PARIS P. LETHIELLEUX, LIBRAIRE-ÉDITEUR
10, RUE CASSETTE, lO
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Les ruines de l'Église de France.
Il y a quelques mois, M. le comte d'Haussonville faisait part aux lecteurs du Figaro de ses observations sur les conditions actuelles de la vie religieuse, dans le département
(i) Dans le courant du mois d^août 1907, M. le comte d'Haussonville avait publié dans le Figaro un article très remarquable, au sujet de la situation de l'Église de France, depuis la séparation de l'Église et de l'État. Le même journal donnait, quelques jours plus tard, les réponses successivement adressées par plusieurs évêques à l'un de ses principaux rédacteurs, M. Julien de Narfon, qui les avait interrogés sur le « rôle politique et social du clergé. «
L'étude contenue dans les pages qui vont suivre a été suggérée à l'auteur par ces deux publications.
Elle a fait, dans le Figaro, l'objet d'une série d'articles parue du i5 octobre au 28 décembre 1907.
N. de l'A.
OÙ l'avait amené sa cure d'eaux annuelle : il y montrait le culte célébré sans aucun changement extérieur, comme avant la Séparation, la collecte ordonnée pour son entretien accueillie favorablement, et, généralisant cette enquête locale, il en tirait pour l'avenir de l'Eglise de France de rassurants pronostics.
Depuis, M. Julien de Narfon a sollicité et obtenu de plusieurs évêques, et non des moindres, des réponses à une question intimement liée, au moins dans ma pensée, à celle que soulève l'article de M. d'Haussonville. Il les a interrogés sur le (( rôle social et politique du clergé », et, en publiant leurs réponses, il disait qu'à cette question a nul catholique, nul bon citoyen, ne saurait demeurer indifférent ».
Je suis, à cet égard, tout à fait d'accord avec M. de Narfon, et c'est pourquoi je demande la permission d'indiquer mon opinion sur le sujet si vaste ainsi proposé aux lecteurs du Figaro,
M. d'Haussonville rne paraît, je l'avoue, s'être un peu hâté dans ses conclusions. Pour le moment, ce qui frappe surtout les yeux
dans le spectacle offert par la malheureuse Eglise de France, c'est le monceau formidable des ruines morales et matérielles, accumulées en quelques mois, et le travail gigantesque auquel sont condamnés les évêques pour en relever les débris.
La Croix les a consultés : presque tous ont eu, avec ses envoyés, des entretiens dont l'ensemble constitue, pour l'histoire, un document de la plus haute valeur. Il est impossible de les lire sans une profonde émotion : en même temps qu'ils montrent, par un simple exposé des faits, l'étendue d'une si prodigieuse catastrophe, ils révèlent dans ces âmes épiscopales un courage, une sérénité, une confiance, qui remplissent le lecteur d'admiration, et peu à peu le gagnent à une invincible espérance.
Cette espérance, cette confiance, je les éprouve profondément. L'Eglise de France^ grâce à l'énergie de ses évêques, au dévouement de ses prêtres, à la fidélité de ses fils, se relèvera de ses ruines.
Mais au prix de quelles épreuves, longues et cruelles !
On a bientôt fait de dire que rien n'est changé, en France, parce que les églises sont encore ouvertes, et, sauf quelques rares tentatives dont les tribunaux, il faut le reconnaître, ont fait justice, laissées à la disposition incontestée du clergé catholique.
Ce fut la grande habileté de M. Briand d'avoir offert à l'esprit public l'appât de cette trompeuse sécurité, à l'heure même où, interdisant aux maires de signer, pour les édifices religieux, les contrats de jouissance proposés par les évêques, il jetait l'Eglise, sans ressources et sans titre légal, dans une situation innommée de tolérance arbitraire, qui l'expose à toutes les violences.
Les curés sont dans leurs églises à la merci d'un incident : le mobilier, les autels, les bancs, les statues, les ornements, tous les objets du culte leur sont concédés provisoirement : on peut les en dépouiller quand on le voudra. Demain, pour une réparation, une toiture à refaire, un mur à soutenir, un con-