CHAPITRE DOUZIÈME
Et Gadifer restant en Tisle de Louppes et Bertin en Tisle Lancelot au chastel de Rubicon, là vinrent deux canares, disant côme les Espaignols estoient descendus en terre pour euls prendre, auxquelz Bertin respondi que euls s'en alassent et se tinssent ensemble, car ilz seroient tantost secourus. Ainsi s'en alèrent les deux canares. Et là dist le dit Bertin, qui tenoit une lance en sa main : a le regnye Dieu ! ie yray parler aux Espaignols, et, se euls y mettôt les mains, je les tueray ou ilz me tueront, car ie prie Dieu que iamais n'en puisse ie reuenir. » Dequoy aucuns de ceuls qui estoient là lui dist : « Bertin c'est mal dit : » et derrechief dist : « Ma vie ie en prie à Dieu de paradis* » (par ceste parole pouroit on entendre que il se repentoit ia de son mauuais pourpos, ainsi fist iudas le traistre quant il dist aus maistres de la loy, iay pecché, qui ay vendu le sanciuste). Cependant ce parti du chastel de Rubicon à compaignie de plusieurs de ses aliez ; c'est à sauoir, Pierre de Liens, Bernard de Montauban, Oliuier de la Barre, Guillaume le bastard de Clesy , Michiel le cuisinier, lehan le cousturier de Bettencourt, Philippost de Baslieu, lacque le boulengier, Périnet le mareschal, lean
1. Texte de Jean V de B., chapitre xii. Édition normande, p. 21. Titre : Comment Gadifer revint en Tiie de Lancelot, là où il se troava desgarny de gens et de vitailles.