrandiront rapidement; le peuple, qui aura senti les bienfaits de notre domination, se donnerait à nous par amour, le jour où sans secousse, par la

force des choses, nous hériterions légitimement du pouvoir, avec l'agrément du Grand Mogol, dont nous aurons toujours soutenu les candidats et respecté les décrets.

— Ah! monsieur, l'audace de votre génie m'éblouit, s'écria Bussy en se levant; certes une pareille conquête est possible, et si l'on sait vous comprendre et vous aider, vous réussirez. Quant à moi, je suis prêt à sacrifier ma vie pour vous servir, et je suis fier et heureux de l'honneur que vous me faites en me choisissant pour vous seconder,

— Vous seul savez la vérité sur mes projets, Bussy, ne les laissez pas deviner, mais dirigez vos actions dans le sens qui les servira. Je ne pouvais rien sans un homme tel que vous, sans l'esprit supérieur qui saura deviner mes désirs, et pensera comme moi-même.

— Ah! ne m'accablez pas de tant d'éloges, dit le marquis, ne me rendez pas impossible d'égaler la trop haute opinion que vous avez de moi.

— Cette fois je ne me trompe pas, dit Dupleix en serrant le jeune homme dans ses bras, vous êtes bien celui que j'attendais. Mais en voilà assez pour aujourd'hui, nous reparlerons de cela avant le départ; retournons à notre soirée.

Dans le salon, Dupleix s'approcha d'une table servie et se fit verser du Champagne.

— Buvons au triomphe des princes légitimes, ditil, en trinquant avec Bussy.

Le jeune homme vida son verre d'un trait, et dit à voix basse, en le reposant sur le plateau :

— A la conquête du paradis!

La sombre, majestueuse et nocturne forêt, traversée de rousses lueurs et de fumée; des éléphants en marche, sous la voûte noire d'une magnifique avenue; des hommes, à droite et à gauche, qui courent en portant des torches.

On croirait entendre le tintement continu de la pluie, tombant sur les feuilles, mais ce sont d'innombrables pas, tombant en cadence, qui donnent cette illusion. Il y a des cavaliers, des chameaux, des piétons. Toute une armée qui chemine!

Le détachement français a rejoint Chanda-Saïb et ses troupes : on se hâte maintenant, à travers la nuit fraîche, vers le camp de Mouzaffer-Cingh, que l'on compte atteindre dans la matinée.

Bussy est heureux; on marche sur Arcate, on se rapproche de Bangalore.

C'est le comte d'Auteuil qui commande l'expédition ; de La Touche et Bussy sont sous ses ordres, mais

ce dernier a seul les instructions secrètes. Ghanda- Saïb a reçu les Français avec enthousiasme; il a fait présent, à chacun des trois chefs, d'un superbe éléphant, avec son mahout et son harnachement; c'est donc dans un houdah brodé que le marquis est couché, sommeille, rêve, ou cause avec son ami Kerjean, à qui il a offert l'hospitalité.

— On finit par se faire à ce bercement un peu rude, lui dit-il. On dirait une nourrice qui secoue son marmot pour le forcer à dormir.

— Les premiers moments m'ont paru abominables, dit Kerjean; mais c'est vrai, on s'y habitue, cela finit même par devenir agréable. Savez-vous qu'il est magnifique votre éléphant!

— Je crois bien, et il a une physionomie très intelligente; je l'aime déjà. Comment vais-je l'appeler?

— Ajax ou Alexandre.

— Pourquoi?

— Puisqu'il va à la guerre.

— Pas de son plein gré. Non , quelque chose d'hindou plutôt. Voici, je l'appellerai Ganésa.

— Qu'est-ce que Ganésa?

— Le dieu de la sagesse, et ce dieu a une tête d'éléphant.

— Parfait. Appelons-le Ganésa. Voilà tout de même un singulier cadeau : un éléphant plus un homme. Cela va vous entraîner à des dépenses folles.

— Pendant la campagne, nos frais sont à la charge du nabab...

— Et après la guerre, nous serons millionnaires! dit Kerjean, ou ces princes ne sont que des croquants.

Les rideaux du houdah étaient ouverts d'un côté, et l'on voyait monter la traînée fumeuse des torches, traversée de tlammèches, peuplée de toutes sortes d'insectes; les feuillages, éclairés successivement, prenaient des reflets métalliques d'un vert vif, et parfois apparaissait, blotti aux coudes des branches, un singe, éveillé brusquement, qui, terrifié, regardait.

— 11 court par moments des frissons dans le dos de Oanésa, qui sont pour nous de vrais tremblements de terre, dit Bussy après une somnolence.

— C'est qu'il sent le voisinage de quelque fauve, panthère ou tigre, et il témoigne ainsi son antipathie. Les terribles félins sont à la chasse. A cette heure, il ne ferait pas bon être seul dans la forêt.

On entendait en effet, par-dessus le bourdonnement de l'armée en marche, des rauquements, des (MÙs de détresse ou de fureur, de longs miaulements, dans l'immense profondeur dont on était enveloppé.

Mais une fraîcheur plus vive annonçait l'approche du jour; peu à peu l'impénétrable obscurité se désagrégeait, s'imbibait d'une molle blancheur; bientôt on distingua les énormes troncs rugueux, les guirlandes de lianes, les feuilles aux formes singulières; puis des perspectives se creusèrent, et, subitement, il fît clair. Alors toute la forêt se mit à chanter.

Les hurlements des fauves s'étaient tus; les chants des oiseaux, comme des voix célestes, faisaient fuir vers leurs antres les sinistres rôdeurs. Sous chaque branche pépiait un nid; des roucoulements, des cris d'appel, des roulades, mille gazouillements s'élan-

çaient de chaque touffe de feuillage. Du haut de son houdah, Bussy voyait dans les arbres; il surprenait les oiseaux faisant leur toilette; près de la route un bengali vint se poser sur une large Heur emplie jusqu'au bord de rosée; il y trempa son bec et but en renversant la tête; puis il se baigna dans la fleur, secouant ses plumes, faisant jaillir des diamants. Puis les singes, les écureuils s'éveillèrent à leur tour, bondirent légèrement de branche en branche, se laissèrent glisser le long des lianes en poussant de petits cris aigus; des gazelles passèrent dans les fourrés, s'enfuirent avec un grand bruit de feuilles froissées.

Kerjean s'était endormi; mais Bussy se penchait en dehors, pour mieux jouir de cette fête de l'aurore, et il se disait que l'homme était un intrus dans cette forêt mystérieuse, si peuplée, si vivante.

A mesure que le soleil la pénétrait, la forêt devenait de plus en plus splendide ; les arbres, d'une extraordinaire vigueur, découvraient leur taille gigantesque, leur structure singulière : les sycomores, les tecks au bois impérissable, le santal blanc, qui exsudait son chaud parfum, les bambous, par groupes, faisant jaillir, à des hauteurs prodigieuses, leurs gerbes colossales; toutes sortes d'essences enfin, prospérant libres, sauvages, dans leur domaine inviolé. On voyait bien qu'en ces lieux la hache ne blesse jamais, que l'arbre, chargé de siècles, meurt de lui-même, se penche vers ses enfants, qui le retiennent, l'empêchent de tomber, et lui font un suaire fleuri.

Sous l'ombre de ces géants au port superbe, tout un monde d'arbrisseaux, de buissons, de fruits, de

fleurs, d'herbes étranges, luttait de beauté, d'éclat, d'arômes exquis : le poivrier, le bétel grimpant, le manguier difforme, le gingembre, le cardamone; et, à travers toute la forêt, la folle et aventureuse liane avec des transparences de vitrail, s'élançait de branche en branche, d'arbre en arbre : festons, guirlande; enlaçant tout.

Le grouillement de la vie aussi devenait fantastique, inquiétant; on sentait bruire et s'agiter toute une foule. Il semblait y avoir autant d'oiseaux que de feuilles; les insectes se levaient comme des nuées de poussière, et les singes, innombrables maintenant, bondissaient à droite et à gauche, grimaçant, criant, poursuivant les hommes, les lapidant avec des fleurs et des fruits.

Kerjean reçut un limon en pleine poitrine, ce qui le réveilla brusquement, maugréant et furieux.

— J'ai cru que c'était un boulet, dit-il en ramassant le fruit qu'il se mit à éplucher; pouah ; que c'est acide!

— Je crois bien, dit Bussy, c'est un amblid; Naïk prétend que, si l'on y enfonce une aiguille, elle se dissout.

— Envoyez-moi autre chose, affreuses bêtes, dit Kerjean en rejetant aux singes les débris du fruit, ce qui lui attira une grêle de projectiles; mais sont-ils mauvais! continua-t-il, il est temps que nous sortions de la forêt; sans cela il nous faudra livrer bataille. Demandez donc au mahout où nous en sommes.

— Encore quelques instants, et l'on débouchera dans une vallée où l'on fait halte.

Déjà les soldats musulmans se débandent, beaucoup se mettent à courir pour arriver plus tôt.

— Qu'est-ce qui leur prend? s'écria Kerjean.

Ce n'est qu'en arrivant dans la vallée, large et charmante, avec une rivière coulant au fond, qu'on a l'explication de cette course. Beaucoup sont au bord de l'eau, défaisant leurs vêtements, il s'agit des ablutions pieuses, déjà un peu en retard, car le soleil est levé.

— Ma foi, je veux voir cela de près, dit Bussy, descendant de l'éléphant, pour courir, lui aussi, vers la rivière.

Un umara. faisant office de muezzin, chantait à tuetête, sur la mélopée prescrite :

— Dieu très grand! Dieu très grand! Dieu très grand ! J'atteste qu'il n'y a pas de Dieu sinon Dieu, et que Mahomet est le prophète de Dieu. A la prière de l'aube! à la prière! 11 n'y pas de Dieu sinon Dieu!

Et, à toutes jambes, les tîdèles dévalaient vers la rivière, se déshabillant tout en courant. On s'orientait pour se tourner vers la Mecque.

Bussy s'était approché : l'umara était à genoux penché vers l'eau et se lavait les mains, en récitant la première prière :

— Qu''Allah soit loué, il a créé l'eau limpide, et lui a donné la vertu de purifier. Il a aussi rendu notre foi pure et sincère.

Il prit ensuite de l'eau dans sa main gauche, en but une gorgée et se lava deux fois la bouche :

— Je t'en supplie. Seigneur, abreuve-moi de cette

eau que tu as donnée, dans le paradis, à ton prophète ; elle est plus parfumée que le musc, plus blanche que le lait, plus douce que le miel, et elle a le pouvoir d'apaiser pour toujours la soif de celui qui la boit.

Alors, il aspira de l'eau par le nez, se lava trois fois le visage et le revers des oreilles, et, puisant à pleines mains, s'inonda l'épaule droite, puis la gauche, et le sommet de la tête, lava l'ouverture de ses oreilles, son cou, sa poitrine, son ventre, son pouce, tous ses doigts et enfin ses pieds, en disant la dernière prière :

— Soutiens -moi fermement, ù Seigneur! et ne souffre pas que mon pied glisse, de peur que je ne trébuche sur le pont tranchant du sirat, qui passe sur la géhenne.

Cela faisait un bourdonnement vibrant, toutes ces voix mâles récitant la prière. Chacun la disait pour soi-même : les uns en étaient aux oreilles quand leurs voisins en étaient aux pieds et que d'autres ne faisaient que commencer. Il y avait des bras levés, des regards au ciel. Ceux qui toussaient ou éternuaient recommençaient.

— Est-ce ridicule, ces momeriesl dit Kerjean, qui avait rejoint le marquis.

— Je ne trouve pas, mon cher, répondit Bussy, cela a de la grandeur ce salut au soleil levant, et je ne puis me défendre de respect et de sympathie pour une religion où la propreté est une prière.

Avant midi, le camp de Mouzaffer-Cingh était en vue. Il s'étendait dans une plaine verdoyante, aux

pieds d'une colline, et semblait de loin un parterre de fleurs.

Les trois chefs français quittèrent leurs montures indiennes et remontèrent à cheval, pour se mettre à la tête de leurs hommes. Chanda-Saïb marcha avec eux, voulant lui-même les présenter au Soubab.

Dès qu'ils furent aperçus du camp, on envoya vers eux une escorte d'honneur, composée d'une vingtaine de cavaliers. Ils accoururent au galop vertigineux de leurs chevaux, de petite taille, mais pleins de grâce et de feu. Ils tirèrent des coups de fusil, secouèrent leurs armes en poussant des cris, exécutèrent la plus joyeuse fantasia. Alors le comte d'Auteuil donna ordre de battre les tambours et de faire sonner les clairons.

Quand les cavaliers du Soubab furent tout près, l'un d'eux fit remonter dans la rainure du casque le nasal qui masquait son visage et s'avança vers Bussy. En le reconnaissant le jeune officier pâlit d'émotion.

— Arslan-Khan! s'écria-t-il.

— Je te cherchais et tu viens à moi, dit l'umara.

— Tu me cherchais?... balbutia le marquis.

— On t'attend à Bangalore, dit le musulman en baissant la voix, pour se délivrer de toi ou t'accorder le baiser sacrilège.

Bussy fît tous ses efforts pour paraître calme.

— On m'attend; c'est bien, dit-il, si je suis vivant après le combat qui se prépare, je me rendrai à Bangalore.

— Quand il sera temps, un homme s'approchera de ta tente et sera ton guide. Arslan se recula et reprit son rang.

Une double haie de cavaliers, de l'entrée du camp à la tente royale, formait comme une large avenue. Ces hommes, à l'air fier et majestueux, avaient tous un morion de fer, sous leur turban de couleur vive, et une cotte de mailles retombait sur leur tunique de mousseline; ils étaient armés de la lance, de l'arc et du sabre ; un léger bouclier s'arrondissait sur le flanc du cheval, et de l'autre côté était attaché le carquois, rempli de flèches, empennées avec des plumes de perdrix. Aussi immobiles que des statues, ces guerriers regardaient, comme sans le voir, passer au milieu d'eux le bataillon français, qui s'avançait seul, précédé par Chanda-Saïb, aussi armé en bataille et très superbe.

Devant la tente de MouzafTer-Cingh, très haute, très large, en soie verte soiitachée d'or, llottait l'étendard royal. 11 était blanc, frangé d'argent; sur une de ses faces on voyait représentés un livre et une main, sur l'autre étaient tracés des versets du Coran, les premiers de la sourate de la Victoire :

« C'est à Dieu, plein de savoir et de sagesse, qu'appartiennent les armées du ciel et de la terre.

« Nous avons remporté pour lui une victoire éclatante. »

Le Soubab s'avança, hors de l'ombre aux chauds reflets, et fit un pas sur le tapis étendu à l'entrée de la tente. C'était un jeune homme de haute taille, robuste, noir de visage, avec des yeux brillants, des lèvres rouges et une barbe légère. Il était coiffé d'un casque d'argent sombre, sur lequel les vingt et un mille noms d'Allah, graves en lettres d'or, s'enchevè-

196 LA CONQUÊTE DU l'AUADIS

traient comme des arabesques; des mailles d'or et d'argent, formant une draperie souple, tombaient du casque pour protéger la nuque et le cou; la cotte de mailles était aussi d'argent et d'or; le brassard éblouissait, il était incrusté de diamants entourant un cabochon, énorme et fameux, appelé l'Éclair. Le bouclier, orné d'un tigre de rubis et d'émeraudes. se voilait d'un réseau de perles.

Chanda-Saïb présenta au Soubab les trois chefs français, qui avaient mis pied à terre. Mouzafler leur tendit la main, les invita à se réconforter, car on se battrait sans doute ce jour-là même. Puis il regarda défiler, d'un air de plus en plus surpris et déçu, les quatre cents Français, dont les uniformes sévères contrastaient tristement avec les somptueux costumes des Maures, les sept cents cipayes et les six pièces de canon.

Quand ce fut fini, il attira Chanda-Saïb dans la tente.

— Mais c'est une dérision! s'écria-t-il d'un ton irrité. Que veux-tu que je fasse de cette poignée de soldats? Tu as six mille hommes; c'est à peine si j'en ai autant ; et voilà ce que tu comptes opposer à l'armée d'Allah-Yerdi? Mais nous sommes perdus, malheureux ! car nous ne pouvons plus reculer; notre ennemi est sorti d'Arcate et, campé à peu de distance, nous attend pour livrer bataille.

— Si tu avais vu comme moi ces Français à l'œuvre. Lumière de mes yeux, tu ne t'inquiéterais pas de leur petit nombre; il était plus faible encore, quand ils ont dispersé comme de la poussière cette même

armée d'Allah-Verdi ; un seul lion met en fuite un troupeau de gazelles. Attends le premier combat pour juger les hommes que je t'amène.

— Mais tu ne sais pas dans quelle formidable position s'est retranché l'ennemi, il a une artillerie puissante, et des espions m'ont appris qu'elle est desservie par des aventuriers européens.

— Ce dernier fait est grave, sans doute, dit Chanda- Saïb, mais il n'ébranle pas ma confiance; toute une armée anglaise n'a pu triompher de nos alliés, ni faire tomber les murailles de Pondichéry. Ordonne le combat et si, quand il sera fini, ton inquiétude ne s'est pas changée en enthousiasme, punis-moi de t'avoir trompé.

La déception du Soubab n'avait pas échappé aux Français, et on avait rapporté à Bussy, qu'enfermé dans sa tente, le roi restait en prières et se lamentait.

— C'est pourtant un prince très brave, ajoutait-on, mais en face des forces du Carnatic, son armée lui semble bien faible, et il doute des Français, car il n'a pas assisté, lui, au combat de Méliapore.

Aussi c'était une impatience extrême de se battre, un agacement, une humiliation qui tenait les Français. Il leur fallait à tout prix une victoire.

Le comte d'Auteuil envoya un détachement pour reconnaître les positions de l'ennemi.

Allah-Verdi, qui commandait lui-même son armée, était établi près d'un village nommé Ambour, derrière un ruisseau qui débordait dans la plaine et l'inondait; le camp s'appuyait à une montagne inac-

cessible, dominée par une forteresse. Le front qui longeait le ruisseau était bordé de tranchées etd'épaulements, garnis d'une artillerie nombreuse; le retranchement était très fort, en effet, et difficile à enlever.

D'Auteuil décida qu'il fallait se reposer, ce jour-là et une partie de la nuit, pour attaquer le lendemain à l'aube.

On se mit en marche, le lendemain, un peu après minuit, les Français au poste d'honneur, à l' avantgarde, et suivis de l'armée des deux princes. Mais lorsqu'ils furent en présence de l'ennemi, le comte d'Auteuil offrit d'emporter seul, avec les troupes de Pondichéry, le retranchement derrière lequel s'abritait l'usurpateur. Chanda-Saïb accepta, tandis que le roi haussait les épaules, jugeant ses nouveaux alliés parfaitement fous.

Les fifres sonnèrent, les tambours battirent, et l'on vit frissonner les étendards français, où apparaissait une figure entourée de rayons d'or, au-dessous de la devise du roi-soleil : Nec pluribus impar.

Au pas de course, les Français s'élancèrent à l'assaut. Une grêle de boulets, crachés par des pièces très bien pointées, les repoussèrent; mais ils se rallièrent aussitôt, et le comte d'Auteuil, l'épée à la main, s'élança le premier en s'écriant :

— Qui m'aime, me suive !

Cette fois ils s'acharnèrent, malgré le feu toujours très vif. La seconde attaque dura plus d'une demiheure, et allait réussir, lorsque le comte d'Auteuil tomba, blessé à la cuisse par une balle. Ses hommes reculèrent encore.

Le commandement revenait au marquis de Buss}'. Il parcourut, au galop, les rangs des soldats, les réconfortant, les encourageant, leur communiquant son enthousiasme.

— Ne voyez-vous pas, leur criait-il, les nababs et cette armée, qui sont là comme au spectacle, assistant à nos défaites? Souffrirez-vous qu'ils rient de nous, et nous tiennent pour de piètres soldats? En avant! enfants. L'ennemi est déjà ébranlé et las; nous aurons raison de lui, cette fois-ci, en un instant.

Et ils partent de nouveau, d'un élan si fougueux qu'en effet ils emportent le parapet, et tombent dans le retranchement, où ils sabrent et massacrent avec fureur. Les défenseurs des tranchées prennent bientôt la fuite vers le centre du camp, poursuivis par les vainqueurs.

Alors une immense acclamation monte de la plaine ; les armées spectatrices applaudissent au succès, et Chanda-Saïb, avec ses cavaliers, s'élance par la brèche ouverte.

— Ne nous arrêtons pas, lui dit Bussy, le nabab est ici en personne, il faut le joindre.

Allah-Verdi, sur son éléphant de guerre, prés de l'étendard du Carnatic et entouré de l'élite des guerriers, s'efforçait de retenir les fuyards, les couvrait d'injures, leur lançait des flèches. Il parvint à les rallier et les ramena vers l'ennemi. On vint lui annoncer, à ce moment, que l'oriflamme de Marphiz-Khan venait d'être abattue et que son fils était tué; il pâlit sous sa peau brune, mais continua d'avancer.

Il aperçut Ghanda-Saïb à quelque distance. Alors un flot de haine et de rage souleva son cœur.

— Je te donne la récompense que tu demanderas, si tu peux, à travers la mêlée, rejoindre mon ennemi, dit-il au conducteur de son éléphant.

Le mahout se hâte, écrasant tout ce qui entrave sa route, et déjà Chanda-Saïb est à portée de la voix.

— Arrête-toi, misérable, et viens me combattre si tu l'oses! lui crie Allah-Verdi. Viens, lâche, qui fais gagner tes batailles par des sorciers d'Europe. Vil aventurier, à qui le pouvoir de nabab irait autant que le turban à un ànel Viens que je t'arrache ta vie immonde, que je fasse rouler ta tête, qui offusque les yeux, sous les pieds des éléphants!

— C'est vrai, je suis le seul de la famille que tu n'aies pas fait assassiner! s'écrie Chanda-Saïb, qui s'efforce énergiquement d'approcher. Infâme vautour, tu vas enfin expier tous tes crimes, ton jour est venu. Je vois planer tes victimes, attendant ton âme gangrenée pour la jeter à Iblis, du haut du pont de l'enfer !

Allah-Verdi, en ricanant, vise son adversaire et va lancer sa javeline, lorsqu'un coup de feu l'atteint au cœur et le renverse.

Qui a tiré? On ne sait, la balle est partie des rangs français.

— Victoire! crie Chanda-Saïb, qui s'élance et abat l'étendard du Carnatic.

Voyant leur chef mort et leur drapeau dans la poussière, ces troupes, qui tout à l'heure paraissaient déterminées à tenir ferme, lâchent pied et bientôt

MAIîCHE INDIENNE 201

prennent la fuite, poursuivies à outrance par le bataillon français et l'armée musulmane.

Alors commence le pillage du camp abandonné. Les princes se réservent les éléphants, les chevaux, les armes et les munitions; le reste est aux soldats qui, avec des chants de triomphe et des cris de joie, font un butin considérable.

Le jour même, on marche sur Arcate et, avant le coucher du soleil, on voit se profiler sur la pourpre du ciel, les dômes et les minarets de la capitale du Carnatic, qui ouvre ses portes sans résistance.

Page 1