millions en 1906 contre 83 millions en
donné un magnifique essor à l'industrie des mines prussiennes, a paru présenter des inconvénients le' jour où des entreprises de sondage ont fonctionné en grand, dans le pays, et Ton a cru devoir en supprimer ou restreindre l'application dans deux cas où TÉtat était particulièrement intéressé : les gîtes de sel (et de potasse) et la houille. L'État s'est attribué le monopole des recherches pour le groupe du sel : ce qui, pour le sel gemme, n'introduisait pas une grande nouveauté en raison du régime fiscal exceptionnel auquel cette substance est partout soumise^, mais ce qui, pour la potasse, constitue une dérogation plus grave aux principes. On a essayé de justifier cette exception, par le fait que l'Allemagne détient aujourd'hui le presque monopole des sels potassiques dans le monde, avec ses mines de Stassfurt, auxquelles viennent de se joindre les nouvelles découvertes d'Alsace, et qu'elle a intérêt à le défendre.
Dans le cas de la houille, l'État, laissant bien entendu aux pa.rticuliers les concessions déjà acquises, s'est fait attribuer un délai de trois ans pour obtenir la concession de 55.000 hectares, en réservant les solutions à intervenir pour le reste. Le prétexte a été que l'État, comme consommateur exceptionnel de combustibles, devait pouvoir se défendre contre les hausses de prix résultant des accapareurs.
L'État Maître-Jacques se présente donc ici : dans le cas de la potasse, comme un syndicat de producteurs cherchant à maintenir les hauts prix de la substance en s'attribuant un monopole mondial; et, dans
1. En France, notre loi de 1825 avait donné à l'État la concession de toutes les mines de sel que Ton supposait exister en France.
le cas de la houille, comme un syndicat de consommateurs luttant, cette fois, contre un de ces gros syn» dicats de producteurs qui tendent à devenir une des formes de l'industrie moderne, liées au protectionnisme (Allemagne, États-Unis, etc.), à savoir contre le syndicat des houilles rhénan-westphalien, avec ses 80 millions de tonnes d'extraction annuelle ^ L'intérêt envisagé n'est plus celui de la richesse minérale, que l'on suppose sufQsamment mise en évidence et développée par les travaux déjà effectués, mais celui de la collectivité consommatrice. Il est à remarquer, d'ailleurs, que, dans cette solution toute empirique, l'avenir est seulement engagé pour la très courte période de trois ans.
Discussion de l'ètatisme minier. — On voit que les exemples sont nombreux et divers, à l'époque contemporaine, en faveur de ceux qui préconisent l'intervention de l'État dans l'exploitation minière ; ou, du moins. Ton peut dire que cette intervention a été souvent essayée en ces derniers temps sans qu'on puisse en apprécier encore les résultats. Je laisserai de côté la question délicate des mines domaniales qui nous entraînerait un peu loin, mais il est un point qui rentre plus strictement dans notre sujet,
1. Cette grosse question des trusts n'est pas spéciale aux matières minérales. Dans leur cas particulier, un trust peut difficilement forcer beaucoup les prix lorsqu'il ne s'agit pas d'une substance très rare, pour laquelle un monopole mondial est créé par un gisement unique (diamant, platine, ou, à un degré moindre, sels de potasse, borates, etc.), ou lorsque des tarifs protecteurs ne lui assurent pas un monopole régional pour une substance de première nécessité. Fonctionnant à Tabri d'un régime protectionniste, ce système est naturellement nuisible à toutes les industries d'exportation qui sont appelées à utiliser la substance ainsi manipulée.
c'est celui des mesures que tel ou tel pays, l'Italie, la Scandinavie, les États-Unis, etc., a pu prendre pour assurer à une de ses richesses minérales un plus long avenir. Sauf dans des cas bien particuliers, cette intervention paraît tout spécialement dangereuse parce qu'elle est à rencontre des lois naturelles, qui commandent, je crois, d'utiliser une substance au moment où elle a de la valeur et d'aller plus tard en chercher l'équivalent là où on peut l'obtenir au meilleur compte.
Les restrictions de Tétatisme ne seraient légitimes que si chaque pays était entouré par des niurailles de Chine sans avoir la possibilité de rien demander à ses voisins et si les gouvernements possédaient le moyen de faire exploiter la richesse minérale exactement à l'instant le plus favorable. Il semble, malheureusement, que ni l'un ni l'autre ne soit vrai.
Tout d'abord, en ce qui concerne les frontières, on doit remarquer que, malgré tous les protectionnismes, des fissures se produisent dans leurs murailles; il est surtout possible à un pays de provoquer ces fissures le jour où il y trouve intérêt en laissant pénétrer chez lui telle ou telle substance qui commence à lui manquer. La gloriole de se suffire à soimême en ignorant ses voisins n'est pas le meilleur moyen de s'enrichir. On a beau multiplier les barrières douanières, plus on va, plus l'ensemble de la terre s'unifie au grand avantage des consommateurs; plus les diverses nations se sentent, économiquement, financièrement, solidaires les unes des autres, et plus il tend à s^établir entre elles une sorte d'équilibre hydrostatique, en vertu duquel, malgré toutes les frontières conventionnelles, chaque substance natu-
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relie ou fabriquée provient davantage des points où elle est le plus avantageusement obtenue. Les pertes que Tune ou Tautre de ces régions éprouve de ce chef se compensent d'ordinaire par des échanges. Il dcYient de plus en plus irrationnel d'obliger, comme voudrait le faire une théorie trop égalitaire et socialiste à sa manière, les habitants de n'importe quel coin du globe à produire tout ce dont ils ont besoin, alors que l'avantage général serait d'utiliser les conditions du climat, de la main-d'œuvre ou des ressources minéralesy pour cantonner tel pays dans telle industr ie, tel autre dans une autre.
Pourquoi, par exemple, s'ingénier à tirer du fer d'une région qui n'en renferme que des traces, alors qu'elle sera surabondamment riche en houille; à faire pousser du coton dans un sol propre à la culture du froment, et du froment dans une plaine à rizières ? Ne vaut-il pas mieux acheter d'une part, vendre de l'autre ? Forcer la nature, c'est mal employer le travail, la force vive, l'énergie disponibles. En le faisant, on agit en grand, suivant l'absurde esprit égalitaire moderne qui voudrait obliger les horlogers à confectionner leurs bottes et les cordonniers à se fabriquer des montres...
Mais ces objections théoriques seraient faciles à lever si, en réservant pour l'avenir une richesse minérale dont on trouve l'emploi immédiat, l'État était s ûr de ne pas faire un faux calcul.
Si nous étions certains que le monde dût se perpétuer à peu près tel que nous le voyons, que les produits minéraux notamment dussent avoir toujours la même valeur ou une valeur croissante, on pourrait discuter avec quelque logique, établir une ventilation
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équitable entre dous et nos descendants. Gomme nous sommes certains du contraire, comme les transformations futures de toutes les industries ne sauraient manquer d'atteindre une amplitude supérieure à celle que Ton a pu constater depuis un siècle; comme il est possible que, dans un demi-siècle seulement, on ne veuille plus à aucun prix des matières aujourd'hui le 4)lus avidement recherchées; comme nous sommes exposés aux surprises scientifiques les plus déconcer> tantes dans Tordre des synthèses et des élaborations, ainsi qu'aux concurrences les plus imprévues de la part de continents aujourd'hui dédaignés, il devient singulièrement hardi de vouloir, sous prétexte de prudence, forcer par des interventions législatives le cours lointain des choses.
En cela, comme en beaucoup d'autres questions, le métier d'homme d'État révolutionnaire et réformateur exige une confiance dans ses propres lumières et dans des opinions hasardeuses, qui ne peut manquer d'étonner les assistants. Un souverain, dont on n'apprécie peut-être pas assez, dans ce cas, la logique fataliste et la philosophie pratique, résumait son scepticisme à cet égard par une phrase célèbre : « Après nous, le déluge ! » Et, si l'on en croit Tolstoï, c'est par un fatalisme analogue de Koutouzoff qu'a finalement triomphé la Russie de 1812. Il serait paradoxal d'insister. Cependant, qui ne raillerait un solide gaillard de vingt ans aux dents de loup voulant mettre son pain en réserve pour le jour où il n'aura plus ni estomac ni dents ? Les nations ne gagnent pas grand'chose à imiter ces parents circonspects qui serrent les jouets de leurs enfants dans une armoire, enveloppés dans du papier de soie, pour les leur rendre
intacts à leur majorité. Sans exagérer Tinertie, il est peut-être plus sûr d'imiter, dans ce cas, les gens de Bourse, pour lesquels une ou deux « liquidations )> constituent tout l'avenir. Tâchons de prévoir ce qui se passera d'ici vingt ou cinquante ans et de légiférer le mieux possible en conséquence ! Pour la suite, laissons les lois économiques accomplir leurs effets, aussi inéluctables et aussi indépendants de nos petits décrets d'un jour que les phénoniènes de la physique ou de l'astronomie. En agissant ainsi, on sait du moins qu'on ne fera pas de mal. En politique comme en médecine, ne pas abuser des remèdes est souvent le meilleur moyen de maintenir la santé.