LES BARBARES
L'artiste cherche l'artiste. On le voit errer, inconnu, dans le désert majorttaire où l'esclave régnant trouve autant d'esclaves qu'il veut pour décorer ses rues et b&tir ses monuments selon ses goûts. Si l'artiste rejoint l'artiste, le m^e éclair traversera cent mille cœurs vivants, et notre angoisse Qnira. Nulle angoisse n'est comparable à l'attente de l'amour. Quand il y a dans la ville des lampions et des fanfares, il me sufût d'entrer à Notre-Dame pour que le peuple entier gémisse dans ma chair. On dit la joie populaire basse. Mais la vraie joie n'est jamais basse. La joie
populaire n'est pas. Les hommes qui s'ignorent sont des désespérés. Ce qui divise meut* trit, ce qui réunit exalte. Je le sais par la cathédrale.
Elle m'a tout appris. L'avenir plus que le passé. Non pas sa forme matérielle. Mais les jsources d'où jaillira l'esprit commun que cette forme matérielle résumera quelque jour. Nul ne sait ce que seront l'architecture, la peinture, la sculpture, le poème qui seront. L'artiste fait son plan sur le terrain. Sauf à l'heure enivrante de la réalisation, quand tous ses souvenirs, toutes ses impressions vivantes, tout ce qu'il pressent et espère l'inonde eu même temps d'une ferveur brûlante d'où, l'idée sort claire et victorieuse, la pensée de l'artiste est confuse, confuse comme ce qui vit, tconfuse comme ce qui natt. Quand les moines de Chartres ont posé les assises de leur édifice sublime, prévoyaient-ils la flèche aussi longue, -aussi pure qu'un cri d'amour ? Quand les maçons d'Amiens ont disposé les premières maçonneries, soupçonnaient-ils la majesté du planement des voûtes et le rayonnement de la rose centrale et tous les gestes du travail