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LES RÉSERVES PRATIQUES DE SUBSTANCES MINÉRALES

La question pratique des réserves minérales est toute différente de la question théorique et purement géologique, examinée seule dans le paragraphe précédent. Il ne s'agit plus de considérer l'ensemble de la terre, la généralité des minerais à teneur quelconque, ni, d'autre part, la durée illimitée des temps, ou même une succession de siècles. Il faut nous placer dans le cas, beaucoup plus restreint et circonscrit, qui intéresse seuls nos mineurs, nos métallurgistes, nos industriels, en examinant ce qui va se passer d'ici trente ou cinquante ans, d'abord en France, puis dans les pays voisins, avec lesquels la France peut se

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trouver le plus logiquement en concurrence, ou dont elle peut, au contraire, tirer les substances dont elle a besoin.

Posée ainsi commercialement, la question devient tout autre ; et, au lieu de réserves presque illimitées pour le fer, le cuivre, l'or, etc., nous allons voir que l'épuisement est presque imminent pour des catégories très importantes de minerais. Cependant, même en se bornant à cet avenir immédiat que nous envisageons ici, deux ordres de considérations peuvent modifier nos conclusions, tous deux dans un sens favorable : l'entrée en jeu de minerais plus pauvres par des progrès techniques et les découvertes attendues un peu partout, avec plus ou moins de foi et de raison, dans les nombreuses recherches de mines en cours de tous côtés. 11 faut en dire deux* mots avant de passer à l'examen des richesses minérales reconnues, qui doit occuper le chapitre suivant.

Entrée en jeu des minerais pauvres ou impurs. — Pour tous les minerais, il existe commercialement des conditions absolues, faute desquelles un minerai, non seulement perd de sa valeur, mais devient invendable. Chacun sait combien, pour la plupart des métaux, le prix de l'unité dans un minerai baisse rapidement avec la teneur ; il arrive un moment où ce prix tombe tout à coup à zéro. Ces conditions sont, soit une teneur limite pour le métal principal, soit l'absence de certaines impuretés nuisibles, de certains corps gênants dans la gangue. Mais l'enrichissement ou l'épuration des minerais ainsi rejetés, sans être toujours possible dans les conditions actuelles de notre industrie, représente cependant un problème

dont la solution peut presque toujours être trouvée à un moment ou à un autre. Il faut donc s'attendre à voir tôt ou tard de semblables minerais entrer en jeu et Ton devrait en tenir compte dans les évaluations comme celle-ci... Il suffira de citer le cas du fer et l'erreur énorme que l'on aurait commise si, s'en tenant aux errements d'il y a un quart de siècle, on avait refusé de faire intervenir dans son calcul tous les minerais phosphoreux qui, à cette époque, étaient presque intraitables ; aujourd'hui, c'est la plus grande partie de nos fontes qui est produite par de semblables minerais phosphoreux (Lorraine, Laponie, Normandie, etc.)*. De même, pour l'or, si on eût négligé les minerais tellurés (Cripple Creek et Kalgoorlie), ou arsenicaux, etc.

Comme je l'ai déjà fait remarquer, le moindre perfectionnement dans les traitements, ou, d'autre part, la plus légère élévation dans le prix de vente du métal fait entrer en jeu des quantités considérables de minerais précédemment méprisés ; et l'arrivée sur le marché de ceux-ci peut être d'autant plus prompte que les mines déjà en exploitation en possédaient ordinairement, ou des haldes au dehors, ou des massifs réservés au dedans. Le jour où ces minerais deviennent vendables, on n'a qu'à extraire dans des tas ou dans des chantiers tout préparés d'avance.

Avantage de ne pas négliger les minerais pauvres. — L'utilisation des minerais pauvres par une mine jusqu'aux extrêmes limites de la teneur payante est une question d'appréciation qui peut modifier consi-

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