rOr dans le Monde. (A. Colin 1906), p. 245 et suiv
chaque Jour, même dans les districts les plus connus comme le Witwatersrand, par l'abaissement rapide des frais d'extraction qui augmente aussitôt le cube des minerais disponibles. Il est vrai que la disette d'or est une de celles sur laquelle une certaine école économique a appelé Tattention avec le plus de vivacité alors qu'il pouvait encore être question de défendre le bimétallisme mourant. Mais c'est, bien à tort que Ton entend quelquefois accuser le manque de monnaie métallique, (lui-même attribué à la démonétisation de Targent) de causer ces grandes crises financières, qui résultent en réalité d^une mégalomanie intermittente : mégalomanie trop naturelle chez les lanceurs d'affaires, quand le pubUc, par son optimisme, veut bien les y encourager, et inévitablement punie par la simple logique des faits.
Je pourrais multiplier les exemples. J'en ai assez dit, je crois, pour montrer que, d'une façon générale, Tépuisement de nos réserves minérales n'est pas encore imminent, si ce n'est peut-être pour le pétrole, ou, localement, pour la houille et le fer. Il faut d'ailleurs ajouter, comme nous le verrons dans le prochain chapitre, que la plupart de ces substances sont susceptibles d'être remplacées par d'autres : ce qui rend encore moins nécessaires les mesures de préservation fréquemment demandées.
Le remplacement des substances prêtes à s*ôpuiser. — Houille blanche, alcool, etc., au lieu de houille. — Conducteurs électriques sans cuivre. *- La. protection législative et l*Étatisme. — Complexité des problèmes. — Application de la loi minière dans Tintérêt de l'avenir. — Choix des concessionnaires et dimensions des concessions. — Divers modes de découvertes. — Situation privilégiée des entrepreneurs de sondages.
— Inconvénient des concessions morcelées. — Intervention administrative dans Texploitation technique. — Tarifs douaniers et traités de commerce.
L'Étatisme. — Lois antiques restrictives do la production minière.
— L'État moderne exploitant de mines. — Ètatisme contemporain en Italie (minerais de TUe d'Elbe et syndicat obligatoire des soufrières de Sicile). — La défense des minerais de fer suédois.
— Mesures restrictives aux États-Unis. — La houille et la potasse en Allemagne. — Discussion de TÉtatisme minier. — Institution et surveillance des concessions. — Impossibilité des prévisions à longue échéance. — Transformations ultérieures de l'industrie. — Conclusions.
Nous avons, dans le chapitre précédent, envisagé quelles semblent être, pour les principales substances minérales, les réserves mondiales et, plus particulièrement, étudié celles de quelques grands pays européens ou des Etats-Unis. Nous y avons apporté peut-être un excès d'optimisme, et noire conclusion générale a été que, dans la plupart des cas, Tépuisement de ces réserves, tout en pouvant se produire localement avec des effets fâcheux pour un district ou
même un pays déterminé, n'aurait, avant longtemps, aucun effet très sensible sur Tensemble de Thumanité. Il n'en est pas moins vrai que les ressources de quelques pays en telle ou telle substance minérale de première nécessité sont appelées à s'épuiser dans un délai vraiment court, comme nous l'avons montré pour la houille en France, pour le fer en Angleterre, en Allemagne et même, à un degré moindre, aux Etats-Unis. Devant cette situation, les gouvernements, dont le rôle est de prévoir l'avenir dans une mesure où les particuliers s'en désintéressent, ne doivent-ils pas prendre des dispositions préventives et s'efforcer par tous les moyens possibles de retarder, sinon d'éviter, un dénouement fatal ? Ne doit-il pas s'engager, entre les nations, tout aU moins à coups de règlements et de tarifs, une bataille suprême pour la possession de cette Richesse minérale, plus nécessaire que jamais à notre humanité industrialisée? C'est le problème d'un intérêt économique et même politique immédiat que nous allons examiner dans ce chapitre. Mais, avant de voir quelle doit être la conduite à tenir devant l'épuisement prévu d'une substance donnée, il faut d'abord, ce que nous allons faire dans un premier paragraphe, examiner si cette substance nous est vraiment indispensable : si, même sans aller la chercher plus coûteusement dans un pays étranger, nous ne pouvons pas commencer par la remplacer en tout ou en partie et, si, par conséquent, il y a vraiment lieu de craindre sa disparition.
LE REMPLACEMENT DES SUBSTANCES MrNÉRALES ÉPUISÉES
Remplacement de la houille. — Houille blanche,
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alcool, etc. — Prenons d*abord la houille pour laquelle le problème semble, nous l'avons vu, particalièrement aigu. L'homme s'est habitué à compter sur les combustibles minéraux et à leur emprunter la majeure partie de l'énergie qui lui est nécessaire, soit à l'état de chaleur, soit à l'état de lumière, soit à l'état de force. La possession de la houille abondante a particulièrement contribué à créer la supériorité des grandes nations modernes. Sa disparition chez l'une ou l'autre d'entre elles, et, par conséquent, la nécessité d'acheter tout le charbon au dehors sera donc un incident fâcheux dans l'histoire des moins avaniagées. On peut le prévoir, on ne saurait y remédier directement par l'économie, puisque, dans les pays où la houille fait de plus en plus défaut, comme la France, on s'ingénie au contraire, avec raison, à développer la production : ce qui correspond à accélérer l'éimisement.
Mais la houille qui, dans un avenir relativement {)rochain, aura disparu partout de la terre, comme elle manque déjà presque dans certains pays, tels que rilalie ou l'Espagne, comme elle fera bientôt défaut chez d'autres, est-elle si indispensable? On aurait l'air de plaisanter si l'on rappelait que les hommes ont pu vivre, pendant de longues suites de siècles, sans utiliser ces mêmes combustibles, dont l'emploi en grand date, somme toute, du xix*" siècle et que, s'ils se déplaçaient alors un peu moins vite, s'ils faisaient tourner un peu moins de macliines, ils n'en étaient peut-être pas plus malheureux. Nous admettrions, nous, difficilement la nécessité de renoncer à cette activité fébrile qui est devenue un besoin ; et reprendre le travail manuel ou le travail animal après
LA DÉFENSE DES RÉSERVES MINÉRALES 3ol
avoir connu Tintensité de notre machinisme, de notre automobilisme, etc., semblerait une solution lamentable du problème. Fort heureusement, il en apparaît d'autres aussitôt.
C'est d'abord l'emploi très rapidement généralisé de l'électricité, qui, actuellement, est, il est vrai, pour la plus grande part, produite par de la houille, mais dont on voit en même temps se développer d'autres sources, à commencer par la fameuse houille blanche, dont on n'a encore mis en valeur, même dans les pays les plus avancés comme la France, la Suisse, l'Angleterre, etc., qu'une très faible fraction. Les prix actuels du charbon rendent souvent la concurrence difficile pour la houille blanche ; cependant, il est certain que le charbon commence à être refoulé de certaines régions françaises . comme celle des Alpes ; et, avec le progrès des transports de force, surtout avec le relèvement de prix qu'entraînerait pour la houille un commencement d'épuisement,, l'organisation de l'énergie électrique deviendrait aussitôt beaucoup plus séduisante pour les capitaux qu'elle ne Test encore.
Ayant de l'électricité, on peut l'utiliser directement; on peut aussi la transformer par des industries diverses, dont la fabrication de l'acétylène, encore peu développée, est aujourd'hui le type et faire ainsi artificiellement, en partant du vulgaire et banal carbonate de chaux, ces produits carbures combustibles, pour lesquels nous avons eu jusqu'ici recours aux réserves géologiques. La synthèse du méthane, ou des pétroles, au moyen de l'acétylène et de l'hydrogène, n'est pas encore entrée dans la pratique ; cependant des usines à gaz étrangères ont essayé de fabriquer
le méthane par l'action de l'hydrogène sur le nickel carbonyle et de l'obtenir, par conséquent, avec les éléments du gaz à Teau (hydrogène et acide carbonique], en utilisant ainsi la houille d'une façon plus économique que par les procédés anciens.
On peut également employer un autre moyen, plus indirect encore, pour emprunter le carbone à Tair et l'énergie au soleil en développant l'agriculture par rindustrie des nitrates artificiels, dont l'électricité est le générateur principal et utilisant comme combustibles certaines substances végétales choisies, dont la principale actuellement connue est l'alcool.
Remplacement des métaux. — Quant il s'agit des métaux, on ne peut parler de synthèse, à moins qu'on ne trouve un jour cette pierre philosophaie, à la recherche de laquelle nos modernes chimistes sont repartis, comme les alchimistes de la Renaissance, niieux armés qu'eux pour le combat, à la suite de la découverte du radium et des transmutations d'éléments qu'il parait avoir permis d'observer. Mais, sans entrer dans ce domaine un peu trop hypothétique, il est permis de remarquer, qu'en bien dés cas, un métal peut être substitué à un autre manquant ou devenant trop coûteux, surtout si on modifie ses propriétés au moyen d'alliages. Des emplois, qui semblaient essentiels autrefois pour tel ou tel métal, ont complètement disparu. J'ai déjà cité le plomb ou le cuivre comme toiture, l'étain comme vaisselle, le bronze dans l'armement. Quand un métal augmente trop de prix, on s'ingénie pour le remplacer et l'on y arrive souvent, plus qu'on ne le pensait d'abord... Le cuivre, par exemple, est utilisé
surtout comme conducteur d'électricité; mais, lorsqu'on 1906, son prix avait été majoré d'un tiers ou de moitié, on avait recherché toutes sortes de combinaisons pour s'en passer, et ï*on en citait déjà quelques-unes comme donnant des résultats avantageux : ainsi des tubes de fer remplis de sodium au lieu de fils de cuivre. L'aluminiufn, qui a, dans les milieux financiers, la réputation, justifiée jusqu'ici, d'être un métal à surprises fâcheuses, n'a certainement pas épuisé le champ de ses utilisations, que son extrême abondance dans toute la terre rend tout particulièrement intéressantes pour la question traitée en ce moment.