‹ La conquête du paradisChapitre 3 sur 21 · LANGUEURS · texte numérisé non relu

LANGUEURS

— Ourvaci! Son nom est Ourvaci, disait Naïk en agitant, au-dessus de son maître, une queue de yak pour chasser les insectes.

Bussy était couché, tout alangui par la chaleur et les parfums des buissons, dans un hamac, oscillant entre deux arbres de son jardin.

— Ourvaci! répéta-t-il, quel étrange nom! Il a de la douceur, cependant. Qu'était-ce qu'Ourvaci?

— Une étoile, ou plutôt une nymphe du ciel, qui encourut la colère d'Indra, parce qu'elle devint amoureuse d'un mortel.

— Eh bien, l'histoire pourrait se recommencer : une reine amoureuse d'un barbare ! l'on dit que la haine conduit assez volontiers à l'amour. Mais ne m'as-tu pas raconté qu'elle est fiancée à un prince musulman? Gomment cela se peut-il : un Maure doit lui être autant en horreur que moi-même?

— Je ne sais, maitre, répondit Naïk, on pardonne

beaucoup à ceux qui possèdent le pouvoir; il est possible que la sûreté de son petit royaume, en danger peut-être, lui fasse accepter une protection et une alliance qui doivent lui déplaire, en effet.

— Kt le Panch-Anan, comment se tire-t-il de là?

— La crainte de perdre un riche apanage, si la reine était dépossédée, doit lui suggérer mille subtilités pour démontrer la possibilité du mariage et excuser le sacrilège. Une des conditions, d'ailleurs, est qu'on respectera les croyances de la reine.

— Le fiancé, qui est-ce?

— Un prince de la maison de Nizam-el-Molouk, le vieux Soubab, c'est-à-dire le roi du Dekan. Ce prince peut arriver un jour au pouvoir, et le Dekan c'est la moitié de l'Inde!

— Que suis-je en effet à côté d'une pareille puissance! dit Bussy, et cependant je lutterais, si j'étais indépendant et riche. Ah! Naïk, parmi les légendes qu'on se raconte le soir au clair de lune, dans les bosquets de bambous, ne connais-tu pas quelque histoire vraisemblable de trésor caché?

— Si l'on écoute la légende, il y a des trésors cachés sous tous les arbres, dans toutes les ruines, dit Naïk en riant, mais en général ceux qui les cherchent meurent de misère.

— Alors, cherchons autre chose, soupira Bussy. Ah! vois-tu, je suis dans un mauvais jour et je n'ai pas la force de réagir contre cette folie que je ne peux même plus te cacher. Se sentir immobilisé comme dans une glu! ne pouvoir agir, tenter quelque chose, me rapprocher d'elle, rôder autour des lieux qu'elle

Page 1