Bretagne
France
2,<fâ0
1514^ 1,24 par ouvrier ' (employé (foûd et jour)
i ^"3 { 1,086 par ouvrier ' (employé (fond et jour)
( de CoùrrièresJ
Traduits sous une autre forme, peut-être plus parlante, ces chiffres signifient que, dans la période normale 1901-1905, il fallait, en moyenne, être employé pendant 920 ans dans une houillère française, ou travailler au fond pendant 769 ans pour y être tué.
Au total, il est mort, dans la période de 20 ans 1882-1901, au fond des mines de houille : 3.376 mineurs en France, 3.688 en Belgique, 19.215 en Grande-Bretagne et 12,627 en Prusse ; soit, pour ces quatre pays, une moyenne de 1.946 par an. En Saxe, la mortalité est, en outre, de 25, et, dans le reste de TAllemagne, de 240. Les charbonnages russes tuent maintenant 250 à 300 hommes par an, donnant un coefficient de 2,695 pou^r 1.000. En Autriche, on peut compter également 220. Avec l'Espagne et l'Italie, le chiffre rond de 3.000 pour l'Europe a plutôt des chances pour être dépassé ; soit dix ouvriers tués en
1. L'année 1906, avec la catastrophe de CouTricres qui a tué d'un coup 1099 liommes, est tout à lait exceptionnelle et unique.
Europe, dans le fond des houillères, par jour de travail.
Aux États-Unis, de 1890 à 1898, le nombre d'ouvriers tués pour 1.000 employés a varié : dans les mines de Pensylvanie, de 3,46 à 2,89, avec tendance momentanée à la baisse; dans les charbons bitumineux de rilllnois, de 1,82 à 2,14 (avec une légère hausse). Pour cette période déceanale, le chiffre moyen relatif à Tensemble des Étals-Unis, était de 2,64. De 1901 à 1905, la moyenne américaine est montée à 3,35 et à 5 en 1907.
il est à noter de suite, comme nous le remarquerons tout à rheure pour la France et T Angleterre, mais à un degré encore plus accentué, le faible rôle joué là par le grisou : 5.4 % des morts dans la Pensylvanie et 1,1 dans rOhio, tandis que les éboulements tuent de 62 à 67 p. 100. Le rôle du grisou, presque insignifiant autrefois aux États-Unis, tend, il est vrai, à s'élever très vite et l'extraordinaire imprudence des Américains amène dans ces conditions nouvelles, un accroissement de la mortalité qui , partie de 2,34 p. 1000 en 1897, a suivi l'effrayante progression suivante : 2,59 en 1898 ; 2,98 en 1899 ; 3,24 en 1900 ; 3,49 en 1902 ; 3,53 en 1905; 3,40 en 1906; 5 p. 1.000 en 1907 : ces chiffres étant comptés par ouvrier du fond et du jour et correspondant, dès lors (pour 1905), à 1,97 en Prusse et 1,04 en France*.
Mortalité dans les mines métalliques. — Si, Après les mines de houille, nous considérons les mines
1. Dans les dix-sepft deTnîères années, les houillères araéricaines ont tué 22.840 hommes. En 1906, il y a eu 2.061 morts. En 1907, ©n a dépassé 3.000 ; ce qui même en laissant de côté deux desastres exceptionnels ayant fait 694 morts en décembre 1907, représente encore 25 °/o d'augmentation sur 1908.
LA COXQtETE MINERALE
métallîqoes, nous trooTons une mortalité parfois très 9apérieure dans les mines à chantiers très éleyés, comme les ardoisières ou les mines de fer de Lorraine, où la forte densité du minerai rend, déplus, les éboulements beaucoup pins graves. La moyenne, autrefois inférîenre à celle des houillères, tend à devenir supérieure, par suite de la meilleure organisation des houillères.
Tel n'est cependant pas le cas pour l'Allemagne. Là, si nous rappelons d'abord les chiffres absolus, de 1885 à 1895, la mine a tué 31.679 hommes, dont 25.295 au fond, sur lesquels 22.185 dans les combustibles et 3.110 dans les mines de métaux ou de sel. Le coefficient pour 1.000 (sans distinguer les ouvriers du fond et de jour) est de 2,450 pour les charbonnages et de 1,041 dans les mines métalliques. Une comparaison analogue pour TAngleterre montre la courbe des accidents dans les houillères passant, depuis 1891, au-dessous de celle des mines métalliques et s'y maintenant. En France, les mines métalliques ont également une mortalité supérieure, par suite des conditions un peu spéciales où se trouvent nos mines de fer de l'Est exploitées par foudroyage sur une grande hauteur. En 1904, on a eu 2,34 tués dans les mines métalliques contre 1,07 dans les houillères; en 1905 : 1,6 contre 1,04; de 1891 à 1905 : 1,69 contre 1,16.
Comparaison des risques accidentels avec d'autres professions. — Si nous comparons maintenant la mortalité professionnelle des mineurs à celle d'autres professions, nous arrivons à cette constatation, faite pour étonner plus d'un, qu'on court à peu près le
même danger à être cocher, charretier ou employé de chemin de fer qu'à être mineur et qu'on en court six fois plus à être matelot dans la marine marchande (9,2 morts pour 1.000 dans les bateaux armés pour la pêche d'Islande de 1874 à 1883 contre 1,3 dans les mines). En Angleterre, où des statistiques particulièrement minutieuses ont été établies à ce sujet, on a trouvé, comme coefficient de la mortalité par accidents dans diverses professions plus tranquilles, le chiffre 100 étant appliqué à la mortalité pour l'ensemble de toute la population, les chiffres suivants : mineurs, 237 ; services de transport, 214 ; ouvriers du bâtiment, 89; métallurgistes, 82; agriculteurs, 63; boutiquiers, 44.
Comparaison avec les carrières. — Les statistiques montrent, en outre, que la mortalité est d'ordinaire très sensiblement supérieure dans le travail des carrières (l'un des plus dangereux, en définitive) à ce qu'elle est dans les mines (près de 20 % en plus), avec une tâche analogue, mais moins surveillée.
L'exemple de la France à lui seul n'accuse pas ce dernier phénomène avec toute la netteté qu'il comporte : quelques-unes des principales carrières souterraines, au sens où l'entend notre statistique, ainsi les ardoisières et les minières de fer, étant de véritables mines bien organisées. Mais la loi signalée n'y apparaît pas moins. De 1891 à 1905, pendant quinze ans, les carrières à ciel ouvert ont tué annuellement 1,01 pour 1.000, les carrières souterraines 1,50, les mines métalliques 1,69 et les mines de charbon seulement 1,16. H faut, d'ailleurs, remarquer que les chiffres relatifs aux carrières à ciel ouvert subissent
une double erreur, ayant également pour effet de réduire, dans leur cas, le coefficient apparent. D'abord les constatations y sont toujours insuffisantes (quoiqu'un peu plus exactes depuis la dernière loi des accidents), et ensuite on compte comme ouvriers des hommes qui n'ont travaillé qu'une moitié à peine de Tannée, au lieu de. ramener chacun d'eux à ses 300 jours normaux de travail. Pourtant, suivant une remarque précédente, les pauvres carriers, qui ont le tort de mourir individuellement, n'ont jamais excité la même pitié que ies victimes d'un coup de grisou.
Diminution progressive du risque dans les houillères. — Quand on compare ainsi la mortalité des mineurs à celle des autres, ouvriers, il faut encore ajouter une remarque générale d'une certaine importance, c'est que, dans la plupart des professions autres que les mines, il y a une « constance de risques » , tenant à ce que les accidents les plus imprévus en apparence sont ramenés en nombre à peu près égal par la loi des probabilités. Et cette constance, sur laquelle sont fondés les calculs des assurances, n'est, en général, que très faiblement influencée, avec le temps, par les progrès techniques : d'autres causes de danger venant à l'opposé. La mine métallique, qui a longtemps été beaucoup plus douce et plus sûre que l'autre, ne fait pas particulièrement exception à cette loi, quoiqu'on ait obtenu, dans les exploitations importantes, des progrès en ce qui concerne le danger des éboulements. Pour l'industrie de la houille, au contraire, où l'on se trouve en face de difficultés tout à fait spéciales, on a réalisé exceptionnellement, dans le dernier demi-siècle, des progrès qui ont abaissé la
mortalité du mineur, — en France, par exemple, — dans la proportion de 3 à 1. Tandis qu'en 1850, on tuait, en France, un mineur par 36.300 tonnes extraites, en 1900, on en a extrait 145:200 pour la même mortalité.
J'ai dit plus haut que cette loi n'était pas générale dans le monde pour des causes diverses. Aux États- Unis, il y a eu, dans ces derniers temps, un énorme accroissement de la mortalité, par suite de la présence plus fréquente du grisou contre lequel on n'était pas en garde, jointe à un développement exceptionnel des houillères qui a amené l'embauchage d'ouvriers inexpérimentés. Cette dernière cause a donné un résultat analogue en Allemagne.
Nous reviendrons sur cette partie du sujet en étudiant bientôt la lutte contre les dangers de la mine.
Comparaison de la salubrité dans les mines avec d*autres professions. — Ajoutons encore, pour achever de caractériser le péril que peut présenter la mortalité du mineur, une comparaison, non plus entre les mortalités attribuables aux accidents, mais entre les mortalités totales dans les diverses professions. Le résultat en est contraire aux préjugés le.s plus répandus, en ce qu'il montre partout la mortalité totale du mineur inférieure à celle de la population ouvrière moyenne, malgré la proportion plus forte des accidents.
Ainsi, en Angleterre, la mortalité générale de la population mâle étant de 1.000, celle des ouvriers mineurs n'est que de 925, tandis que, pour les carriers, elle est de 1.176; pour les manœuvres, en général, de 1.221; pour les ouvriers des forges et
aciéries, de 1 .301 ; pour les ouvriers des manufactures d'impression, de 1.370; dans les fabriques de produits chimiques, de 1.392; dans les fabriques de faïences et de poteries (dangereuses parleurs poussières), de 1.706; pour les domestiques d'hôtel (sic), de 1.725, et pour les manœuvres des docks, de 1,829.
Ce résultat, qui peut sembler paradoxal, s'explique quand on examine la répartition des décès suivant leurs causes. On voit alors, comme on pouvait le penser, que les accidents et les maladies de l'appareil respiratoire donnent, pour les mineurs, un chiffre très supérieur à la moyenne; mais leur effet est plus que compensé par la diminution des morts dues à l'alcoolisme, aux affections du système nerveux, à la phtisie, aux affections du foie, etc. La sobriété relative, imposée au mineur par son genre de vie, est évidemment la cause de cette immunité. On doit attribuer à la même cause ce fait également imprévu que, d'après le recensement de 1896, le nombre des travailleurs de cinquante-cinq à soixante-quatre ans est, dans les mines françaises, de 6,11 ^'/o, alors que dans l'agriculture, il est de 4,43; dans le commerce, de 4,85 et, dans l'ensemble des industries, de 7,04 ; c'est-à-dire que les ouvriers mineurs continuent à travailler jusqu'à un âge relativement avancé. Enfin, un fait peut-être encore plus probant est le nombre tout particulièrement faible des ajournés au service militaire dans les centres miniers.