CHAPITRE VINGT-HUITIÈME
Et aucuns jours après, vint Affche au chas tel de Rubicon parler à Gadifer et appointèrent que Affche seroit Roy et qu'il feroit baptisié tous ceux de sa part, et * s'il y auoit nul quilecontredist, Gadifer lui aideroit. Ainsi se parti Affche et se vésti comme roy, et aucuns iours après, trasmit Gadifer de ses gens pour quérir de Torge, que nous n'auions plus de pain, se pou non. Si assamblèrent grant quantité d'orge et la mistrent en vn vieu chastel que Lancelot Maloisiel' auoit iadis fait faire quant il consquist le pays, selon ce que Ton dit.
Et de là se partirent et se mistrent au chemin sept compaignons pour venir à Rubicon quérir des gens pour y porter Torge; et quant ils furent sur le chemin, le dit Affche, qui
1. Texte de Jean V de Béthencourt, chapitre xxxii. Titre: Corne Affche appoint à Gadifer qu'il seroit roy. Édition normande, p. 49.
2. Et quand le Roy le vit venir, il le regarda moult despiteusement en disant : Fore Troncquenay, c'est-à-dire traistre mauves.
3. Chapitre xxxii. Pour la première fois en 1339, deux des lies de l'Archipel flgurent sur une carte marine, celle d'Angelino d'Ulcert de Majorque, que vient de faire connaître M. le docteur Hamy. La première au nord^ peinte aux armes de Gônes, porte la légende Jnsulade Lanzarotus Marocelus (lie de Lancelot Malaizel) et la seconde La Forte Ventura (lie fort aventure). Fntre les deux, on lit sur un Ilot : Jegi Marini. Ces curieux renseignements proviennent manifestement du voyage exécute aux Canaries par Lancelot Maloizel. Cinq années de séjour aux îles Canaries par le docteur Verneau (Paris, 1891).
estoit fait nouuiau roy, soy vint et troisiesrae vint à rencontre d'euls, en samblance d'araistié et allèrent longuement ensamble, mais* les compaignons se cômencèrent à doubter un pou et se tenoient tous ensamble et ne vouloient point qu'ilz assamblassent, fors Guillô d'Andrac, qui cheminoit avecques euls et ne se doubtoit de riens. Quant ils eurent cheminé une pièce, et ilz virent leur point, ilz chargèrent sur le dit Guillaume et le portèrent à terre et le blessèrent de XIII plaies, et l'eussent paracheué, mais les compaignons oirentle bruit et retournèrent vigoureusement sur euls et le rescourent à grant peine et l'emmenèrent au chastel de Rubicon.
1 . Texte de Jean V de Béthencourt, chapitre xxxn : « Mais Jehan Le courtois. ))