‹ La conquéte et les conquérants des Iles Canaries: nouvelles recherches surChapitre 35 sur 134 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

Et comme il soit ainsi que, ainsois qu'il partist de par de là il promist à Gadifer son côpaignon, en la présence de plusieurs autres, q, ainsois que feust Noël prochain venant, qu'il le secourroit de gens et de vitailles', et adonques viendroit', y deust il auoir mis plus grant deligence, quant il véoit que nous estions à plus grant nécessité quau temps qu'il parti de nous, et que Bertin de Berneual qu'il auoit laissé par deçà nous auoit ainsi desleaument tout desgarnis de gens, de vitailles et dartillerie et de toutes autres chouses, ainsi qu'il est contenu en cest liure tout à plain, mais il n'en fist compte, ains s'en ala devers le Roy de Castille et lui fist hommage de toutes les îles canariennes ou de la plus grant partie d'elles, desquelles qu'il lui pleust mieulx, lesquelles sont sept, habitées de gens mescréans de diuerses loys et de diuers langages, et eut du roy des grands dons et degrans Hbertez.

Et fist mettre les dictes isles en sa protection et seignorie

1. Texte de Jean V de B. Édition normande, chapitre xxvi, p. 37-38, qui a pour titre: « Comment Monseigneur de Bettencourt ût hommage au roy d'Espaigne . »

2. Texte de Jean V de B. Non pensant qu'il y eust un tel defroy qu'il y a eu.

3. Suppression des reproches, puis altercation avec discours imaginaire du Roy à Béthencourt.

et s'appela là seigneur des isles de CanareS combien qu'il y a pou travaillé et mis du sien, espécialement en la conqueste; car il n'y a eu que trois de ses gens, lehan le Courtois et vn prestre de Auberlosec qui n'y demoura que vn an. Et impétra du roy le quart de toutes les marchandises qui viendroient des isles, sans faire mencion de son compaignon qui estoit par dessà demouré pour euls deux. Et aussi deuoit estre Bettencourt par delà au prouffit deuls deux en toutes choses queizconques, ainsi que dessus est dit, car telle estoit leur ordenance et leurs côuenances, ainsois qu'ilz partissent d'ensemble, (et quant au quint, Bettencourt l'a leué sus Gadifer son compaignon, qui sôble estre bien estrange chose de côpaignon à autre). Et en oultre donna le roy de Castille pour avitailler Gadifer et les compaignons qui estoient demeurez par dessa, vint mille marvesins à les prendre en Siuile pour le[ur]s transmettre viures. Lequel argent Bettencourt fist leuer par Enguerran de la Boissière qui s'en alla auecques madame de Bettencourt, sa fôme, à tout celui argent et emporta vn collier d'or à la deuise Monseigneur d'Orliens, qui estoit à Siuile en la main de Francisque Calué, maistre de la nef Morelle, lequel auoit sauuéla vie à Gadifer et l'auoit enuoié quérir en une isle déserte, où le traiste Bertin de Berneual et ses compaignons l'auoient laissé sans nulz uiures et en auoient mené son batel qui le devoit avitailler, et pesoit le dit collier qui estoit à Gadifer deux marcs d'or ou environ*. Et en oultre, vendi le très mauuais larron,

1. Le texte de Jean V de B. efface les plaintes de Gadifer sur les actes de déloyauté et les vols commis par Béthencourt et ses gens.

2. Ce collier, probablement, était celui du Camail que le duc d'Orléans avait donné à Gadifer, le 29 aoftt 1400, dans une distribution de huit colliers d'or, pesant ensemble 9 marcs une once et 6 estelins d'or

Enguerran de la Boissière, le batel de la nef qui fu périe qui nous estoit nécessaire et en prit l'argent et faingnoit le très mauvais qu'il nous vouloît transmettre vitailles^ pour lesquelles chouses nous avons eu grant disette et grant faulte de vîures, car d'environ Noél mil CCCC et deux iusques après la Saint lehan Baptiste mil CCCC et trois, nous n'auons mangie de pain ni beu de vin et auôs vesqu de char et en karesme, car nécessité n'a loy. Si nous plaingnions à Dieu et à tout le monde de la mauuaistié qui nous a esté faite, ainsi qu'il est plus à plain contenu et escript en ce Hure en plusieurs lieux. Et se pugnicîon n'en est faite ce sera mauuais exemple. Et si auoit Messire Raoul de Maulle moult recommandé le dit Enguerran à Gadifer qui se fiioit en lui autant que en en home qui seust sa cOpaignie, quant il le laissa en grand besoing. Et auoit messire Raoul fiance pour lui ainsi qu'il appert par lettre escripte de sa main, de laquelle la teneur est en ce Hure es.cpte.

Et après que Bettencourt fut pti de Rubicon, Gadifer* qui auoit plus de fiance en Bertin qu'en nul autre, le transmit pour aucunes choses secrètes devers une nef qui estoit arrivé au port de l'isle de Louppes et quidoit que ce feust la nef

payés à Torfèvre au prix de 68 livres tournois le marc. Les huit colliers étaient émaillés aux six couleurs de la devise du duc et ornés de petits besants plats. Chacun d'eux pouvait valoir 77 livres, soit 1,030 francs environ de notre monnaie, valeur intrinsèque.

{Note de l'Éditeur.)

1. Le chapitre xxvii de l'édition normande, p. 40, présente les suites de ces friponneries qui mettent Gadifer et son monde dans une véritable disette^ mais défend Béthencourt de toute parXicipation aux actes de La Boissière.

2. Texte de Jean V de Béthencourt. Édition normande, p. 17 et 18, plusieurs Lignes sautées. Titre du chapitre : Comment (ladifer qui avoit Qance à Bertin, Tenvoie parler au patron d'une nef.

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