CHAPITRE TRENTIÈME
Et est le propos de Gadifer tel : que si nous n'y trouuons autre remedde nous tuerons les homes de défense du pays'; et désia auons nous commencé, et retendrons les fémes et les enflants et feront baptisié et viurons comme eulx, jusques à tant que Dieu y ait autrement pourveuu. Et auons, à ceste Penthecouste et le Dimanche auant, baptisiez homes, fèmes et enffans jusques au nombre de quatrevints, lesquelz Dieu, par sa grâce vueille confirmer telemôt à la saincte foy, que ce soit bon exemple à tous les pays de par dessà, et ne face l'en nulle doubte que se nous auions un peu d'aide de nos Seigneurs de France ou d'ailleurs, nous conquerrions toutes les isles de par dessâ et maintes autres, desquelles il n'est nulle mencion et qui sont moult bonnes et bien peuplées de gens mescréans, de diverses lois et de divers langages. Et se, Gadifer, eust eu aucun pou de nauires à l'aide de ses gens, car des Bettencourt n'y avoitil que trois, et de ceux qu'il a côquis par dessà, il eust touz recouurez les grants frais et despens qu'il a faitz en ces voyage
1. Texte de Jean de Béthencourt, chapitre xxxiv, avec ce titre : Comment Gadifer se propose de tuer tous les hommes de défense de Tlle Lancelot. Édition Société normande, p. 52-53.
2. Changements. Il ne faut point faire de doubt« que Monseigneur de Béthencourt peut venir et qu'il eût un peu d'aide de quelque prince. Dans le paragraphe suivant^ l'auteur attribue à Bettencourt, les projets qae d'après le manuscrit Gadifer concevait.
et eust conquis du pais molt [plus] qu'il n'a, et conuerti les habitans à la foy catholique; mais nous auons grant merueillies que les nafues d'Espaigne et d'ailleurs qui ont a coustumé de fréquanter en cestes marches ne viennent autremôt; car, s'elles venissent, nous eussions d'elles aucun refrechissement de moult de choses de quoy nous auons grant souflFrance, car quant au secours de Bettencourt, nous n'y auons nulle bône espérance, car il a trop demeuré.