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SUR LA PEINTURE

Nous ne connaissooa pas un seul des langages que nous parlons. Ils ne cessent de se créer. Us fuient et se dérobent, poussés par la croissance de l'esprit. Mais aucun, pour être entendu, n'exige plus d'efforts que la peinture où nos habitudes paisibles voudraient retrouver l'apparence que nous voyons aux objets du dehors. La peinture n'est pas cela. Elle cherche le point instable où «ette apparence s'accorde avec le sentiment qu'en prend un homme exceptionnel. Elle transporte l'univers

I*) Pr£facb au premier Salon de Mai (HuSMUe, '9")-

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dans la région supérieure de vie où Tintel* ligence prend possession des éléments qui la forment.

Il ne nous appartient pas d'imposer à^l'artiste r inertie de notre vision. D appartient à l'artiste de nous imposer une vue du monde conquise par la sensualité et la méditation sur Téducation commune qu'il a reçi^e malgré lui. Quand on est de ceux qui recueillent les voix que nous n'entendons pas, les voix qui chantent pour celui-là seul dont les sens et le cœur se soumettent avec ferveur à l'enseigne* ment quotidien de l'admiration et de la volonté d'apprendre, c'est contre nous qu'on a raison, et pour nous qu'on travaille. On est le traducteur des puissances d'accroissement que nous portons à notre insu, on voit les images secrètes qui nous habitent, et qui sont l'ombre graj^dissante de nos désirs confus sur la route où nous hésitons. Un artiste est un grand témoin, il vient dire qu'il existe tout au fond de notre innocence ignorée des forces ascensionnelles que nous ne soupçonnions pas et dont nous devons attendre de lui la révélation progressive avec ce sentiment de recon-

naissance où les hommes d'autrefois sentaient la présence d'un dieu.

Il faut exiger de ceux qui viennent voir de la peinture qu'ils la regardent avec respect. Jamais le liesoin que nous en avons ne s'affirma avec une puissance plus fatale. La France d'aujourd'hui est le théâtre d'un drakne intellectuel où les peuples d'Occident reconnaissent leur inquiétude et dont révolution de la peinture est l'épisode central. La plupart des hommes, presque tous les Français l'ignorent, toujours il en fut ainsi. Quelle tragédie silencieuse I Voici, dans la mêlée confuse des idées et des sentiments, un point éclatant que nul n'aperçoit, une forme radieuse et voilée qui monte des ténèbres antérieures pour nous dire ce que nous sommes, àh nous allohs, l'espoir qui nous tient debout dans l'oscillation générale du monde pour nous permettre d'y saisir la force de nous décider. Quelque chose d'inconnu s'avance, et de toutes parts, comme une rumeur symphonique dont l'Art français est aujourd'hui le cri d'appel, un moment d'histoire aussi décisif que celui où le monde antique ren-

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versa les valeurs dans la cohue d\ pour éclairer les chemina qui nous furent nécessaires el que nous allons quitter. Tout va changer^ la morale, la science, les grandes notions unanimes sur lesquelles reposent pour quelques siècles les organismes sociaux, le rythme invisible et grandiose qui berce notre aventure et qui monte de millénaire en millénaire des profondeurs de la nécessité pour nous refoire une raison d'agir. Nous ne le voyons pas, nous ne le savons pas, nous ne le croyons pas. Ceux qui s'en doutent ne peuvent convaincre personne. Leur voix bégaie, ou tombe devant l'indifférence universelle... Et c'est bien. Il ne peut en être autrement. Les plus vivants afeteurs du drame ne le soupçonnent pas toujours. Il faut que nous allions les arracher à leur puissance solitaire pour leur dire notre amour.

Celui qui pourrait montrer en une page que l'individu, à force d'être libéré, s'en va à la dérive et cherche l'individu, qu'on voit croître les germes d'une nouvelle, et ardente, et im* morale religion au milieu des lambeaux des vieilles croyances, qu'un mouvement général

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d'ascension vers quelque chose qui sera s'accuse dans la reconstitution des organismes du travail, la réhabilitation par les philosophes de l'intuition constructive et lyrique, par dessus tout l'aspect décoratif, titubant de joie, «étonné, et pour tout dire primitif de la jeune peinture, celui-là serait lui-même l'un de ces héros mystiques au €œur desquels s'élabore le monde inconnu... Après le pessimisme pro* phétique de Rodin, l'indifférence sentimentale et la volonté d'architecture de Cézanne; la joie victorieuse du dpute reconquise par Renoir, ils ne savent pas mieux que nous, les jeunes peintres, mais ils cherchent, ils veulent construire, une passion les tient et les exalte qui les fait se livrer de nouveau à l'élan intuitif de l'être avec le désir tremblant et joyeux d'obéir à sa volonté. Nous flottons éperdus entre les sommets de la connaissance les plus hauts qu'on ait encore atteints et les sources d'un instinct demeuré exactement ce qu'il était aux plus lointaines profondeurs de nos racines animales. Comment n' irions-nous pas avec confiance au devant de ceux qui osent, même en balbutiant, avouer leurs dé-

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faites pour imposer leurs victoires, dévoiler gravement leur certitude et leur angcxisse et saisir toute lueur qui vaciUe pour la secouer devant im>us P Ils app<Mrtent avec eux la force et la confusion de l'esprit... Qu'on regarde avec déférence, qu'on essaie de comprendre, surtout qu'on ne juge pas...

L'incompréhension commande aux hommes le silence. Ceux qui le gardent fièrement de* vant une forme nouvelle dont ils ne saisissent pas tout de suite le sens en ^ont vite récom* pensés. Un faible murmure y prend naissance, il grandit de jour en jour pour devenir un hymne qui les emplit et les soulève au-dessus de leurs gestes machinaux et les fait entrer dans une plus haute lumière dont l'intensité croissante leur permettra de lire de plus en plus clair en eux. La peinture est l'image mouvante des symphonies invisibles que la poésie, la musique, la danse, l'amour, l'orgueil de vivre éveillent en nos sens au contact des apparences immortelles de l'espace. Il ne faut pas seulement regarder la peinture, il faut la toucher, l'entendre, la vivre, recueillir' autour de nous son âme éparse que l'artiste

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arrête pour nous dans une faorme fHrovitoire où noua pouvons reconntttre la figure changeante des désirs et des tourments qui nous font ce que nous sommes. Celui qui aime avec passion les visages de la vie pénètre par les plus sArs chemins dans ses profondeurs ca* chées et reconnaît dans Tar^ de modeler l'esprit du monde le plus puissant mo|fen de parvenir jusqu'à lui.

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