SUR LES SPORTS
Pour remercier M. Léon Baranger tTavoir loué an boxeur.
Oui, la brutalité recule quand la couscimce et la vigueur alliées opposent à ses gestes obscurs la pTécision et la gi&ce. Oui, le sport est un jeu grandiose dont la vertu d'éducation s'accrott à mesure que ceux qui s'y livrent ont conquis sur leiu: force plus d'empire et mettent plus de force au service de leur esprit. Le geste aveugle est une insulte à l'harmonie de la pensée, mais quand la pensée ne sait plus voir l'utilité de l'instinct de bataille qu'elle doit discipliner p<Hir lui donner sa valeur spirituelle, c'est que ses racines pourrissent et qu'elle n'a plus à nous
offrir que des Iruits empoisonnéft^. Rien ne toeurt des éléments primitifs mis(^par le monder* à la disposition de l'homme pour élargir et fortifier sa domination sur le monde. Bénis soient tous les jeux ardents qui substituent à la colère et à la trahison )a ruse, le courage et la loyauté et font surgir, face au moraliste épuisé et au politique semeur de soupçons et de haine, le guerrier simple et pur qui développe tout son être en vue de la résistance, de Taffirmation et de la paix.
Morale de la vie I tu n'es pas faite de ces vertus passives où s'endort la puissance de rayonnement et d'action dans l'illusion d'une harmonie définitive. Quand l'énergie de l'homme baisse, voici que surgîissent de l'ombre des organismes de violence et de meurtre qui s'apprêtent à le saisir. Morale de la vie I tu dois utiliser la vie sans cesse, chercher en tous les moyens qu'elle t'offre, la soif d'aimer, le besoin de manger et tout ce qui conditionne l'effort, des armes capables d'élargir en toi son amour. Le bien n'est pas ton but, ô vie, tu veifx vivre, tu veux t'accroître, t'élever de conquête en conquête jusqu'au niveau tou-
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jours montaat de ta joie à te découvrir I Chaque fois qu'on dénonce ta violence, ô vie, chaque iois; qubn. divinise pour les opposer k ton cours là douceur, la laib^sse, la bonté passives, l'horreur de ce quilrappe et s'expose à être frappé ^ c'est ^u'on ne sait plus dompter en soi cette violence pour la faire servir à s'emparer de ta. splendeur.
il est trop facile et désormais puéril de se représenter ^e paradis moral des hommes comme une oasis de justice et de paix qui s'appellerait le bien et qu'on ne pourrait atteindre qu'en traversant des gouffres grouillants de dragonai'Ou des noters peuplées de sirènes qui s'appelleraient le mal. Dans Toasis même, il y a des fleurs trop parfumées qui versent le sommeil à œlui qui se croit le juste et l'empêchent de voir la tête du serpent s'élever au-dessus des herbes. Pour traverser les g«yuffres, il faut avoir la lance et la cuirasse, il faut nager pour passer les mers ; la pratique de la bataille et l'usage de la volupté exigent un œil prompt, des musclés calmes, une intelligence subtile et un cœur fortement trempé. J'aime les faibles, mais c'est parce
que j'admire en moi ma puissance à les prot^er. Et si je connais ma faiblesse, c'est pour mieux lui tendre la main aux passages dif' ficileSy et si je l'aime aussi, c'est parce que je lui dois l'ivresse de lui céder souvent et de la vaincre quelquefois. On n'a pas encore dit le mal qui peut sortir de l'aveugle amour de la faiblesse fatalement lié à la haine aveugle de la force, le bien qui peut venir de Famour clairvoyant pour tout ce qui est Ikible et pour tout ce qui est fort.
La lutte, la course, le combat, l'ivresse du vent et des mêlées ne sont une expression de décadence que pour ceux qui les contemplent seulement en spectateurs et se refusent à y participer. Il y a la montée hellénique, tout un peuple élevé pour la guerre et le stade et saisissant le plus haut sommet de son &me dans une poussée vivante de la force physique et du lyrisme réunis. Il y a la chute romaine, une aristocratie démagogique envoyant aux frontières et poussant au cirque le pauvre, le déséquilibre individuel et social qui créent du même coup la brute animale et le monstre intellectuel. Aujourd'hui il y a Tuiie et Tautre,
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des peuples las veulent durer et redemandent aux jeux durs de refaire leur volonté, une ploutocratie répugnante regarde, une aristocratie mestiuine de papier imprimé et de ré* volution en <diambre s'enfonce dans la poussière des bibliothèques et la crasse des musées... Des jeunes, des vieux, des malades, Tivresse de l'action dans la lumière de ceux qui se portent l>ien, la misère pleine dé fiel de ceux qui se portent ndal. Seul le jeu héroïque est capable de rendre l'esprit à sa dlBStinée qui est de conquérir Thomme sur la vie en réalisant en lui un équilibre instable mais incessamment poursuivi des éléments de force et de douceur qui font la trame de la vie.
Homme, aime ta douceur, mais arme-toi pour la défendre. Ne repousse pas ta force.
Elle se vengerait en écrasant sous ses assauts sans mesure ton âme lasse de bâtir sur le vide et d'errer dans le désert. Stylise ta brutalité, elle se confondra en toi, pour te grandir et t'éclairer, avec toutes les ondes d'harmonie qui te viennent de tout ce qui est mouvement et forme dans le monde quand tu sais aimer et comprendre tout ce qui est forme et mouve-
ment. Elève ta vîolenee jusqu'au niveau de ton eqprit, elle te recomposera de la dignité supérieure que tu auras eu le courage et la sagesse de lui reconnaître, en mettant à ton service ses grondements sourds et mornes transformés par toi en éclairs. Tu n'imposeras aux hommes ta bonté <{ae s'ils respectent ta puissance.
N'oublie jamais qv^Eschyle et Gibtto, sans se connaître, ont fait de Prométkée et de Jésus des fpère» lorsqu'ils ont vu voler autour de leur agonie immortelle les Océanides et les Anges montés de la mer et desceiijdus du ciel afin de les maintenir dans la joie de mourir pour te délivrer»