‹ La conquête pacifique de l'intérieur africain: ne?gres, musulmans et chre?tiensChapitre 28 sur 36 · DÉSIGNATION DES ORDRES LIEUX OCCUPÉS PAR LES MISSIONS · texte numérisé non relu

DÉSIGNATION DES ORDRES LIEUX OCCUPÉS PAR LES MISSIONS

Saint- Vincent-de-Paul . Abyssinie.

Saint-Esprit Zanzibar, Congo, Sénégambie.

Missions africaines de Côtes de Guinée, au Cap, Da-

Lyon homey.

Missions autrichiennes. Sud de l'Egypte.

Jésus Madagascar, Zambèzc.

Oblats de Marie . . . . Natal.

Clergé anglais .... Au Cap.

Ouganda oit Hougamla. — L'Ouganda ou Bouganda (langage indigène) s'étend au nord et nord-ouest, du lac Nyanza. Ses collines verdoyantes, ses frais vallons, ses plaines fertiles, en font le plus beau pays que Ton puisse rencontrer, depuis Zanzibar. Partout s'étale la végétation luxuriante des régions équatoriales avec ses hautes herbes et ses arbres gigantesques. Ça et là des nappes d'eau bordées de forêts de roseaux et de papyrus. C'est véritablement le séjour de l'éternel printemps et, durant toute Tannée, à côté des fruits murs, les fleurs étalent leurs vives couleurs et répandent les parfums les plus suaves. La température est à peu près la même durant toute l'année, et varie dans la journée de treize à trente-trois degrés centigrades, limite extrême qu'elle ne dépasse pas.

Les indigènes distinguent deux saisons de pluies correspondant aux deux équinoxes. Elles durent chacune plusieurs semaines ; les pluies sont alors fréquentes sans être continuelles. Généralement l'eau du ciel tombe par fortes averses de deux ou trois heures, et il est rare de voir une journée entière de mauvais temps. En dehors de ces deux saisons, il pleut assez souvent, c'est ce qui explique en partie la richesse de la

végétation, que favorise un terrain rouge des plus fertiles.

La principale culture est celle du bananier. Autour de chaque habitation s'étend une grande bananerie, où le propriétaire puise toute l'année; il n'a pas d'autres provisions. 11 y a plusieurs espèces de bananes: les unes se mangent vertes et bouillies comme les pommes de terre ; d'autres, grillées sous la cendre ou auprès d'un brasier, ont un goût exquis ; une troisième espèce sert a fabriquer une boisson, que Ton boit douce ou ferment éc et mélangée avec du sorgho rouge grillé. Son goût a quelque rapport avec celui du cidre ; c'est le nectar du Bouganda. Les indigènes n'en abusent cependant pas, et il est rare de voir des hommes ivres.

Le bananier fournit encore aux habitants ses fraîches et larges feuilles, pour leur servir d'assiettes et de coupes, son écorce pour envelopper café, tabac, beurre, haricots, etc. Ils en font aussi des liens; les racines sont une dernière ressource en cas de disette.

Outre le bananier, on cultive dans l'Ouganda les patates douces, le maïs, le manioc, une grande variété de pois et de haricots, le sorgho rouge, etc. Le café y pousse presque sans culture.

Les animaux domestiques sont: la poule; la chèvre à poil court et lin, qui fournit une viande excellente, mais peu de lait (les indigènes n'ayant jamais songé à la traire); le mouton à large queue, mais sans laine (sa toison ressemble au poil de chien); le bœuf (ils en élèvent de nombreux troupeaux, confiés à une caste particulière). Les bœufs du Bouganda ont, sur les épaules, une bosse charnue, plus ou moins grosse. On n'utilise pas la force du bœuf pour les travaux domestiques. L'indigène ne demande à ses troupeaux, que la viande, dont il est très friand, le lait, qu'il fait aigrir avant de le boire, et les peaux, qui lui servent de vêtements.

Le plu» ivmnr<|imbl<> des animaux sauvages du Bou-

fjumhi est rL'K ; |iliiiut. Malf^iv la guerre acharnée qui

leur est faite, ils sont encore, au dire des indigènes, fort nombreux et quelquefois redoutables pour les plantations qu'ils ravagent. Leurs défenses atteignent un poids considérable, jusqu'à 60 à 70 kilogrammes , que Ton vend à la côte plus de 2,000 francs. On y rencontre aussi le rhinocéros à une ou deux cornes, le bufïe, le zèbre, une grande variété d'antilopes, de gazelles, des sortes de lapins, etc., etc. ; lions, léopards, hyènes abondent dans les jungles et les forêts, mais ils attaquent rarement l'homme.

La caille, la perdrix, la pintade, le canard, l'oie sauvage abondent aux environs du lac.

Les Bougandas abandonnent aux femmes, surtout aux plus âgées, le soin de leurs cultures.

Les huttes de ce pays se trouvent au milieu des bananeries. Quelques poteaux, des roseaux, des papyrus et de l'herbe suffisent à leur construction ; elles sont de forme conique, le toit descend jusqu'à terre et les herbes qui les recouvrent disposées avec art par des ouvriers spéciaux, garantissent entièrement l'intérieur de la pluie et du soleil.

Les cases ordinaires n'ont d'autre ouverture que la la porte et ne possèdent point de cheminée. Le foyer où cuisent les aliments est composé de grosses pierres; la fumée s'échappe comme elle peut. Les habitants s'habillent d'étoffes d'écorces d'arbres (espèces fines, très communes en ce pays) et de peaux de bœufs, d'antilopes, de chèvres et de léopards. Ils vont généralement pieds nus. Les grands seuls portent des sandales de peau de buffle. Ils aiment s'entourer la tête de cotonnades, mais le plus grand nombre ne peuvent se donner ce luxe et ils vont la tête nue par le plus grand soleil.

Ils sont sobres d'ornements et se distinguent aussi par leur propreté.

Depuis quelques années, les étoffes apportées de la côte tendent à remplacer ces costumes primitifs. Mais la rareté des communications s'oppose à ce que l'emploi de ces étoffes se généralise, à moins qu'ils n'apprennent à fabriquer des tissus, ce qui leur serait facile, le coton poussant à l'état sauvage dans ce pays.

Leur industrie est supérieure à celle des tribus voisines ; ils travaillent le fer dont ils tirent des couteaux,

l'ÈRK BLANC EVSKÏGNANT A L.VBUUIltH

{Destin de M. O'Calluylittii, tïaprèx une photographie tles Mimwnt catholiques.)

hachettes, pioches, lances et ornements. Le feu de leurs forges est entretenu par du charbon de bois et activé à l'aide d'un soufflet à courant continu. Les forgerons ne manquent pas dans le pays. Du cuivre, apporté par les étrangers, ils font aussi des bijoux.

Nous signalerons leurs boucliers ovales, faits avec des planchettes de bois léger, habilement recouvertes de minces lanières de rotin.

La poterie est fabriquée avec la terre provenant des fourmilières de termites. Elle consiste en marmites kéini-

sphériques, en jarres pour conserver l'eau, en écuelles et coupes de toutes grandeurs, en pipes, etc.

Le Bouganda, remarquable par la richesse de sou sol, et la perfection relative de son industrie, se distingue aussi par la forme de son gouvernement. Le chef, ou roi du pays (kabaka), est un maître absolu de la terre et de tous ceux qui l'habitent. Il peut en disposer à son gré. Le royaume est partagé en grandes provinces, qui se composent elles-mêmes de plusieurs districts, divisés à leur tour en cantons.

Les chefs de chaque division sont créés par le roi qui les maintient et les destitue à sa volonté. La royauté est héréditaire, mais, à la mort du roi, les grands choisissent parmi ses enfants, celui qui leur convient. La résidence du roi, porte le nom de kibanga, elle est partout où est le roi.

Lorsque les Pères arrivèrent dans l'Ouganda, le roi Mtésa habitait au nord du Nyanza, sur le penchant de la colline appelée Roubaga.

Les tribus de l'Ouganda sont très belliqueuses, l'obéissance aveugle à leur roi et leur bravoure naturelle, leur donnent une grande influence qui s'étend fort loin. Chaque année, des armées fortes de plusieurs milliers d'hommes, sont envoyées au loin pour soutenir les alliés de l'Ouganda. Autrefois, elles n'avaient que des lances et des boucliers, aujourd'hui, quelques soldats sont armés de fusils. Les expéditions durent plusieurs mois, et presque toujours, l'armée rentre en poussant devant elle, des milliers de bœufs et de prisonniers de guerre.

Les femmes et les enfants sont, comme les bœufs, la propriété de ceux qui les reçoivent, et peuvent être vendus et revendus.

En somme, ils ne reconnaissent que la loi du plus

fort et toutes les horreurs de l'esclavage leur paraissent des usages très légitimes.

Leurs idées sur la vie future sont très vagues. Ils croient que tout ne meurt pas avec le corps, et qu'il s'en dégage un esprit (le mzimou) qui n'est ni heureux ni malheureux, qui peut entrer dans le corps des vivants, les tourmenter, les rendre malades, et même les tuer.

Les sacrifices humains ne sont pas rares, soit pour satisfaire aux esprits, soit pour honorer les morts, soit comme inauguration d'édifices ou de mausolées. Le roi Mtésa, sur la tombe de son père Sama, fit immoler un jour, trente-trois hommes, trente-trois moutons trentetrois chèvres.

Ils cachentavec soin ces holocaustes auxmissionnaires. Malgré l'hostilité de quelques personnages attachés aux antiques superstitions, surtout à la polygamie, qu'ils craignaient de voir prohibée un jour à cause des blancs, tout semblait permettre d'espérer, surtout dans les missions du Nyanza, une ère de tranquille prospérité, lorsque, tout à coup, les événements de l'Egypte, le bombardement d'Alexandrie, l'entrée des Anglais sur le territoire musulman et l'apparition du Mahdi, changèrent cette situation. Le roi Mtésa, qui avait appelé les missionnaires sous la pression des indigènes, se montra inquiet, exigeant, et manifesta bientôt des intentions hostiles .

Les missionnaires se retirèrent prudemment au sud du lac, pour laisser passer l'orage, et donner aux esprits le temps de s'apaiser.

A la mort de Mtésa, son fils Mouanga, élu roi à sa place, se hâta de rappeler les Pères et les combla de faveurs et d'avantages.

Leurs missions atteignirent un haut degré de prospé-*

rite. Le roi lui-même, paraissait être prêt à se faire chrétien, et encourageait ses sujets à abandonner le paganisme. Mais les mêmes causes qui avaient agi sur le père, changèrent aussi les dispositions du fils. De plus, la nouvelle de la conquête d une partie de l'Afrique équatoriale ajouta à ces appréhensions, la peur de voir les blancs conquérir son royaume. Ce fut le signal de sanglantes exécutions .

Une caravane de missionnaires anglais, conduite par révoque llannington est massacrée, et tous les noirs convertis au christianisme dans l'Ouganda, sont mis à morts dans d'atroces supplices.

Au grand étounement du monde entier, ces nègres, à peine convertis, semblables aux martyrs chrétiens des premiers siècles, ne tremblent pas devant la mort, et maintiennent leur foi jusque dans les tortures. Raconter ces faits extraordinaires, serait faire l'histoire des missions, et notre sujet ne le comporte pas ; nous nous bornerons à dire qu'ils sont d'un heureux augure pour le relèvement moral de ces populations et que, comme toutes les persécutions, elles ne font que contribuer aux succès des persécutés.

Malgré toute sa fureur, du reste, Mouanga n'a pas osé toucher aux blancs. Le sultan de Zanzibar, Saïd Bargasch est entre les mains des nations européennes, et il pense avec juste raison, que leurs flottes lui demanderaient compte du sang versé.

L'influence des missionnaires a été assez puissante, jusqu'à présent, pour préserver les villages nègres, qu'ils ont créés autour de leur mission, des horreurs de la traite et de toute persécution.

Les territoires qui leur appartiennent ont été respectés, et petit à petit, ces agglomérations croissent en nombre et en importance, sous les bienfaits de la paix

et de l'ordre. Il se fonde ainsi de petits groupes, embryons de royaumes futurs, où la civilisation existe, et grandira sûrement, se développera par l'exemple, dès que ces agglomérations seront assez nombreuses et assez fortes, pour se protéger elles-mêmes. Les persécutions, quelque tenaces et cruelles qu'elles soient, ne sont donc que des temps d'arrêt limités, qui n'empêchent pas l'ensemble de l'œuvre entreprise de pro-

PÈRE BLANC CONSTRUISANT l'SE BARQUE A NOTRE-DA» DE KamOGA.

(BtsiindiiM.O'Catlaijhan, d'aprêsuneph'itngritphictit'À}lit$iQtisra(hoU<iU<:s.)

gresser, et ses conditions générales de s'améliorer chaque jour.

De plus, dans ces dernières années, de grands faits indiquent la volonté de l'Europe de s'occuper de ces régions équatoriales et l'intérêt qu'elle y attache. La conférence de Berlin, en premier lieu, a établi entre les puissances européennes, une convention par laquelle leurs possessions ont été mieux définies et beaucoup de causes de querelles supprimées. Dans le partage il

n'est échu à la France aucuns droits sur la côte équatorialc. Bien au contraire... Postérieurement à la conférence une convention de limites est intervenue entre l'Allemagne et l'Angleterre. Par cette convention, elles reconnaissent :

1 ° La souveraineté du sultan de Zanzibar sur les îles de Zanzibar et de Pemba et sur une bande de terrain littoral, de dix-huit kilomètres de profondeur, allant du cap Delgado jusqu'au nord de la rivière Tana.

2° Par contre l'Allemagne a fait reconnaître par le sultan et par 1 Angleterre la légitimité de ses possessions en arrière du littoral, y compris le district du Kilima- Njaro.

Par le fait de cette convention les limites de la zone de son influence dans l'intérieur du continent africain ont été reconnues devoir s étendre à l'ouest, jusqu'aux frontières de l'État du Congo, le long du Tanganika, au nord, jusqu'au grand lac Victoria-Nyanza sur la moitié duquel la Société allemande de l'Afrique orientale a déjà des établisssements. Par une autre convention avec le Portugal, l'Allemagne s'est fait attribuer toute la partie nord du Nyassa, fixant la limite de ses nouveaux territoires au cours de la Rovinna.

Par ces conventions un champ immense d'entreprises commerciales est ouvert à l'Allemagne, et son protectorat s'étend aux sources du Nil, du Congo et du Zambèze. On ne peut pas douter qu'elle fera des efforts considérables pour tirer parti de cet immense pays. Elle a depuis longtemps déjà jalonné les points principaux de stations de missionnaires protestants.

Elle aussi aura à lutter contre toutes les difficultés que l'étude de la question nous a révélées et contre les marchands d'esclaves qui, bien plus que le Madhi, ont soulevé le Soudan contre l'Angleterre et ont arrêté sa

marche en avant, malgré ses nombreux effectifs et son premier général, sir Wolseley.

Comment en triomphera-t-elle? Quelle sera son influence?

Elle a toute la puissance nécessaire pour mener son œuvre à bonne (in et triompher des difficultés.

KMMXTS SKT.RKS PREPARA W I.F. RIZ.

IDftnin ■!•• .11. O'CnlInfihim, ifnprfig iw phot-igraphic ilr* Mitiion* rvrfftu/ji/uf*.)

Quelle part hussera-t-elle aux missions catholiques, seuls éléments français qui nient pénétré ces régions? Ce sont là des questions bien obscures et bien difficiles à résoudre et ce que l'on pourrait dire n'aurait pas grande influence sur le résultat final.

Quoi qu'il en soit, les Allemands doivent s'attendre, si leur établissement prospère et grandit, ce que nous

devons souhaiter, car il est dirigé par une nation civilisée et ne peut qu'améliorer la situation de ces peuples, à une lutte avec l'élément musulman; lutte d'autant plus prompte et plus acharnée qu'ils introduiront plus d'ordre, de justice et de respect du droit d'autrui.

Ce que nous avons dit, dans le courant des chapitres précédents, de l'organisation du monde musulman, suffit à faire comprendre l'importance de la question .

Souhaitons en terminant que la France, elle aussi, entreprenne comme l'Allemagne, de pénétrer le mystérieux continent pour y porter la civilisation et la justice et que ces deux nations, abandonnant leurs sanglantes querelles, se rencontrent sur ce terrain nouveau pour y lutter contre l'ennemi de toutes les civilisations, contre le mahométisme, et mettre enfin un terme à toutes les cruautés et à toutes les horreurs dont il accable ces malheureuses populations 1 .

1. Depuis que ces lignes ont été écrites, de grands événements ont en lieu, qui semblent les confirmer. D'un côté, Sa Sainteté Léon XIII et son Éminence le cardinal Lavigerie, ont pris en main la cause de l'aboli t ion de la traite et ont fait un appel écouté à toutes les nations civilisées, de l'autre, les traitants ont commencé la guerre. Déjà des victimes illustres ont trouvé la mort, et tout fait prévoir que la lutte que nous prédisions, commence. Dieu veuille assurer promptement le triomphe de l'humanité, et faire pénétrer la civilisation parmi les populations du continent africain !

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