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CHAPITRE I

La nature et la fonction de la Richesse minérale.

Caractères généraux de la Richesse minérale. — Le Monde minéral ; matière et énergie condensée ; états physiques divers. — Relations du monde minéral et de la vie ; suppression dos intermédiaires organisés ; cycles et synthèses. — Définition relative et empirique de la Richesse minérale. Les concentrations anormales.

Le but de cet ouvrage est d'étudier sommairement le rôle industriel, économique, social et politique de la Richesse minérale dans l'histoire, son mode d'extraction et son emploi, en indiquant révolution subie, aussi bien dans la conception de sa propriété, ou dans les idées relatives à sa mise en valeur plus ou moins rapide, que dans son mode de découverte, ou d'exploitation et dans les répercussions de tous genres entraînées par son industrie. J'essaierai de montrer, au cours des âges : comment cette richesse minérale a contribué, pour une part importante, aux mouvements et aux conflits des races, au peuplement des continents nouveaux et aux batailles par lesquelles on se les est disputés ; comment sa présence dans un pays y entraîne toujours, avec une

prospérité rapide mais momentanée, certaines phases nécessaires de développement, puis de transformation ou de décadence économiques ; enfin comment les trésors inertes du sous-sol agissent, ferment mystérieux de vie, sur le caractère, Tindustrle, les arts, Tagriculture, la richesse, la puissance militaire et rhistoire entière des nations. C'est ainsi que je me trouverai amené à envisager tour à tour, de la .Richesse minérale, le passé, le présent et Tavenir : à tracer, après le tableau rapide de la mine antique, celui plus général de la mine moderne, avec toute la complication de son outillage, toute la diversité de ses organes, tous ses moyens de défense contre les périls souterrains, toutes ses particularités les plus caractéristiques, enfin toutes ses contingences futures.

Un tel sujet est tellement vaste et touche incidemment à tant de questions délicates ; il nécessiterait, pour être complet, un rappel tout au moins succinct de tant de sciences depuis l'archéologie, l'histoire ou la législation jusqu'à l'exploitation des mines, la métallurgie et l'économie politique, qu'on devra s'attendre à trouver souvent ici un simple cadre et des tètes de chapitres, avec quelques essais de généralisations sur les sujets qui m'ont paru les plus nouveaux ou les plus suggestifs, sans discussion approfondie ni démonstration proprement dite*; pour la même raison, on voudra bien excuser les nombreuses erreurs qui auront sans doute échappé à l'auteur.

1. En fait de bibliographie, je me bornerai à citer on appendice quelques ouvrages d'ensemble. Il serait impossible de mettre des références à tous les mémoires originaux sans encombrer et alourdir démesurément le Yolume.

Le mot de Richesse minérale va être entendu bientôt dans son acception la plus ordinaire. Je vais pourtant lui donner d'abord, — pour marquer, dans une direction que nous laisserons de côté ensuite, l'extension possible du sujet, — un sens un peu anormal, mais philosophiquement logique.

La matière minérale est, à strictement parler, le support universel de tout ce qui se passe dans le monde. Elle n'en est pas seulement le support. Gaz, liquides et solides, sous des états physiques divers, tout procède en principe, autour de nous, de cette matière ; et les êtres vivants eux-mêmes ne font que Télaborer un instant, pour la restituer aussitôt. Leur rôle, infiniment petit en étendue, disparaît dans l'espace sur cette grenaille tourbillonnante de scories plus ou moins incandescentes qui constitue notre univers. Mais un de ces êtres, un seul, possède ce privilège presque magique de savoir distinguer une sorte de vie intime, une germination profonde sous l'apparente inertie des éléments minéraux et parvient, de plus en plus, à utiliser, par la chimie, par la métallurgie, ce que l'on appelait, au Moyen âge, les « vertus des pierres ».

Ce privilège, il l'a progressivement conquis, n'en ayant au début que le confus instinct. Depuis le temps où les pierres lui servaient seulement, à peine dégrossies, éclatées, sous forme d'outils et de haches, jusqu'à l'instant où il est parvenu à en extraire de l'énergie condensée en radium, il a avancé pas à pas; il a peu à peu pris possession de ce monde minéral, moins attirant pour lui au début, parce que moins proche de lui, que les animaux ou les plantes. Il a d'abord laissé la sélection, la fixa-

tion, la condensation des éléments chimiques se faire sans lui par le double intermédiaire, des végétaux d'abord, puis des animaux. Chaque jour il tend davantage, comme je, le rappellerai bientôt, à se passer de ces auxiliaires. L'évolution de l'industrie humaine utilise de plus en plus directement et com- , plètement les richesses minérales ; de parti pris, l'œuvre conscient et raisonné du laboratoire et de l'usine remplace l'automatisme de ces premiers laboratoires que furent les êtres organisés. C'est une véritable conquête incessamment poursuivie, conquête aux proportions d'épopée, la véritable épopée moderne, que nous allons nous trouver raconter.

CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE LA RICHESSE MINÉRALE. MATIÈRE ET ÉNERGIE CONDENSÉE. ÉTATS PHYSIQUES DIVERS.

Définissons le rôle et la nature de cette richesse minérale qu'il s'agit de conquérir.

Rapports de la Force et de la Matière minérale. — L'homme a besoin, suivant la division classique, de matière et de force : celle-ci en grande partie pour recueillir et élaborer celle-là. La matière que nous utilisons est, cela semble presque évident, uniquement terrestre et minérale dans son principe. C'est elle surtout dont nous aurons à exposer la conquête parce que sa nature même en rend la propriété bien définie, personnelle et, par suite, désirable. Mais la force est aussi, dans une certaine mesure, une émanation, une « vertu » de la matière ; ou, tout au moins (car de la matière à la force on passe comme de la poule à l'œuf), la matière constitue un réser-

voir, un magasin d'énergie, où nous sommes amenés sans cesse à puiser. Cette force nous vient, elle, originellement de plus loin que notre terre. Sauf ce qu'il a pu s'en condenser dans la cristallisation de notre globe (chaleur interne et combinaisons chimiques instables), elle nous est ou nous fut fournie par le soleil ou les astres dont nous apparaissons ainsi tributaires : réserves de calories anciennes emmagasinées dans les combustibles; force hydraulique des eaux remontées en vapeur sur les sommets ou poussées par Tattraction lunaire sur nos plages ; mouvements des vents provoqués par des différences de température. Mais les principaux véhicules de cette énergie sont encore deux éléments minéraux, l'eau et l'air, dont la valeur propre, la valeur matérielle, se trouve par ce moyen doublée.

Dès les débuts de la philosophie antique, on a toujours tenté de ramener matière et force à un même principe, et les théories modernes cherchent à leur tour une interprétation dynamique de la matière, à laquelle le réveil des idées de transmutation provoqué par le radium semble apporter un appui nouveau. Si jamais on découvrait ce que les alchimistes appelaient la pierre philosophale et ce qu'on n'a plus le droit de considérer comme une pure folie, toute notre conception de ce monde minéral que nous allons étudier serait transformée de fond en comble dans un sens spiritualiste. L'élaboration, qui représente la part de l'homme dans la nature, se substituerait à la matière première, le dynamisme au matérialisme, et l'intelligence imposerait sa loi aux atomes disciplinés. La conquête du monde minéral aboutirait à ce terme de logique extrême : la dissolution de ce

monde minéral devant la puissance humaine, sa réduction à une substance une, rendant désormais inutiles ces collections patientes d'éléments disséminés par le hasard dans Fécorce terrestre, qui constituent rétape actuelle, très imparfaite, de notre conquête.

La matière minérale liquide et gazeuse. — Sans insister sur ces utopies, on remarquera que, des trois états physiques principaux, sous lesquels peut se présenter la matière, solides, liquides et gaz, le premier semble, dans la première acception vulgaire du mot, constituer seul la richesse minérale. Cependant, le pétrole est un liquide; les gaz hydrocarbures ou les vapeurs à acide borique des soffioni se présentent à Tétat de vapeurs; et, pour les deux représentants tout à fait banals des états liquides ou gazeux, à savoir Teau et Tair, il faut bien penser que, si leur prise de possession, leur découpage sont encore .incomplets, c'est simplement parce que leur banalité, leur diffusion les ont en partie laissés pour nous dans cet état primitif, où pouvaient être les immenses pâturages de l'Asie pour les premiers peuples nomades. On a déjà, depuis longtemps, divisé, dans les cours d'eau, les lacs et les mers, ce qui semblait avoir de la valeur, la possession territoriale, la navigabilité, le droit d'irrigation, les qualités potables, les forces hydrauliques, les épaves, etc. Le jour où l'on exploitera mieux les sels ou les métaux de l'eau de mer, on s'en disputera la possession, comme on s'arrache déjà les eaux de source et encore plus les eaux minérales ou salées. L'air va devenir un lieu de passage comme la mer; on com-

N VTIRE ET FOiNCTION DE LA RICHESSE MINERALE 7

mence aussi (et nous en dirons quelques mots) à en exploiter Tazote. La prise de possession/ la mise en actions des colonties d'air, qui ne sauraient être pour nous qu'une fantaisie humoristique, renouvelée des Oiseaux d'Aristophane, entreront peut-être dans le domaine des réalités, comme nous voyons déjà se glisser dans les codes la réglementation de la navigation aérienne. A centra tisque ad cœlum, le vieil adage, qui définissait la propriété, trouverait ici son application.

Nous pouvons cependant revenir et nous borner à l'état solide de la richesse minérale, dont le rôle passé et présent est amplement suffisant pour nous occuper. Cette richesse minérale, c'est, je viens de le dire, pour nous, tantôt de la matière utile comme le fer ou Tor, tantôt de l'énergie condensée comme la houille. Matière et force dérivent, ainsi que je l'ai indiqué, Tune totalement, l'autre au moins en grande partie, du monde minéral, c'est-à-dire des parties superficielles de l'écorce terrestre qui nous sont seules abordables et où nous allons apprendre à les chercher; mais cela n'implique pas, et chacun le sait assez, qu'elles aient uniquement, sur notre terre, cette forme minérale d'apparence inerte, et nous devons signaler un rôle qui fut jadis prépondérant dans leur élaboration, celui de la vie.

RELATIONS DU MONDE MINÉRAL ET DE LA VIE. — SUPPRESSION DES INTERMÉDIAIRES ORGANISÉS.— CYCLES ET SYNTHÈSES.

Passage de la matière minérale par la Vie. — La Vie existe et puise, dans les provisions de matière et de force qui constituent le monde minéral, les

éléments nécessaires à son activité; après quoi, celleci, à son toiir, offre aux hommes des aliments, des vêtements, des moyens de se chauffer et de se déplacer si directement utilisables que leur emploi remonte à Torigine de l'humanité, tout en ayant constitué à son heure une découverte. La plupart des religions antiques ont adoré TOsiris, ie Dionysos, le Triptolème qui avait discipliné ces éléments végétaux ou animaux, auxquels, pendant très longtemps à peu près exclusivement, et encore aujourd'hui pour ses besoins les plus essentiels, l'humanité s'est accoutumée à avoir recours. Les emplois de la matière minérale sont restés longtemps limités aux métaux, découverts l'un après l'autre avec une religieuse stupeur, ou à quelques pierres utilisées pour la construction, l'ornementation, etc. L'usage quotidien de la vie courante se passait d'elle et continue à s'en passer le plus souvent. Nous ne mangeons guère de minéraux, bien que les premiers êtres vivants, végétaux ou animaux, aient dû nécessairement commencer par là. L'évolution des êtres organisés, en compliquant peu à peu leurs organes, a laissé ce soin de s'assimiler la matière minérale aux plus inférieurs, aux végétaux, et forcé tous les autres à s'entredévorer. Nous laissons le soin de manger des pierres aux plantes, aux nitromonades qui se chargent de nous fixer Tazotede l'air ou, très accessoirement (et sans en tirer parti pour nousmêmes), à quelques animaux qui, en dehors de leur nourriture végétale, savent s'assimiler directement des sels minéraux, comme ces mollusques qui, à la faveur de leur carbonate d'ammoniaque, fixent la chaux dissoute dans Teau, comme les ovipares qui ont souvent besoin d'absorber du calcaire pour faire

des coquilles solides,, etc. Si nous rappelons que Thomme s'est toujours alimenté de sel marin et commence à absorber quelques minéraux, qualifiés de médicaments en raison de leur usage exceptionnel (phosphates, arséniates, sels de fer, etc.); si nous ajoutons que la synthèse de certains aliments comme le vinaigre, Talcool ou le sucre, peut déjà, ou pourra bientôt, se passer d'intermédiaires organisés, nous aurons fait, je crois, le tour des minéraux qui entrent dans notre nourriture. Nous sommes loin de ces fameuses tablettes d'azote imaginées un jour par Berthelot à la stupéfaction un peu scandalisée de son auditoire.

Et, si l'homme ne se nourrit pas encore de minéraux, il n'est pas non plus arrivé à s'en vêtir : une armure de fer, aussi bien qu'une robe d'amiante, étant peu usitées dans la vie courante. La soie, le coton, la laine artificiels empruntent, pour remplacer le travail du ver à soie, du cotonnier, du mouton, de la cellulose organisée. Ce n'est encore qu'un pas de fait vers l'utilisation directe.

Suppression des intermédiaires organisés. — Cependant, pour les industries accessoires, la transformation de l'ancien outillage est souvent avancée, et toujours dans le même sens. Je parlais à l'instant de remèdes. Dans l'officine du pharmacien, les « Simples » ont été partout remplacés par des substances cristallisées, à composition plus rigoureuse et plus pure, souvent par des sels minéraux. Comme matières colorantes, on a vu la pourpre et la cochenille d'origine animale, puis la garance et l'indigo (des végétaux) céder la place à des couleurs

de synthèse, dont beaucoup, il est vrai, tirées de la houille, qui fut végétale, mais susceptibles d'être obtenues également avec du carbone minéral. On extrait maintenant Tazote de Tair sans faire intervenir les plantes ; les nitrates, dont on nourrit artificiellement les végétaux, sont peut-être le prélude de ceux qui nourriront un jour les animaux et les hommes

Dans le domaine de la force, de Ténergie, la même évolution semble encore plus accentuée. On a commencé par utiliser la force animale dqs esclaves ou des bêtes; accessoirement, cette force à apparence vivante que fournissent les eaux courantes ou les vents. Puis est venue Tétape moderne, commencée avec le XIX® siècle, où, au lieu d'employer des animaux, nourris par les plantes, nourries par le sol. on a pris plus directement l'énergie condensée dians cette catégorie de végétaux fossiles qui forment la houille. Notre temps a été celui de la houille; et Ton continuera ainsi, selon toutes vraisemblances, pendant au moins un siècle ou deux. Mais la houille est destinée à s'épuiser assez vite; encore plus vite s'épuisera cette autre matière organisée, devenue minérale, qu'on appelle le pétrole. Aussi voyons-nous, sous nos yeux mêmes, les procédés de traction se transformer. Aux animaux, à la houille, on tend à substituer une forme impalpable d'énergie que fournit l'électricité : énergie dont, sans doute, la source est encore le plus souvent houille ou pétrole, mais que les forces naturelles, et spécialement les forces hydrauliques, peuvent, à leur défaut, fournir.

Ainsi l'on peut admettre sans paradoxe que Tavenir doit amener, selon toutes probabilités, l'utilisation générale et directe des richesses minérales avec éli-

mination progressive des intermédiaires organisés. La mise en valeur de la nature, une fois assez complète, satisfera peut-être les vœux des socialistes en supprimant tous ces prolétariats qui, à des degrés divers de Téchelle, asservissent à l'homme seul, et à quelques hommes, tout le reste du monde vivant, comme ils forcent les animaux à se dévorer les uns les autres. D'où une raison de plus pour inventorier tout à rheure les ressources disponibles dans ce monde minéral, indépendamment même de leur rôle ^ déjà si essentiel actuellement, surtout à l'état de métaux ou de combustibles.

Cycles et synthèses. — Il faut ajouter, d'ailleurs, qu'entre le monde minéral et le monde organisé les passages sont constants, tantôt dans un sens, tantôt dans Tautre : les mêmes éléments resservant plusieurs fois à des applications aussi diverses que peut Têlre, pour un atome de carbone, d'entrer dans le cerveau de Newton ou de crislalliser dans un marbre. Certains éléments en particulier, ceux qui sont les plus indispensables à la vie, comme le carbone ou le phosphore, subissent, de ce chef, une remise en mouvement constante, qui leur assure les plus changeantes destin*ées. Un granit de Norvège a fourni l'apatite cristallisée, qui, dissoute dans les eaux de la mer et condensée sur quelque organisme, puis déposée, avec cet organisme, sur une plage des temps géologiques, est devenue une parcelle de phosphate de chaux. Celui-ci passe du sol dans un brin d'herbe, dans le bœuf qui le broute, dans le squelette de l'homme qui mange ce bœuf, en attendant que, du squelette, il rentre peut-être dans les eaux, descende

avec elles à la mer et recommence un cycle nouveau.

Le fer, qui entre dans nos globules sanguins, a été de la limonite et pourrait devenir un rail. L'azote de nos muscles est passé de l'air dans la nitromonade qui Ta fourni à la plante et redeviendra plante par notre décomposition. Ces transformations ont été reconnues depuis longtemps; mais on s'était imaginé, on ne sait pourquoi, que cette barrière si fragile et si constamment franchie par le phénomène de la vie, entre les groupements chimiques propres aux organismes et ceux du monde minéral, était infranchissable au travail de l'homme. Parce que la chimie n'avait pas encore réussi telle ou telle synthèse, on la déclarait impossible.

Cette idée a absolument disparu de la science et la reproduction artificielle de la cellulose elle-même n'est, suivant toutes vraisemblances, qu'une question de temps. Le monde matériel est un. Nous n'avons donc pas à nous justifier de décrire ici, comme des minéraux, des substances qui ne sont telles que dans l'acception vulgaire, tout en ayant une origine organique bien connue, comme les houilles, les phosphates sédimentaires, les calcaires, etc.

DÉFINITION RELATIVE ET EMPIRIQUE DE LA RICHESSE MINÉRALE. LES CONCENTRATIONS ANORMALES.

En quoi consiste la Richesse minérale ? La réponse à une telle question semble d'abord évidente; elle comprend toutes les substances minérales utiles, toutes celles qui trouvent un acheteur, qui sont l'objet d'une consommation. Mais encore faut-il définir celles-ci. La définition peut être simple pour un

minéral qui, par extraordinaire, est directement utilisable sous la forme où on le rencontre dans la nature, comme cela arrive pour quelques pierres d'ornement ou pour une pépite d'or. Mais, le plus souvent, et notamment pour tous les minerais, la sul]fstance utile est incorporée, mélangée ou môme combinée dans une gangue stérile, dont il faut commencer par l'extraire. L'utilisation de cette substance est une fonction complexe de circonstances multiples : prix d'extraction, prix d'élaboration, prix de transport, enfin prix de vente, que l'acheteur, souvent confondu à ce moment avec le producteur lui-même, doit d'abord examiner avant d'offrir une valeur quelconque pour une matière première qui peut n'en avoir aucune. Suivant le point où la substance est rencontrée, suivant l'époque où la découverte est faite, la même roche, le même minéral sont utilisables ou non, constituent ou non une richesse.

Transitions du minerai au stérile. — Prenons, par exemple, un minerai d'or. Il ne faut pas s'imaginer, comme on le fait trop souvent, qu'une mine déterminée offre côte à côte ces deux entités inconciliables, le minerai et la gangue et que tout le travail humain consiste à séparer l'une de l'autre, en sorte que la propriété du stérile ne représente et ne représentera jamais aucune valeur. La vérité, qu'on a besoin de rappeler souvent, est que, du minerai au stérile, il existe souvent une sorte de chaîne continue, où la démarcation, purement conventionnelle et provisoire, est seulement établie par le prix de revient. On a tout un système de roches contenant de l'or, entre lesquelles, si le prix d'extraction est, pour le moment,

de 25 francs par tonne, on distingue celles qui tiennent plus de 25 francs d'or, appelées minerais, de celles tenant moins de 25 francs, réputées stériles puisque leur exploitation se traduirait constamment par une perte. Mais il est trop évident que les roches à 24 fr. 50 d'or peuvent devenir demain des minerais si le prix de revient se réduit assez. Et c'est même pourquoi, dans toutes les mines prospères, on voit, par un phénomène au premier abord bizarre et qui ne laisse pas d'inquiéter souvent même des actionnaires instruits, la teneur moyenne des minerais utilisés s'abaisser peu à peu avec les progrès industriels.

Concentrations anormales. — En raison de cette remarque, la présence dans la terre d'une substance minérale déterminée ne suffira pas pour caractériser une richesse minérale. Il faut d'abord que cette substance soit en elle-même utilisable : ce qui, avec les développements industriels, devient peu à peu le cas de la plupart des substances, même des plus méprisées autrefois. Il faut ensuite que cette substance utile se trouve, au point considéré, en proportions suffisantes pour que son prix de vente soit supérieur à son prix d'extraction, pour qu'on ait un bénéfice, si faible soit-il, à la sortir de son gisement. Suivant la loi d'équilibre ordinaire entre la production et la consommation, celte condition ne pourra être évidemment réalisée que là où la substance examinée est en proportions particulièrement abondantes, là où son prix d'extraction, en y comprenant le transport au consommateur, est inférieur à la moyenne, puisque, le prix de vente sur le marché étant indépendant du gisement, ce seul prix d'ex-

traction caractérise le gisement considéré et lui permet ou non de soutenir la concurrence contre tous les autres gisements analogues. C'est ce que Ton peut exprimer en disant que, pour une substance minérale déterminée, doivent être seules considérées comme utilisables et constituent seules une richesse minérale proprement dite, ses concentrations anormales.

Utilisation progressive de la Richesse minérale. — Quand on étudie en métallogénie la formation des minerais utiles, ce sont les lois de métallurgie naturelle ayant présidé à ces concentrations exceptionnelles d'une . substance quelconque que l'on s^efforce de déterminer. Dans Tordre d'idées qui caractérise cet ouvrage, où nous envisageons, non pas seulement Tétat présent de l'industrie minière ou son état futur comme on le fait en industrie, mais aussi son évolution historique, nous devons ici rappeler rapidement comment le monde minéral, d'abord laissé de côté par l'homme et seulement utilisé comme le support nécessaire des plantes ou des animaux, a peu à peu acquis sa valeur propre à mesure que la métallurgie et la chimie se sont perfectionnées. 11 nous faut montrer comment s'est constituée cette richesse minérale qui, au début, n'avait pas plus de valeur qu'un trésor inconnu au fond de la mer : moins encore, puisque, mis par le hasard en possession de ce trésor, on n'en aurait su que faire, ne pouvant l'adapter directement aux besoins immédiats de Thomme, la nourriture et le vêtement. Pour chacune des substances minérales que nous employons, que nous nous disputons âprement aujourd'hui, on a vu, jusqu'à une époque plus ou

moins récente, se reproduire Thistoire du coq devant la perle du lapidaire : Gallus, escam querens^ margaritam reperit... Chaque substance n'ayant que le prix qu'on y attache et tirant uniquement sa valeur de la concurrence que se font les hommes pour l'obtenir, il n'y a pas à s'étonner qu'on ait pu récemment encore échanger contre du sel : en Afrique, de la poudre d'or ; en Chine, de l'étain. Nous aurions, il y a à peine un quart de siècle, traité avec plus de dédain encore mainte substance aujourd'hui recherchée : tels minerais de fer phosphoreux ou arsenicaqx, tels minerais d'or rebelles à l'amalgamation, telles bauxites, tels borates, tels phosphates, telles terres rares à cérium et à yttrium, tels composés de tungstène ou de molybdène, etc. Et l'on doit certainement quelque part empierrer encore des routes avec des minéraux que nos petits-fils payeront au poids de Tor. Un de. nos paysans, auquel on montrerait un minerai d'or du Transvaal et probablement môme un diamant brut, n'y verrait que de très vulgaires cailloux.

Résumer très rapidement et à grands traits cette évolution, sur laquelle nous aurons à revenir dans les chapitres suivants, sera retracer l'histoire de la Richesse minérale, de la métallurgie et de l'emploi des métaux par l'homme.

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