‹ La conquête pacifique de l'intérieur africain: ne?gres, musulmans et chre?tiensChapitre 10 sur 36 · OV · texte numérisé non relu

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Lorsque les tribus révoltées s'enfoncèrent dons le sud, pour éviter nos colonnes, elles s'établirent à Bir Zemitz, à Bir Sultan , et là , appelées par le chei des O d Yagoub, elles attaquèrent Kébili pour le mettre à sac et à contribution. Le kabia, énergique et puissant, possesseur de grandes richesses, s'était de longue date préparé à la résistance contre le chef des O 11 Yagoub ; aidé de El Bachir, il se défendit avec une rare vigueur ; son bordj, extrêmement solide, bâti près de la source

Vieille femme arabe. (Deisin tte ilf. Boulet /le Monvel.)

de la rivière, rendit vains tous les efforts de l'ennemi.

La marche en avant des colonnes françaises changea la situation. Les Hamamas et autres révoltés s'enfoncèrent dans la Tripolitaine , suivis de Mohamed-ben- Khalled et des gens les plus compromis de Telmine.

Ce que nous avons vu a été la conséquence de ce que nous venons de raconter, les détails de l'acte n'ont pu nous être connus, mais peu importe, les résultats n'en sont pas moins visibles.

Il en résulte aussi la démonstration bien claire des causes, qui font de ce pays un champ de ruines malgré

la richesse de son sol et les produits de ses cultures privilégiées .

Les premiers besoins de ces contrées sont Tordre, la paix et la justice, et tout gouvernement qui les y fera régner est sûr de voir la population promptement augmenter et les terrains cultivés s'étendre à vue d'œil.

La ville extrême du Nefzaoua que nous avons vu? est Douz. Au delà, dans le lointain, on n'aperçoit que les lignes jaunâtres des grandes dunes et la cime de quelques palmiers qui indiquent l'emplacement de misérables hameaux dont le plus important est Sabria. Ceux des habitants de cette ville, que nous avons rencontrés n'avaient plus la physionomie ni le costume arabe. Ils portaient les vêtements bleus, la culotte serrée au cou de pied et le voile, en somme le costume des Touaregs. De très petite taille, de couleur très foncée, ils possédaient de superbes méharis. Ils se montrèrent peu désireux d'entretenir avec nous des relations et ne se prêtèrent point à la conversation. Ils semblaient, peut-être affectaient-ils, ne pas nous comprendre facilement et il fallut consentir à accepter l'aide de El-Bachir qui, du reste, paraissait être avec eux tout à fait en amitié... Il les décida à porter aux chefs de la grande tribu des Mérazigs, des lettres qui les invitaient à rentrer dans leur pays et à faire connaissance avec nous.

Les Mérazigs sont une très grande tribu de Marabouts, pas guerriers, mais extrêmement riches en chameaux. Ils habitent et parcourent les environs du Nefzaoua et se réunissent l'été non loin de Douz. C'est là que leur ancêtre Merzoug est enterré près de son fils et leurs tombeaux sont surmontés de deux koubbas pareilles .

Douz n'est point riche en palmiers, c'est une grande

place de quatre à cinq cents mètres de côté, entourée de maisons à simple rez-de-chaussée au milieu de petits enclos... Il n'y a autour ni récoltes ni jardins, la seule fortune des fils de Merzoug consiste en chameaux. Sur un petit mamelon, au nord-est de la grande place, sont les deux koubbas, en avant desquelles flottent les étendards du prophète et une petite zaouia où quelques enfants apprennent à lire le Coran. A cette époque il n'y avait à Douz, que quelques membres de la grande tribu. Tout le reste des Merazigs, (singulier Merzoug), craignant avec juste raison les Hamamas, qui leur

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Vue de douz. (Dessin de M. O'Callaghan, d'après une photographie.)

avaient volé un grand nombre de chameaux, avaient fait le vide, et s'étaient enfoncés dans les dunes ; ce qui nous permet de conclure que ces dunes, comme toutes celles que nous connaissons sont largement pourvues d'eau. Ils étaient, il faut croire, fort loin dans ces dunes sur le chemin de Ghadamès, car le voyage du petit nègre de Sabria, l'ami de El-Bachir, dura longtemps. Il ne revint que quatre jours après. Il apportait une réponse favorable, et en effet les Merazigs vinrent à sa suite d'abord en petit nombre, comme de bons sauvages qui flairent le terrain, avant de poser le pied,

puis plus nombreux, et enfin, lorsqu'ils furent convaincus de nos intentions pacifiques et qu'ils eurent tiré de nous quelques petits services, ils revinrent en masse. Dès lors nous fûmes très bons amis, peut-être trop, à coup sûr plus que nous ne le demandions, car, avant notre départ, à une grande réunion d'adieux, sans que rien ait permis de le prévoir, les plus vieux de la tribu nous entourèrent, puis après quelques prières préparatoires, enlevèrent leurs guelmounas, leurs chacliias crasseuses, exposant ainsi à un soleil ardent leurs vieux crânes polis, et l'un deux, le plus vieux lut sur nous le fatha ! . Il nous couvrit la tête du pan de son vieux burnous au risque de secouer sur nous sa vermine séculaire et nous passa au col son chapelet. C'en était fait! Sans nous y être attendus, nous étions fils de Merzoug. . .

Le Nefzaoua, comme nous l'avons dit, est peu accessible ; au sud, il est couvert par les dunes, à l'ouest, par le chott Djerid, au nord, par le chott El-Fedjedj. Nous avons franchi ce dernier. Il a environ vingt-six kilomètres de largeur d une rive à l'autre.

La route de Gafsa au Nefzaoua traverse le défilé d'Oum-Ali, d'une longueur de sept à huit kilomètres. Elle est profondément encaissée entre deux montagnes très abruptes, absolument dépourvues de végétation, d'un parcours difficile, des blocs de rocs surplombent et, désagrégés par le soleil, se détachent fréquemment de leurs flancs. C'est un des passages les plus importants de la chaîne de montagnes élevées qui forme la ceinture nord des chotts. Les Romains en avaient bien compris l'importance, car on retrouve là les ruines très visibles d'une forte muraille qui fermait

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