LIVRE CHARNEL
géiation parasHe qui» Àée de la force d'un peuple et restée à son service tout le temps qu'il demeure fort, se tourne contre sa faiblesse dès que la fatigue le prend. Un guerrier tel que César ou Bonaparte ne se transforme en militaire qu'à Fheure où la période offensive est sur le point de finir pour un peuple, et où ce peuple accorde lés attributs de la divinité à ce qui lui reste de force pour se donner Tillusion qu'il est encore loin de la mort.
Militarisme et pacifisme sont deux frères jimieauxi et les fruits de la même erreur. Us apparaissent à la fois, dès qu'on divinise une agonie et qu'on invente, pour masquer une déchéance, que la douceur est la fin de la vie — invention' niant la vie même, partout effort et combaJt. Quant survient le pacifisme, le militarisme réclame, et, trouvant le pacifisme désarmé par ses propres' mains, il n'a qu'à appuyer sur lui sa maase, pour l'écraser.
Chaque- fois qu'un grand équilibre se rompt sur la route des hommes, chaque fois que leurs énergies se dispersent pour s'adorier iso* lémentj la' violence déréglée asservit tous les
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élémenU du dernier style social rendus à Tindépendance.
L'instinct guerrier ne périt pas. Il n'est pas plus facile à anrfLcher dé la miture que l'instinct pacifique même ou Tinstinct amoureux ou l'instinct créateur par qui le savant et l'ar* tiste acheminent les autres instincts vers une harmonie individuelle et proviscnre. Il convient de fournir sans cesse un aliment au besoin de conquête qui est la loi centrale de l'esprit. Si on le lui refuse, il s'en empare, et ne pouvant s'exercer dans la guerre, il tend à dévaster la paix. Nous réussissons parfois à le canaliser pe&^nt que dure la lassitude satisfaite qui suit le combat comme l'amour.
Mais après quelques années il devient inutilisable. Nous ne pouvons le transposer dans d'autres sphères de l'action et de la pensée qu'en lui donnant les moyens de s'accroître harmonieusement. Si nous ne lui garantissons pas un maximum de risques, l'ivresse du danger, l'attraction de l'abîme, l'occasion renouvelée de devenir, par son propre exercice, pltj» clairvoyant, plus audacieux, plus noble, plus maître de se diriger, il refuse de
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nous suivre où nous voulons le conduire, tourne dans sa cage comme un fauve et dévore le dompleut. Now n'avons pas encore trouvé, hors de l'amour, de rintellf gence, de la guerre, de Texploration des régions inconnues de l'univers et du désir, un terrain d'aventures où le maximum de risques reste promis à notre orgueil.
L'état de paix constant crée le militarisme parce que la paix n'exetve aucune sollicitation sur le bescHn de respcmsabilité tragique qui donne aux fortes sociétés la récompense de la guerre et fait le héros silencieux que Vigny nous a révélé. Puisque l'instinct de bataille ^rsiste, il est nécessaire à la vie supérieure du monde que nous offrions de temps à autre au soldat l'occasion d'élever sa responsabilité à la hauteur de cet instinct et lui donnions du même coup la fierté de son humble rôle et la mesure exacte de sa fonction. Le militaire ne déviait un guerrier que s'il traverse quelquefois la tragédie qui trempe l'être et enno* blit, ne fût-ce qu'un fois en sa vie, son animalité mise au service d'un but qui ne soit pas «on intérêt le plus sordide. Le sacrifice est
souvent le seul moyen dont dispose l'orgueil de rhomme borné pour monter au niveau du fort. Le fort ne se révèle que s'il accepte un milieu dramatique pour démontrer à tous et à lui-même son aptitude à commander. Nous devrions savoir maintenant que le passage nécessaire des démocraties sur Phistoire a momentanément élevé au-dessus de leur rôle beaucoup d'esprits qui étaient faits pour obéir. Il en est qui ne peuvent grandir que lorsqu'ils servent, et le soldât est de ceux-là. Quand il apparaît en ces temps où les conventions collectives passivement acceptées permettent au médiocre d'écraser l'homme supérieur au nom d'une égalité intellectuelle mensongère, passée de la lettre dans l'esprit même de la loi, le militaire est au guerrier ce que le professeur est à l'artiste, le comédien au créateur, le moraliste* à Thomme pur, le politicien au chef de peuple, le juge au juste, le débauché à l'amoureux... Le militaire est le roi de la paix jusqu'à l'heure où la guerre étrangère ou
civile subordonne le guerrier.