LITRE MORAL S
à travers le monde enckanté. Un oorps humain est fait de cellules «dissemblables, il est fort et joyeux quand chacune remplit son r61e, faible et découragé dès qu'un seul groupe ou même une seule d'entre elles se refuse à le remplir. La liberté sociale sort d'un organisme en action, d'un ordre impérieux et profond où chaque cellule se met à son rang toute seule, obéissant à sa vie propre qui lui ordonne ou de suivre ou de diriger. Nous ne naissons pas égaux, nous naissons ce que nous sommes. Nous devenons avant la fin du jour ce que notre naissance et nos vertus fatales ont voulu que nous devenions. Si je suis faible ou bas, ce n'est pas ma faute, ce n'est pas. ma faute si je suis noble ou fort, si je suis né subtil ou pauvre d'esprit ce n'est pas ma faute. Et ce n'est pas ma faute, si je suis un peu tout cela. Tu sais que le hasard n'a déposé en nous ni les mêmes désirs ni les mêmes moyens de les développer ou de les combattre. Nous devons l'enivrement de vaincre au jeu grandiose de la vie, à l'inégalité divine qui met des désirs inégaux à la source de nos actes et nous pousse à les assouvir chacun selon nos facultés, afin
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que nous élevions tous ensemble cet édifice symphonique qu'est une civilisation.
Bebis donc Toidre |MLr en bas. Prends les lorces vierges du monde pour y rechercher la nature intime des hommes, demande-loi si l'homme libre n'est pas trop souvent écrasé, Tesclave en haut presque toujours. Combats en eux, anéantis en toi l'idée niaise d'égalité. Elle avilit ce qui est humble et pourrait être grand en consentant à sa fonction. Elle avilit ce qui est fier en lui donnant de sa fonction une idée peureuse et mesquine. Non, je ne suis pas ton égal. Tu le sais bien. D y a très longtemps qu'on t'a dit : à cEacun selon ses ceuvres. D'autres sont venus qui t'ont dit r à chacun selon ses besoins. Moi, je te dis : à chacun selon ses besoins et ses œuvres ; il y a entre les œuvres que chacun de nous accomplit et les besoins qui le caractérisent, une irrésistible harmonie. Laisse-moi donc l'écouter dans mon être et la saisir, si je le peux. Ne me prive pas dès l'aurore des moyens de me délivrer de Teffort pour lequel je ne suis pas fait. Donne-moi de l'air. Donne-moi du pain.
Délivre en moi la vie, ô mon frère homme.
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Je ne demande que cela. Laissemoi apprendre en la vivant si ma vie doit se donner à un maître qui la protège ou se soumettre aux forces supérieures qui m'imposent le poids d'être maître de mon destin.
Il n'y a pas sur la terre un homme qui soit régal d'un autre homme sur la terre. Il n'y a pas un homme sur la terre qui désire être l'égal d'un autre homme sur la terre. Chacun de nous n'a qu'un profond désir, après qu'il a mangé son pain et dormi sous un ahri sûr, c'est dé dépasser celui qu'il nomme son semblable en se servant des instruments que sa nature lui fournit, l'intelligence, l'enthou* siasme, la bonté ou bien la ruse ou même la sagesse qui conseille, pour la conquête d'un fatalisme dominateur, de renoncer à tous les autres instruments et de vivre solitaire. N'ai* je pas le droit d'affirmer que j'ai plus faim ou plus soif, ou plus besoin d'amour que toi ? N'ai*je pas le droit de prétendre, pour assurer sur toi mon règne silencieux, que mon orgueil m'inflige le devoir de reconnaître ta faim, ta soif et ton besoin d'amour plus impérieux que les mitta et de m 'effacer devant toi }
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Crois-tu donc que Jésufi ou François d'Assise n'aient pas eu, aussi bien que César ou Napoléon, le sentiment profond de l'inégalité des âmes ? Celui qui a pitié, oomme celui qui dompte, est un vainqueur. Jésus a fait beaucoup plus de victimes que n'en a fait Napoléon. Çakia-Mouni est un conquérant formidable. Vois-le pénétrer la nature, son amour s'accroître à mesure qu'il assimile à sa substance, comme un monstre dévorateur, tous les hommes des villes, toutes les bêtes de la jungle, tous les arbres de la forêt, tous les grands fleuves, les immenses glaciers, le granit des montagnes et jusqu'aux pierres des ravins. Plus grandira ton pouvoir sur les hommes^ plus grandira ta tendresse pour eux.
Ils ont besoin de toi, mon frère, tu les aimeras d'autant plus que ce besoin se fera plus tyrannique. La justice, c'est l'attribut de la liberté et de la force, de ce qui est sans haine, sachant que les hommes ne sont responsables de ce qu'ils sont que dans la mesure précisément de leur liberté et de leur force, de ce qui est sans peur ne connaissant pas les. limites de sa force et de sa liberté.
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Si donc tu es lilnre et fort, montre-le. Sois juste. Recherche en toi le sens de l'égalité véritable. Tu sauras que tu le possèdes si tu consens à accorder à tous les hommes le moyen d'être tes égaux et si tu éprouves à ce consentement, en même temps que l'ivresse de ta liberté et de ta force, l'orgueil de l'effort que tu vas les voir accomplir pour se rendre dignes des drmts que tu leur auras accordés. Montre que tu es libre en prodiguant ta protection. Seul connaît le ressentiment et l'envie le pauvre homme qui se crmt l'égal des plus hauts d'entre les hommes. Les plus hauts d'entre les hommes ne scmt qu'indulgence et piUé.
Donne donc sans peur à tous les hommes les moyens de monter. Que la faim n'habite plus leur ventre et le froid leur berceau.
Donne-leur de Tair. Donne-leur du pain. Pour ne pas les empêcher de sentir, apprends-leur le moins possible. Vis devant eux. Aie confiance. Us aimeront l'action si tu ne la qualifies pas d'aventure, Tamour si tu ne le déguises pas en péché, l'art si tu n'en &is pas un dogifie. Et si tu ne leur dis pas que la pensée
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ue a'appread que des airties, ils penseront.
Sui^rime entre la vie et eux tonte barrière, au lieu d'enfermer cette vie en des formules épuisées ^que tu leur auras api«ses, el ils se met* tfont iacilemait d'accord pour lui donner dans l'allégresse le style qu'ils lui réclament pour Taimer. Reconnais-leur en principe tous les droits dès leur naissance. Il sera temps de les restreindre à mesure que tu verras qu'ils ne peuvent s'en emparer. Ne leur impose aucun devoir dès leur naissance, laisse-les prendre eux-mànies les fardeaux qu'ils peuvent porter. Ils apprendront en jouant à la vie qu'on ne peut jouer à la vie que quand on est capable de payer. Ainsi tu referas le monde. Tu auras de nouveau le droit que tu as aiqourd'hui perdu, le droit non de punir -^ tu as trop entendu pour cela monter du fond des temps, venir de tous les points de l'étendue les harmonies impitoyables de la grande fatalité — non de punir mais de reprendre phis ou moins une liberté dont ils n'auront su se servir. Tu élèveras l'échelle des sanctions non avec l'échelle des crimes, mais avec l'échelle des charges, jusqu'à ce que tu atteignes une cime