‹ La conquête pacifique de l'intérieur africain: ne?gres, musulmans et chre?tiensChapitre 35 sur 36 · SOUS LES PALMIERS · texte numérisé non relu

SOUS LES PALMIERS

[Destin de M u « M. -t. PhiUbtrt.)

il eut les plus grandes difficultés à maintenir son convoi à cet effectif, par suite de la maladie effrayante qui sévit sur les animaux, l'expédition coûta près de 10000000 de roubles.

L'œuvre la plus grandiose, accomplie par les Russes dans ce pays, est certainement la construction du chemin de fer, commencé par Skobelcw, et qui maintenant le traverse de l'ouest à l'est. Il mesure 1 1 00 kilomètres, de la mer Caspienne à l'Amou Daria, et n'atteindra pas moins de 1500 kilomètres, lorsqu'il sera prolongé jusqu'à Samarcande. Les principaux points qui le jalonnent sont Kysil-Arwat (250 kilomètres de Mikaïlowski) Askabad (200 kilomètres de Kysil-Arwat). Douchak (200 kilomètres d' Askabad). Merv (180 kilomètres de Douchak) Tchardjoui(230 kilomètres de Merv), Boukhara (150 kilomètres de Tchardjoui). Samarcande (250 kilomètres de Boukhara).

Devant une entreprise aussi colossale, on est émerveillé du succès, et Ton peut affirmer en toute confiance qu'une expédition française, conduite jusqu'au centre du Sahara africain, aurait beaucoup de chances de réussite. Les difficultés à vaincre seraient assurément moins grandes.

Quel que soit le but poursuivi par les Russes, ils ramèneront la civilisation dans ces contrées dévastées par les incursions des Mongols. Grâce à eux, le trafic des esclaves disparaîtra prochainement du centre de l'Asie, et l'on est obligé de reconnaître les services qu'ils rendent à la grande cause de l'humanité.

La France en se plaçant au même point de vue a un rôle semblable à jouer dans le Soudan.

Elysée Reclus a dit : « La colonisation est pour la France une question de vie ou de mort. Ou la France deviendra une grande puissance africaine ou elle ne

sera dans un siècle ou deux qu'une puissance européenne secondaire; elle comptera à peu près dans le monde comme la Grèce ou la Roumanie compte en Europe. »

Ce savant géographe a résumé en quelques mots l'idée qui nous a poussé à écrire ce livre. Le territoire de la France est trop petit, sa population trop peu nombreuse quand on la compare à celles de l'Amérique, de la Russie, dcTAllemagne, de la Chine, etc., pour conserver le rôle prépondérant qu elle a joué dans les derniers siècles. Les productions de son industrie subissent les conséquences du renchérissement de la main-d'œuvre et elle voit diminuer ses ressources et ses richesses. 11 faut absolument trouver des contrées nouvelles qu'elle civilise et qui lui rendent plus tard, abondance de population, richesse de produits. Le centre airicain seul peut remplir ce rôle, seul il est à portée; mais il faut se hâter. L'Anglais, l'Allemand, tous les peuples civilisés convoitent ces teritoires. Déjà le musulman les pénètre et en détruisant les populations en change la nature. Nous n'avons encore fait aucun effort sérieux. A peine dans l'Ogowé, depuis quelques années avons-nous préparé la reconnaissance du pays.

Au Sénégal, que nous occupons depuis de longues années nous sommes restés longtemps sans rien désirer et sans rien tenter. Depuis quelque temps seulement nous avons fait des efforts et quelques réels progrès, mais le Sénégal, comme nous croyons l'avoir démontré, est excentrique, il est à une extrémité du Soudan et est une mauvaise base commerciale.

C'est au centre qu'il faut prendre pied, alors on étendra la main des grands lacs à l'Océan et les routes de terre seules peuvent nous y conduire.

Nous n'avons pas grand espoir que notre pays nous écoute, nous avons cru cependaut utile de remettre en

lumière autant qu'il est en notre pouvoir, ces questions agitées au début de notre carrière. L'autorité militaire, qui dirigeait alors les destinées de l'Algérie les avait mises en tète de ses travaux et nous avons la ferme conviction que, si la direction lui avait été conservée quelque temps, elle leur aurait fait faire un grand pas en avant; si même, elle n'était pas arrivée à la solution complète.

C'est donc pour payer au maréchal Randon et au général Margueritte un tribut mérité de reconnaissance que nous avons écrit ce travail, et mis au jour les études commencées sous leur direction.

Eu vérité, et c'est avec douleur que nous sommes obligé de le reconnaître, nous avons reculé depuis cette époque et nous étions alors plus près du résultat qu'aujourd'hui.

deux arabes ][ es t temps de prendre

OkKindeM.O'Callaahnn,) courageusement notre parti

et de reprendre la marche en avant.

La route d'Amadghor qui nous reste ne nous expose à aucune difficulté avec les nations européennes. Elle traverse le pays des Touaregs, et nous n'aurons affaire qu'à ces peuplades ; c'est bien peu de chose, une fois domptées, la route sera nôtre, sans partage.

L'expédition Flatters (quatre-vingt-dix hommes armés) malgré son désastre prouve clairement qu'il est facile de traverser ce territoire et que les Touaregs n'auraient pu le vaincre par la force. On peut être sûr, du reste, qu'en face d'une force plus respectable, ils n'oseront

rien et que beaucoup se rallieront à nous, puisque déjà nous savons qu'un parti important est nôtre.

Enfui qu'il nous soit permis avant de terminer, de faire valoir une dernière considération.

Lorsqu'on compare les recensements faits en Algérie on voit que l'Arabe a une capacité de reproduction considérable. Il pullule.

Les statistiques de 1876 donnaient le chiffre de 2,476,941, celles de 1886 donnent le chiffre de 3,284,762, soit en dix ans une augmentation d'un tiers environ. Les causes de cet accroissement sont faciles i\ découvrir : ce sont Tordre et la paix succédant à une longue période de guerres. Si cette période de paix dure comme nous devons le désirer, pour le succès de notre colonie, nous verrons certainement s'accroître encore cette population. Dans tout autre milieu il y aurait lieu de s'en réjouir et de s'en féliciter, car ce serait l'augmentation des éléments de travail et de production. Mais ici tout le monde pense que la puissance du travail de l'élément arabe nomade, tout au moins est à peu près nulle, et que les aptitudes qui manquent à cette partie de la population ne se développeront pas. De plus tout le monde sait cet élément très mobile et toujours prêt aux luttes, aux révoltes. Sa paresse et son humeur inconstante, autant que le fanatisme, le rendent inhabile à conserver la fortune acquise et plus encore & la produire.

Telle elle est, telle elle restera, heureuse et satisfaite de ses habitudes séculaires, danger pour la sécurité et la prospérité de la colonie, danger d'autant plus grand, qu'elle sera plus nombreuse, plus malheureuse et que le développement de nos industries, de nos productions et de notre agriculture réduiront de plus en plus ses terres de parcours et ses moyens d'existence.

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Il faut trouver un moyen de limiter cet accroissement de population, ou lui ouvrir un champ d'activité nouveau, l'occuper à une œuvre qu'elle puisse mener à bien.

Cette race, si elle n'est pas bien douée, au point de vue du travail et des habitudes d'ordre, l'est merveilleusement à d'autres points de vue, tels que : la sobriété, la résistance à la fatigue, le goût des aventures, des luttes individuelles. . . Ce sont précisément les qualités nécessaires pour vivre dans le Sahara ...

Avec les moyens d'organisation et de direction dont nous disposons, il est facile de faire servir cette population à la pénétration de ces vastes régions que nous pouvons rendre habitables en y forant des puits, en y construisant des barrages de rivières, des citernes, etc. Nous créerons là de vastes espaces où le nomade trouvera encore à faire paître ses troupeaux, alors qu 'il reculera devant le mouvement en avant de nos colons.

Nous éloignerons ainsi le danger de jour en jour et nous peuplerons le Sahara. Pour atteindre ce but il ne faut (pie quelques cadres. Ils ne manqueront pas pour mener à bien une œuvre de ce genre. Elle s'exécute du reste, tous les jours peu à peu et comme malgré nous, car tous les jours, nous faisons quelques pas en avant, et si petits qu'ils soient, ils n'en démontrent pas moins que ce que nous proposons est la conséquence nécessaire des faits et, par conséquent, que si nous organisons avec volonté et méthode la marche en avant, des succès considérables en seront le résultat.

On a parlé de conscription, ce serait un dangereux essai que de militariser tout ce monde à la fois, car il ne se fera pas nôtre. Mais en former des bandes, les armer de nos vieux fusils, et les lancer sous la conduite de quelques officiers à la conquête du Sahara, puis du Soudan, c'est les occuper utilement pour nous, créer de

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nouveaux espaces où ils pourront continuer leur vie de pasteurs, et aussi mettre un temps d'arrêt à leur multiplication au centre de la colonie.

Nous avons tout intérêt à établir d'avance un programme d'exécution et à marcher franchement à sa solution.

On dirait vraiment que les indigènes eux-mêmes nous y convient, car les Touaregs viennent de commettre, sans provocation aucune, un acte d'hostilité contre nos tribus et, dans la lutte, l'héritier présomptif du chef des Taïtok a été fait prisonnier, avec plusieurs personnages importants. Jamais nous n'aurons d'occasion plus favorable pour nouer des relations avec eux et marcher en avant.

Notre premier objectif doit-être Temassinin, puis Amguid, au confluent de l'Igharghar, de l'Oued Gharis et de l'Oued Iskaouen. La position d'Amguid est exceptionnelle, au point de vue des eaux et des cultures. De plus, d'Amguid on peut joindre Timissao et Tombouctou par les vallées de Gharis et de Tircrdjert.

Il n'existe pas dans tout le Sahara de position aussi importante. La route est connue, jalonnée, elle ne pénètre sur aucun territoire ennemi, on est là, à la limite du pays des Chambas. C'est un point où il faut absolument nous établir. L'effort est peu de chose en vue du résultat, car l'occupation d'Amguid établira entre nous et les Touaregs des relations forcées, et il n'est pas possible que notre civilisation supérieure reste sans action sur eux .

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