‹ La conquêteChapitre 2 sur 70 · DE L'ESPRIT RÉVOLUTIONNAIRE · texte numérisé non relu

DE L'ESPRIT RÉVOLUTIONNAIRE

J'atteste la vie éternelle I

Elle est seule à Bavoir que je ne suis pas responsaUe si les formea anciennes en qui elle a fleuri une heure we retiennent parfois trop longtemps pour que je puisse suivre sop mouvement secret et continu afin de refleurir 3vec elle dans chaque forme nouvelle qu'elle modèle incessamment. Elle sait comb|en je gémis quand je me sens dépassé dans mon ascension par quelque chose de vivant. Non d'«ivie, mais de déteapoir d'être en retard sur sa poussée, de ne pas me laisser aller à son niisseltement impitoyable où toute la poésie

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^Âp. ' fionde viwt s'abreuver» L*esprit cri-,

tendre sa sèche voix. Et les images du passé projettent leur ombre immobile sur l'écran où je venais de voir s'ébaucher son ombre furtive .

Dois-je donc puiser dans mon amour pour loi, vie éteroeUe, le courage de briser Tébran, pour que toute image s'efface ? J'hésite, et tu n'attends pas. Quand je me prends à douter de ta force à renouveler tes aspects, je préfère ne plus rien voir de ta magnificence ancienne, fermer tes plus beaux livres, déserter tes plus beaux temples, laisser la poussière recouvrir tes plus beaux tableaux, ne plus jam'aiê chercher dans le récit de te^ grandes actions un prétexte et un exemple pour agir. Je ne veux plus regarder qu'en moi-même, écouter la nïmeur du désir que j'ai renivrement de ne jamais éteindre* vider ma mémoire de tout ce que je sais pour laisser mes nerfs libérés accueillir tout fce que je sens. Quand il n"y aura plus, là où régnaient auparavant des harmt)nies réalisées, qu'une grande aspiration confuse, et l'angoisse de

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renthouâiaame, et cette douleur avide de la mère qui va pousser hors de son ventre son enfant» et des formes qui se cherchent, des sonS) de» pressentiments d'harmonies, mon âme saura ^eulrétre qu'elle est d'accord avec toi, vie étemelle, dont l'esprit révolutionnaire exprime ' la révolte contre tout ce qui tend à t'immobiliser.

Pourtafcit, je sais une victoire encore plus haute à remporter contre moi-même, c'est d'acquérir la volonté de foncer sur l'avenir avec .une puissailee accrue par le poids de tout le passé. Si l'on ne me ccxoiprend pas, qu'importe P Et qu'importe que je me déchire 9 Je me sens si vivant que toiit ce qui vécut me parait vivre autant que ce qui arrive à la vie. Si je résiste à l'image imprécise qui cherche à remplacer en moi l'ancienne image, c'est de la vie que j'empêche de naître. Mais c'est de la vie que je tue si je n'arrête pas ma main au moment où elle va frapper ces images vieillies que je ne puis cesser d'aimer. Elles furent, elles 'aussi, des forces révolutionnaires. Toute force naissante est révolutionnaire, elle renverse pour paiser. L'esprit révolutionnaire,

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c'esl le lyrisme de la vie. Toute grande ftme en travail n'a qu'à sentir le monde vivre, elle recueillera ce lyrisme partout. L'esprit révolutionnaire est dans la croissance des fleurs. C'est lui qui fait éclater les cercueils. J'ai reconnu son soulle quand est passé le vent qui adévasté cette contrée et fécondé ce sillon: Je l'ai suivi dans son cheminement en voyant s'élargir la fente de ce mur sous l'action du soleil et de la gelée. Je l'ai retrouvé dans les gestes de ce maçon qui bâtissait cet autre mur. Toutes les fois que j'ai senti, à la rencontre d'une femme, au contact d'un esprit, une chaleur monter de moi, j'ai su qu'il manifestait sa présence pour m 'empêcher de mourir.

C'est lui qui a capté le feu. Quand j'ai regardé les montagnes sculptées par les Egyptiens, le peuple de la vie souterraine, celuf qui ne parla ' jamais, il m'a semblé qu'un milliard de cris étouffés sortaient de la poitrine de la mort pour livrer au temps immortel la confidence de l'esprit révolutionnaire. Il a emprunté les voix terribles ou charmantes des divinités lointaines qui défrichaient la terre « entraient dans les bois noirs pour

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égorger les monstres el secouaient des fleurssur le passage des hommes primitifs. Quand j'ai lu l'aventure de Prométhée, j'ai su quec'est bien lui qui arme contre les fatalités déchues les fatalités naissantes. Je l'ai en^ tendu vibrer à Marathon dans mon bâton de voyage C'est lui qui m'a fait traverser les fleuves et les marécages à l'aide d'arches et de dalles de pierre que les Légions laissaient après eUes pour reconnaftrë leur chemin, le l'ai senti qui s'amassait dans les geôles et les^ catacombes pour crever un jour le sol- sous lespas des hommes repus, y répandre sa boue brûlante, dévaster la science et la richesse accu* mulées afin de doter la passion de vivre d'une flammé qu'elle ignorait. Je l'ai retrouvé, alors que je croyais perdue sa trace, en suivant derrièi^4'incendie les hordes qui descendaient du Nord vers les villes désabusées pour prendre leur viande et leur pafn. J'ai compris que c'était lui qui boursouflait la terre indoue de formes en mouvement quand son pessimisme grandiose aboutissait en même temps à immobiliser sur le bord de la route des ascètes ossifiés. Il a scellé les pierres de > la

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igrande voûte ogivale avec le sang versé dans les ruelles pour amener la Commune fi&nçaise À la liberté. Une paysanhe de vingt an! devant «qui j'ai vu fuir des années et des conciles, in'a fait comprendre qu'un seul cœur habité par lui était le maître absolu d'un monde qu'il n'habitait pas. C^est encore lui qui crépitait iun peu plus tard dans la flamme des bûchers, qui craquait dans le bris des os sur la roue, qui puait dans ' l 'enci^e grasse des premières imprimeiries, cassait des chaînes invisibles par le doute et la connaissance, et lui qui se iançait avec trois barques sur une mer inconnue dont on prétendait, que les eaux finissaient «n cataracte. Je Tai surpris dans la Sixtine qui «uspendait une épée nu^ sur des prêtres assemblés. Un autre jour, j'ai croisé la Sagesse, montée sur un âne gras, qui, dans l'espoir de sa rencontre, se laissait traîner par les routes arides à< la suite de la Folie montée sur un cheval maigre: Je l'ai entendu, avec Bach et Beethoven, enfler ses ondes excentriques pour enfoncer de partout la sphère du monde fermé, prolonger ses lignes de force jusqu'aux orbites silencieux que Kepler et Newton

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avaient tracée dans le ciel, jusqu'aux mmivements sourds que Lamarck surprenait au fond des vies les plus obscures pour tes suivre, à travers les rameaux des .formes, dans leur ascension vers Tesprii. Quand j'ai vu cinq cent mille enfants bourrer leurs armes avec les pages que des bommes avaient écriles pour le répandre et i exalter, j'ai su qu'il avait seul le privilège» lorsqu'il usait du meurtre et de la guerre, de rester pur. Pour vaincre, il prend tous les aspects. Les plus hautes tentatives de donner un style à la pensée, l'art classique grec ou français, les Codes, l'esthétique et la moarale i^es Chinois, constituent un témoignage à Tactilde l'esprit révolutionnaire puisqu'elles sont, au moins à leurs débuts, un essai de consécration et d'affermissement de ses victoires. Il a créé les aristocraties en les obligeant à donner à la vie un magnifique accent de force qui participait de l'esprit révolutionnaire en utilisant ses attaques pour se maintenir vivant. Il a renouvelé les modes de vivre sociaux chaque fois qu'il s'est aperçu que les aristocraties qu'il avait formées n'étaient plus assez jeunes pour admettre ses

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empiétements vivifiante. Tout ce qui, dans notre aventure, ai^paratl comme une conquête, est une manifestation de reprit révolutionnaire, mâme l'autorité d'un grand conducteur riiomme sur le souvenir et le désespoir est à ceux qu'il conduit. Il est Tordre conquis utie minute, de milénaire en millénaire, par les sociétés et l'esprit, pour établir dans l'univers une harmonie fugitive dont tous les éléments ont été découverts par lui. Maintenant je le connais bien. Il est ma générosité. Il est ce qui m'a fait nattre, ce qui mé fera mourir. Il est ce qui m'a fait aimer. C'est le lyrisqie de la vie, quelque cliose qui est eUe-mâibe, mais la devance, qu'elle poursuit sans relâche et ne parvient pas à saisir.

Il n'est ni le bien ni le mal. Ceux qui voient le principe du bien dans l'esprit révolutionnaire ne songent pas au sang qu'il a versé, aux sensibilités qu'il a meurtries, aux vies justes qu'il a brisées, aux intelligences royales qu'il a réduites en poudre parce qu'elles ne pouvaient le suivre ou tentaient de le contenir. Ceux qui y voient le principe du mal lie savent pas les espérances qu'il éveille, la

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