‹ La conquêteChapitre 62 sur 70 · LIVRE CHARNEL · texte numérisé non relu

LIVRE CHARNEL

nique, l'autre un accident mortel. Le crime des mauvais bergers est d'afihibler d'un masque son visage et de transformer du même coup ceux qui en sont l'expression la plus haute, en négateurs de la patrie.

Et ceux-ci Taiment cependant. Ils n'ignorent pas que les esprits sont aussi solidaires dans la durée que les formes dans l'étendue.

Ils sont prêts à tout accepter du passé de la patrie, comme du leur. Ils savent bien qu'il y a dans les cryptes des cathédrales et les autels révolutionnaires des cadavres de justes assassinés, comme ils savent que ses vertus devenues négatives peuvent causer la ruine et le malheur de tel peuple qui fut grand.

L'esprit libre accepte les conquêtes et les attentats accumulés par les ancêtres et en projette l'ombre sur sa route selon son profond désir. C'est ainsi qu'on verra apparaître dans le miroir où l'on se penche un visage inconnu de la patrie, et bien plus noble, parce qu'il portera les traces de ses souffrances et les stigmates du remords et l'épouvante et la sérénité d'avoir si longtemps vécu. Quand on a refusé d'obéir au contraire, on y trouve une

image niaise, trop sûre d'être admirée ou détestée, trop régulière, ^i sans accent* Alors on brise ce miroir, et aussi les autres miroirs apportés par les navires, parce qu'on y voit des figures qui ne ressemblent pas assez ou ressemblent trop à celle-là... La connaissance approfondie de sa patrie est ce qui prépare le mieux Thomme à ne pas troubler l'eau maternelle où se regarde l'homme qui habite à côté de lui.

L'esprit national est fait de la poussée constante en avant, par la douceur ou la violence, de la vie débordant les cadres des institutions et des lois pour modeler dans l'art, la chanson, la science, le livre, son visage toujours changeant. Tout ce qui combat la montée dans les âmes de l'espoir en le jour qui vient, méconnaît la formation dans le passé de l'esprit national et s'oppose à sa marche. La soumission aux formes sociales et artistiques inconnues qui s'ébauchent dans les profondeurs des sensibilités et des besoins, est le premier devoir du guerrier et du sage vis à vis de leur pays. Ce n'est qu'en écoutant grandir du fond de soi le murmure confus des forces que le

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