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L'ART POUR LE PEUPLE

Qu'il prenne seul son pain, et laiseez-Iui la paix ! -

Oui, le peuple est « porteur de Dieu ». Oui, les moissons de la foi dorment dans son innocence. Oui, tous les deux ou trois mille ans, un hymne plastique ou sonore, cohérent, et complet, des formes les plus humbles aux formes les plus flères, jaillit de son coeur avec la victoire et l'espoir. Hors ce miracle il est muet, il est aveugle, il est sourd, hors ce miracle l'art est l'effort supérieur d'un groupe d'hommes restreint et de plus en plus isolé.

Et quand il n'aime pas, tous les visages de l'uuour restent fermés pour le peuple.

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La paix. Tant qu'il enlenchna la musique de ses boyaux, il ii.'ira pas aux « Concerts populaires». Tant qu'il aura les muscles rompus par un travail de bête,, il n'ira pas au « Musée diL soir ». Il ne pensera à l'amour idéal qnQ . quand il ne sera pas trop fatigué pour- faire Tamouk* physique. Il n'ebt de créateurs que le «désir et la 7aim.

Laisaes^k. Laissez-le, vous dis*je. N'exigez pas d'un enJant affamé, même s'il a eu à l'école le premier prix d'aritUmétique, qu'il comprenne d'un coup le calcul intégral. Le peuple n'a pas à monter à l'art, car c'est l'art qui monte de lui. La matrice ne connaît rien des combinaisons du cerveau. Le peuple est la matrice sombre. L'artiste est le feu de l'esprit. Ne dites pas que le peuple s'exalte quand on Im joué du Beethoven. Une marche militaire me fait bien bondir le cœur I Et voici l'alternatite : s'il ne sent pas les formes gran< dioses de la musique, la charge suffira à jeter le peuple à l'assaut. Et s'il les sent, les hautes symphonies endormiront sa douleur.

Car je vous le dis. Au bout d'un effort :séculaii« et dana ses expresaions suprêmes,

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les dernières venues, les plus complexes, les plus subtiles — la peinture, la musique — Tart est un poison. Il est Taicool des hautes classes* Il énerve. II fait des mystiques indifférents à tout ce qui n'est pas lui-même. Il détourne 1 de l'action. Ici, comme en tous les chemins, la borne de Fidéal barre le passage à l'instinct et empêche le pràplé d'abattre l'obstade entre la proie et sa main. Toute création escomptée aboutit à l'avortement ou au monstre quand la croyance* béate au « progrès » se substitue au désir puissant de la conquête, que la notion élémentaire et spontanée de justice suffit à idéaliser. Si beau et si noble soit-il, ce n'est pas au vieillard mou*^ rant à féconder la jeune femme.

N'enlisez pas l'effort des révoltés dans le»

sables mous de la démoci^tie ^alitaire. L'art pou^ le peuple, quand le peuple n'a pas de pain I Des fruits sut l'arbre quand les racines de l'arbre se crispent sur la pierre hue ! Il reste à celui qui a faim une invincible innocence, vous voulez la détruire, ajouter au poison de l'alcool et de la misère le plus lourd dies parfums de la fleur dernière de

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l'âme I Que la déoompoeition intelleetuelle, où les formes extrêmes de l'art tendent irrésistiblement, atteigne à son tour le peuple. Le germe de la foi qu'il garde sen^ broyé.

Soit. Si vous réussisses à dévier l'élan du peuple, il y aura dans les asscMnmoirs de « nobles fresques ». Aux carrefours des rues vivantes, de « nobles groupes » gforifieront le saint travail qui mange les poumons, ronge les os, brûle les yeux, corrode les entrailles. Les terrassiers soulèveront avec a un geste auguste » leur- pavé, et le « serf de la glèbe » connaîtra qu'il iut élevé, par toute une école, à la dignité de tableau.

Ce ik'est donc pals pour la bonne viande et le bon' pain, pour l'abri sûr, pour l'outil solide et bien a£NUé dans la main feMïe, obéissante aubL n^rfe calmés, que le peuplé s'est mis en route. Ce n'est pas pour l'illumination qui suit toujours la victoire. Cette fois encore il lui faut, avant même d'avoir vaincu, ilne Illusion universelle, et cette fois encore c'est celle du' Bonbéiir. Qu'importe qu'elle soit au ciel ou daliB l'avenir dé la terrée C'est la même. Et c'est natilrel. Le paradis actuel est

dans la adienee pour loua, comme la paix qui sera d'ailleurs >étemelle^ Fart pour tous commis rhygièné, ^et tout à la portée de tous. L'ombre du prc^l divin sur le sel des Hiomines n'a plus de plia au eoin des lèvres, ni de contraction douloureine^dans -le' sourcil.

Vous aurez dcmc ^cela. Tovt cela. Je crois qu'il le iaut. Voys savez déjà par cœur tous les articles du Credo, C'est eomine un ronron qui vous berce. Vous av^ des cardinaux et des conciles. Je vous ai Vu»^ assemblés en des salles recueillies où de vieilles demoiselles à lorgnon et des jeunes hommes à lunettes prennent des notes, surveillent l'exposé de la doctrine avec une cordialité sévère, donnent le signal de la huée ou des bravos. Le quatrième état est élevé peu à peu à la hauteur de la philosophie du tiers, châtrée par la morale laïque et toute bégayante de Tattendrissement des prochaines sénilités. Les trains arriveront à rheure. Tout le monde sera pur. Il n'y aura phis parmi les hommes de ces monstres qui, avec le verbe ou l'épée, sculptaient la primée et l'action pour mille ans. Tout le monde saura la signification sublitne de ce qui s'écrit»

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ou se peint, ou se chante. Les feoimes partageront avec ks hommes la gloire de voter.

C'est ainsi que s'y prit de tout temps l'ins* tinet in&Lillible de Tbamme pour modeler les races serves sans doute indispensables à sa marche vers l'avenir. C'est bien. Elles puisent dans leurs croyances communes, si chétives qu'elles soient, une force incommensurable:

L'obéissance active en masse est un phénomène divin. Une machine pareille ne peut âtre arrêtée. Mais elle doit être asservie. Quand les canards et les poules se penchent sur le miroir du Bonheur, ils ne voient pas rôder le loup et le renard dans la plaine, ni le vautour et l'aigle faire leur ronde dans le ciel. « Il faut une religion pour le peuple. » La voici. Elle servira. Toute religion nouvelle peut atteindre en quelques esprits les hauteurs de l'intelli' gence et les forces du désir — et l'esprit ne s'élève et ne règne que s'il renonce au Bonheur.

O vous tous qui refdiez vos ailes et descendez en troupes serrées dès que vous voyez ce miroir briller entre les pierres, suivez donc la destinée immuable de ceux pour qui l'obéissance et la paix sont la nourriture attendue I

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Je VOUS le dis en vérité. La guerre étant une chose barbare > >k>us laisserez aux barbares du dedams ou du dehors le privilège méprisable de vous dicter leur loi. Une race de chefs vous pétrira comme une argile. Et quand, des profondeurs de ce qu'il y a de plus inconscient parmi vous-mêmes, monteront des artistes neufs, ceux qui veulent vous initier aux « hautes émotions de Tart » ne comprendront pas ces artistes et lesteront Boumis aux Éormes abolies des symboles lyriques, comme ils se soumettront à une forme de servitude morale et sociale qu'ils préparent sans le savoir. Les jeunes héros formés par la bataille vous mène«. Tont où il faudra. Vous marekerez en ordre, pour la plus grande gloire de Tesprit. C'est bien. Je ne proteste pas. Encore <nn efiEort de ma part, je vous aimerai d'être ainsi. Je ne puis plus ddùter du dévdioppement toujours ironique et brutal dé l'Histoire,* et que le tremplin de l'obéissance de ceux qui veulent être heureux, soit nécessaire à l'essor de ceux qui veulent vivre.

A peine sommes-nous sortis d'une (c forme de servitude » qu'une autre s'impose à nous.

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