‹ La conquéte et les conquérants des Iles Canaries: nouvelles recherches surChapitre 65 sur 134 · CHAPITRE TRENTE ET UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE ET UNIÈME

«Or, sont en pou d'heures les choses muées, car Dieu, qui tout voit et cognoit les pensées des cuers, qui oncques n'oublia ceulx qui ont en lui bonne espérance, nous a un pou reconforté en fire grant besoing; et arriva le premier jour de juillet mil CCCC et trois en nre port del'isle Gracieuse, une barge pour nous auitailler. De quoy, nous fûmes tous reiiouis en bénissant Dieu, car en vérité nous estions en petit point, quand la barge arriua au port de Rubicon, en l'isle Lancelot, et nous dist nouuelles des traistres qui tant nous ont fait de mal, desquelz les noms sont ci-devant declairez, auxquelz Dieu s'est combattu pour nous et a prins d'aucuns d'euls la vengeance du mal qu'ils nous ont fait par son juste jugement. Car les uns sont dans la Barbarie noiez, les aultres sont à honte et à déshonneur ; et est avenue une grant merveille entre nous, car l'un des bateaux de la nef de Gadifer, que les faulx traistres emmenèrent au mois d'octobre Mil CCCC et deux, ouquel ils sont aventurez en la coste de Barbarie, est revenu sain et en entier de plus de V cents milles d'ici là où ils furent noiez. Et arriva à nre port de l'isle Gracieuse, au mois d'aoust Mil CCCC et trois, en la propre place où ilz

1. Texte de Jaan V de B. Chapitre xxxv. Édition normande, p. 53- 54-55. Disgimule les torts de Béthencourt, de sa négligence, ne parle pas d« ce que Gadifer et les siens ont fait et à quels personnages ils doivent leur salut.

Vavoient pris quât le traistre Bertin de Berneual les eust traiz et fait bouter hors de la nef où ilz étoient et mettre en terre. Et ce tenons nous à moult grant chouse, car c'est bien gràt reconfort pour nous. Et quant aux viures, que ceux de la barge nous ont apporté, nous les auons eu à grant danger, car Bettencourt transmist la barge de Harefleur à Siuile sans gens et sans vitailles et a bien fait semblant qu'il ne se douloit guércs de nous et de ûre vie. Et si ne feust le cômâdeur de Calatrave' et un gentil home de Siuile, nômé Jehan de les Casez*, qui nous ont transmis des viures, nous estions en grant difficulté et en grand disette, car nous n'auions plus de pain, ne vin dès enuiron Noél derrer passé Mil CCCC et deux, jusques après la Saint Jean Baptiste Mil CCCC et trois et auons vesqu d'un pou de pain de l'orge que nous auons trouué au pays, que les Canares auoient remussée pour sauver, car nous leur auons touiours fait une si forte guerre qu'ils n'ont pu labourer.

1. Ordre religieux et militaire créé par des chevaliers de Tordre de Clteanx. Le roi de Castiile Sanche III leur avait confié en 1158 la défense de la ville de Calatrave (Manche),

Et ils rendirent de grands services contre les Maures jusqu'à leur expulsion.

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