LIVRE MORAL
jeune frère qui veut abréger Tagonie traînante et malpropre de ce qu'il a aimé de tout son cœur. L'homme fraternel est placé au centre même de la vie, il lutte pour la délivrer, il est l'esprit du bien pour elle, il est l'esprit du mal pour ce qui veut l'emprisonner. C'est en lui seul que se rencontrent les antagonismes apparents qui empêchent les autres hommes de comprendre pourquoi on ne voit jamais la douceur de son regard que sous la visière d'un casque et pourquoi on n'entend qu'à travers une cuirasse le tremblement de «on cœur.
C'est que pour être mieux armé, il a voulu, lui, tout comprendre. C'est qu'il connaît l'ef* fort de ceux qui sont venus parmi les hommes avant lui. Il sait qu'aucun d'eux n'est coupable, que quelques-uns ne sont grands que pour ne pas avoir eu peur de passer pour des criminels. Il sait que les plus belles vies ont pu surgir de bien des choses misérables, et> pour créer de la splendeur, accumuler des attentats. Comme il vit en un temps où l'es* •clave seul est en haut et s'y maintient en caressant l'esclave qui est en bas, il a donné
BS LA GONQUiTE
Bon cœur à ceux qui se ruent ftur tous les esclaves. Mais il garde sa liberté. Il juge avec tout son être. Il ne prive pas ce qu'il sent du secours de ce qu'il sait. Si la haine est un devoir saint pour celui qui est exprimé, celui qui est au-dessus de toutes les oppressions peut marcher à ses côtés le regard clair et goûter l'ivresse de la guerre en rêvant pour ses lendemains l'avènement d'un homme résolu à trouver dans l'action même son unique raison d'agir. Il n'y a jamais eu, il n.'y aura jamais sur la terre d'autres sources d'énergie que les besoins les plus concrets de la sombre foule qui peine et la vie des hommes puissants qui s'en échappe comme un cri. Quand tu saisiras la victoire et tant que tu seras digne de te nourrir des fruits de la victoire, tu n'auras plus qu'amour pour tous ceux, quels qu'ils soient, qui ont obligé les hommes à s'élever en masse au niveau de leur royauté.
La tendresse exclusive pour ce qui est vaincu et résigné à le rester et la haine systématique pour ce qui est vainqueur et décidé à le rester est un aveu de déchéance et de misère aussi complet que le mépris pour le vaincu et le-
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culte du vainqueur. Il maintient et fortifle le règne de Tesclave et barre à Thomme libre le chemin des grandes actions. Ceux qui n'aiment que Jésus n'ont qu'un besoin de protection, ceux qui n'aiment que César un b^in de servitude. Mais prenei garde de les repousser l'un et l'autre, car l'esclave seul craint le maître et seul le bourreau fuit le saint.
Ceux qui les acceptent tous deux possèdent la puissance virtuelle d'agir et de déliv^r. Tu dois parvenir à cela, mon frère. Alors, tu comprendras que pour vivre en fraternité avec ce qu'il y a de vivant dans la société des hommes, tu dois être prêt à vaincre en usant de toute ta force, pour protéger de toute ta tendresse dès que tu auras vaincu.
% Morale
Lis et relis l'histoire du chevalier Don Quichotte. Celui-ci fut un homme libre, jamais l'égal des autres hommes, et leur frère, toujours.