‹ La conquéte et les conquérants des Iles Canaries: nouvelles recherches surChapitre 92 sur 134 · CHAPITRE CINQUANTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUANTIÈME

Et nul ne se doit esmerueiller, s'ils ont^ entreprins de faire vne telle côqueste, côme de côqrir les isles de pardessa, car ainsois qu'ils les commençassent ilz furent moult longuement en grant délibéracion sur ce fait, et auisèrent moult diligentement en quoy la chose pourroit une foiz redonder, se

elle estoit bien menée à son droit, et maintz autres cheualliers, on temps passé, ont fait d'aucy estrangez emprisez, dont ilz sont bien venuz à chief et si feront ilz, si Dieu plaist, côbien * que Bettencourt s'est malement desuoyé de la droite voye, à laqle Dieu le ramoit, et si les Crestiens vouloient vn pou secourir leur fait, tout le pais seroit conquis,' dont si grât bien pourroit venir que toute Crestienté s'en esiou yroit, et Gadifer', qui a veues et auisées toutes les isles, dit ainsi que, si Dieu leur dône grâce de les conquérir, qu'eulx les mestront bien en si bône ordenance qu'ilzpourroient, en brief t^mps, bien requeillir et soustenir de vitailles un grant ost espiciamment pour une passée, et se aucun noble prince du Royaume de France ou d'aillieurs vouloient emprendre aucun

1. Texte de Jean V de Béthencourt, chapitre un, édition normande p. 83: Et nul ne se doit esmerueiller se Monsieur de Béthencourt,

2. Le texte de Jean V de Béthencourt supprime les reproches faits ici à Béthencourt.

3. Le texte de Jean V met Béthencourt à la place de Gadifer, qa'il consent'néanmoins à citer plus loin: Et aussi a fait Messire Gadiffer, bon chevalier et sage.

grant fait par dessa q'é vne chose bû faisable et bien résônable car Portingal, Espaigne et Arragon les fourniroient pour leur argent de vitaillez et de nauirez plus qui ne leur en conuendroit et auxi de pillotz, qui sceuent les pors et les contréez.

Et ne scet on or endroit nulle part par où se peust se faire, si légièrement une grant conqueste, sur Sarrazins et sur païens qu'elle feroit par dessa et par plusieurs raisons. L'une raison si est que le chemin est brief , aisé et pou coustable au reguart des autres chemins et quàt aux isles de pardessa le plus sain pais, com puet trouuer. Et si n'y habite nulle beste qui porte venin et espéciamment es islez Canarieflez et et nous y auons^ demouré or endroit deux ans et demy que oncques nul de nous n'y fu malade et si y seroit on, de temps côuenable, de la Rochelle en moins de xv jours et de Siuile en v ou vj, et de tous les autres pors sôblablemét. L'autre raison, si est que c'est un plain pais, grant et large et garny de tous biens et de bônez rivièrez et de grosses villes. Encore une autre raison, si est que les gens sont sans armeurez et sans sens de batailles, car ilz ne scevôt que c'est la guerre. Et si ne pouent auoir secours d'autre gent, car les Mons de Claire qui sont si grans et merueilleux sont entre eulx et les Barbarins, qui leur sont moult lointains, et ne sôt mie gens q soient trop à redoulter, auxi que seroient autrez nacions car ilz sôt gens sans trait, et Ten le puet bien prouuer par ceulx qui furent d'auant Afrique, qui uirent le meilleur et le plus bel de toute leurpuissrice, et c'est une chose, qui moult doit êstredoubtée en bataille, que gens de traitespé-

1. Texte de Jean V de Béthencourt, chapitre un, édition normande, pages 84*85-86 : Et sy a demeuré le d. Betbencourt.

ciamment en ces marchez par dessa, car on ne puet mie estre si fort armé, côme ce cestoit en nous marchez pour le pais qui est vn pou plus chaut. Et pourroit on légièrement auoir des nouuelles de Prebstre Jean* et se seroit la plus grant joie qui ly peust auenir. Et qui seroit entré on pais, l'en trouueroit assez près de nous vne manière de gens qui s'appellent Farfens et sôt moult bons Crestiens, et les pourroient adroicier de moult de choses, qui leur seroient grandement proufîtablez, car ilz scevent le pais et les contréez et parlans les languagez, et ceste saison en a eu vn qui a été auecques Gadifer * visiter les isles, par lequel il s'est infourmé de moult de choses.

1 . Texte de Jean V de Béthencourt, chapitre Lrv, édition normande, page 85, phrase omise: Et ce serait la plus grant joye qui l'y peust advenir.

2. Texte de Jean V de Béthencourt, chapitre uv, édition normande, pages 85-86, omission du nom de Gadifer dans un point essentiel, puisqu'il s'agit d'un indigène qui Ta guidé à travers les lies et lui a donné beaucoup de renseignemens.

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