MÉLODIE ET SYMPHONIE
Bien ne triomphe de la mort, que le lyrisme. Une Bocâété qui éxoerge avec puûsaace de rhietoi^e est comparable à l'un de ces poèmee où les poumon^ de tous les hotmaei respirent aux lèvree d'uifL «eul, Homère, Eschyle, ou l'Ecclésiaste, ou Valmiki, ou Dante, ou Shakespeare, ou Beethoven. On y sent cette pulsation perceptible au cceur de leurs œuvres des vaisseaux creusés dans leur ehaïr par le désir et la soif. Ni la société ni l'artiste n'imposent & la vie les rythmes qu'elle prend dant les moeurs ou le poème, lia vie les porte sur •on flot, haletants et victorieux. Elle les oon-
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Waint à poursuivre une domifia^n sur elle, qu'ils croient tenir «ans cesse et qiii toujours . leur échappe. L^s formes nouvelles qu'ils arrachent à son cours ininterrompu ne font que libérer l'esprit pour la minute imminente et l'asservir quand là minute est dépassée.
Qui écrira le poème, et comment s'achèverat-il ? J'ai assisté à xme rencontre émouvante entre Rembrandt et Phidias. Le premier a compris l'autre tout entier, et sans effort. Je crois bien. Même quand il relève pour la première fois la trace d'une grande âme, le cœur du héros tressaille, comme celui de Robinson trouvant l'empreinte d'un orteil sur lé sable mouillé. Là révélation qu'un homme a traversé l'île déserte où il habite est pour l'abandonné l'événement le plus glorieux de son exil. Au choc de ïa poitrine, il reconnaît sa forme dans un creux que l'eau va noyer.
Rembrandt a accueilli Phidias. Mais Phidias hésite, et s'étonne. Quand il a vécu dans cette île, il y avait là' un rocher nu, une mer ondulée à peine, un ciel circulaire, une lumière sombre à force d'éblouir. Et voici le ciel bas et" la brume opalescente, la terre épaisse où
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les vers grouillent, une forêt mystérieuse où jouent les ombres et les lueurs . Des torrents ont charrié Targile qui s'est mêlée aux algues mortes, aux méduses pourries, à la fiente des oiseaux, à la poussière des fleurs. Les vents ont apporté des graines. La plante a retenu les eaux où s'est abreuvé le soleil. Deux mille ans I des milliards de vies, et tant d'intelligence et tant d'amour et tant de peine et tant de mort I Deux mille ans d'alluvions faites du sang de tous les hommes, du lait de toutes les femmes, de la cendre de tous les dieux. Pourquoi Phidias comprendrait-il ? Nous ignorons le timbre que prendra la seconde qui commence.
Le visionnaire même n'embrasse pas la création actuelle et les formes où elle s'ébauche lui échappent presque toujours.
Pourtant, elle se fait. Depuis le chaos magnifique où la rencontre de l'Egypte, de l'Asie, de la Grèce, de la Judée, de Rome avait jeté l'esprit, jamais on n'y sentit frémir ces flamilnes, brûler ces forêts, s'amasser ce charbon ni se condenser ce diamant. La terre accouche, et nous ne savons rien. L'espace spirituel des héros contient l'histoire et l'avenir,
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sans doute, mais la forme où il s'incorpore doit, si elle veut vivre, entrer au moule des sociétés en formation. ^ oe moule est trop étroit pour tant d'univers affluant, tant de pfissés accumulés, tant d'intuitîops débordantes. U ne peut qu'être brisé par l'organisme inconnu. Que pèse la loi formulée par le légiste ou le prêtre devant celle qu'ont apportée, tremf^e d'humanité par deux mille ans d'angoisse et d'action contradictoires^ Rubens»
Newton, Lamarck P
Tout est poème, je l'ai dit. L'espace et le temps se pénètrent. La vie et la pensée tournent dans un cercle tragique, l'amour germe du sang, qui coule de ranu)ur. Pauvre et glorieuse Europe portant seule, depuis vingtcinq siècles, le poids si lourd du genre humain 1 Pauvre Europe, mère profonde, avec son ventre déchiré que ses fils eux-mêmes fé^ condent, où Eschyle a jeté Jésus, où Jésus a jeté Dante e% les maçons français. Où leur énergie trop tendue a dépofié ce désespéré, Michel-Aiige, ce héros du doute, Montaigne, père de Shaliespeare et de Pascal* D'où Cervantes est lorti invincible sous son armure de
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carton, et où R^abrandt a dormi. Pauvre et glorieuse Europe, tour à tour choyée et violentée par ces enfants ,épris de toi dont les uns ont si profondément fouillé tes entrailles que tu pensais mourir de leur étreinte et ne plus pouvoir enfanter, dont d'autreis t'ont versé un cordial d'illusions si fortes que mourante aujourd'hui, peut-être, épuisée, convulsive, tu leur soumets l'avenir ! Te souviens-tu de Rubens, de Nev^ton, de Lamarck ? As-tu su les aimer ? As-tu compris qu'ils t'apportaient cet accord entre l'homme et le monde qu'avait compromis Prométhée et que les foules de ton Moyen-Age ont confusément réalisé, mais n'ont pas su maintenir ?
As-tu senti qu'ils te délivraient de ton vîeut mal métaphysique en faisant entrer dans ta chair, en vertus vivantes, ses rêves matérialisés ? Tu souffrais. Ton fils Pascal serrait ton cœur entre ses mains fiévreuses, ton fils Descartes ouvrait ton crâne, ton fils Voltaire riait de ta chère et sainte et pitoyable nudité. Mais Ife peintre aviait déjà forcé l'unité des apparences de l'espace, leurs échos, leurs rapports changeants, leurs échanges enchevêtrés et ccm-
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iinu9, le sang qui bémii dans le ciel, Teau qui tremble dans les legards, r<Mide des forêts el des mers entrée dans Tonde muscu* laire» à être fonction de Tesprit. Le naturaliste découvrait leur enchaînement dans la durée et la vague de force qui naît incessamment des profondeurs de la vie indistincte pour se répandre de plus en plus large et complexe parmi les branches ramifiées de la matière en mouvement, du fond noir de Tabtme à rintelligenoe du dieu. L'astronome, écoutant la nuit, établissait qu'une harmonie mathématique étend à Tunivers la solidarité des formes que suivent le savant et Tartiste dans l'image et le devenir. Tout cela, je le sais hien, n'étouffe pas la vohc de la conscience, mais tout cela conduit à ce plus grand mystère, que la force créatrice et libératrice puisse exister hors d'elle, au-dessus d'elle, la vaincre et la déterminer. L'eqprit symphonique a cenfoflé le mcmde, pénétré, par la musique, la conscience et l'instinct mâsie, fait entrer dans le cœur européen les intuitions de l'Asie panthéiste précisément à l'heure où une jeunesse nouvelle soulève l'âme mélodique du sud.
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Ce^e réeurrectûm îiiattendiKk,de réaergîd du sud^ au moment aA li$^ peuple* septeatiâcmajux toi^heut le faite, . est fieilt-étoe la rencoutr^ l^. plus dramatiquie de. ^Histoire. I^'^E^Srypte sort deB sables. mcMrts, l'Alrique vene SOI) feu d^s le sang mêl4 des'yieiUea races, r Amérique latine lance les vieux peuples aay^ tiques à la conquête du UH^nde matériel,
La France, où fut depuis vingt siècles le confluât des deux esprits, . retrouve à la même heure Ingres, Stendhal,. Cézanne, parfois Berlioz, ceux du Sud, ceux qui entraînent son hésitai(ipn à lapr suite dans le sillage des lignes impérieuses, des analyses sans pitié, des constructions indifférentes à tout ce qui n'est pas Tobjet... L'a€^ord se réalisera. Les prophètes du Nord avaient déjà atteint les terres sèches. Rubens tordait j^ matière iQouvante et l(wrde comme la masse de la mer avec l'arabesque romaine chargée de la polyphonie des Vénitiens. Lamarck créait le mythe du transformisme universel à l'heure où Goethe, en poursuivant la même idée, inclinait devant la forme antique le pes-
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siiBitnie allemand. C*eat dans un ciel de brouillard et de suie que Newton traçait d'un seul jel les grandes courbes mélodiques du poème sidéral. C'est Nietiscbe, un Germain congés* tkmné d'images, qui opposait l'âme tragique du sud à Tidéalisme moral qui perce cbez les artistes du nord.
Pauvre et glorieuse Europe I Gest là ta der* nière tftcbe, peut-être, avant de mourir. Le monde te presse de partout, risque de couvrir de limon tes raines et tes labours. Au moment où ton àme, ayant épuisé les révélations de l'individualisme, se laisse imposer ce besoin d'ordre mélodique par ceux qui ont fait de cette âme le poème le plus complexe sorti du coeut* de Dieu, la terte elle-même prend l'aspect d'une sympbonie gigantesque et désordonnée. Voici l'Asie, avec soti énergie refaite par un sommeil de mille ans, le style tranchant des Japonais, l'énorme iorce confuse et métaphysique dés Chinois, la marée de matière enivrée d'elle-même que l'Inde verse à l'esprit depuis l'origine des t^nps.
L'Amérique apporte au foyer commun de»
puissahces d'action violentes, tandis qu'un