‹ La conquête pacifique de l'intérieur africain: ne?gres, musulmans et chre?tiensChapitre 34 sur 36 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Conclusions. Chemins de fer russes. Force d'expansion des populations arabes, indigènes. Importance d'Àmguid.

Des nombreuses routes formant les quatre faisceaux que nous avons décrits, une seule nous est ouverte, celle d'Amadghor. Le premier groupe est au Maroc. Le second, s'il n'est pas tout à fait marocain est près de le devenir. Les routes de R'hât et de Bilma sont devenues turques ou senoussya, sous nos yeux, sans que nous ayons rien fait pour I empêcher. Celle d'Amadghor, la seule qui nous reste, heureusement présente de très bonnes conditions. Elle aboutit au centre du Soudan à l'objectif cherché, le royaume de Haoussa. De plus elle offre à notre portée des positions magnifiques, d'abord Temassinine et plus loin Amguid. Hâtons-nous d'y prendre pied, sinon nous y verrons bientôt les Turcs, et alors l'Algérie sera emprisonnée et séparée de ces empires du Soudan, but et objet de toutes les convoitises actuelles en Afrique.

Les conclusions de ce long travail sont de plusieurs sortes.

1° Organiser défensivement les côtes de nos possessions algériennes et leurs frontières du côté de Tripoli.

2° Mettre en culture la bande fertile qui longe le bord nord du Sahara. L'abondance de ses eaux, la fer- j tilité de son sol, la certitude d'écouler ses produits I doivent nous engager à y porter nos efforts. Il en dé- ; coule l'obligation de pousser promptement en avant / nos chemins de fer, à travers cette zone.

3° Les routes fluviales du continent africain ne sont pas préférables aux routes de terre et exigent aussi,

pour assurer le transit, la construction de chemins de fer. Par conséquent, si nous voulons avoir notre part de ce vaste territoire, il faut y pénétrer par nos routes de terre, celles qui partent de l'Algérie. Elles sont loin d'être dépourvues d'eau et de ressources, comme nous le croyons généralement; on peut dans un avenir lointain, il est vrai, les voir jalonnées d'oasis et de groupes iraportants de populations.

Si la grandeur de l'œuvre effraie, nous croyons pouvoir rappeler que les Russes ont accompli en quelques années en Asie une œuvre plus difficile, en ce sens qu'il leur a fallu amener à Géok-Tépé une force de dix mille hommes pour triompher de la résistance et que nous sommes loin d'avoir besoin d'une force pareille, pour venir à bout des obstacles que les populations du Sahara peuvent nous opposer.

On a souvent comparé la marche des Russes vers l'Asie centrale aux opérations que nous pourrions entreprendre dans le Sahara. C'est qu'en effet il y a beaucoup d'analogie entre la région transcaspienne et nos possessions sahariennes du nord de l'Afrique au point de vue de la nature du pays, de l'aridité, des mœurs des habitants et de l'importance que prend dans ces contrées la préparation des opérations militaires.

La région de l'Amou Daria à la mer Caspienne a beaucoup de ressemblance avec le Sahara africain. Semblable à une mer de sable, la traversée eu est des plus difficiles, les oasis v sont très clairsemées. C'est le désert des Turkmènes. La partie voisine de la mer Caspienne, jusqu'aux environs de Kysil-Arwat (250 kilomètres de Mikaïlowski) est peut-être la plus difficile ce sont les déserts de Molla-Kary, les sables sont couverts de plantes qui forment de véritables forêts, l'eau fait presque totalement défaut.

Au-delà de Kysil-Arwat l'eau devient plus abondante, elle est fournie par les ruisseaux qui coulent au nord du Topek-Dagh, chaîne de montagnes qui sépare ce pays de la Perse. C'est là que se sont élevés les villages des Turkmènes qui jalonnnent le chemin de fer transcaspien avec l'oasis d'Akkal et de Géok-Tépé. Puis on rencontre les vallées supérieures de l'Iberi-Reed et du Mourgol, avec la grande oasis de Merv (850 kilomètres de Mikaïlowski) c'est la contrée la plus fertile et le centre du pays transcaspien. Mais au delà, en allant vers l'est, les ruisseaux font, de nouveau, totalement défaut. Les quelques puits que l'on rencontre sont parfois éloignés de 80 à 90 kilomètres. Ils ne donnent qu'une quantité d eau très limitée et souvent elle est salée. Les sables ont le même caractère que dans le voisinage de la mer Caspienne.

Tout le pays est parcouru par des populations deminomades auxquelles on donne le nom général de Turcomans. Ils vivent de pillage, dévastent le pays, enlèvent les habitants, qu'ils vont vendre comme esclaves sur les marchés de l'Afghanistan et de la Boukharie, comme le font les marchands d'esclaves du Soudan.

La partie la plus civilisée de la population habite la région la plus rapprochée de la mer Caspienne, ce sont les Akkal-Téké, leur nombre peut être évalué à 40000 tentes. Les villages sont habités par quelques agriculteurs sédentaires, ils sont fortifiés et servent comme les ksours du Sahara, déplaces de sûreté aux nomades. Merv est une ville naissante, appelée comme Khiva, à un grand développement.

En somme, le pays est pauvre et la population très clairsemée. La manière de vivre et de combattre de ses habitants ressemble beaucoup à celles des Arabes du

sud de l'Algérie. Cavaliers infatigables, ils savent aussi

résister derrière les murailles de leurs ksours.

Les expéditions dans ces pays ont, par suite, beaucoup d'analogie avec celles du sud de l'Algérie.

Dans les unes comme dans les autres, la préparation est la partie la plus longue et la plus difficile. L'expédition de Skobelew (1880 à 1881) a demandé plus d'une année de préparation.

Le général avait compris que l'insuccès éprouvé les années précédentes par le générai Lomakine était dû en grande partie au défaut de préparation et à l'insuffisance des approvisionnements. Aussi ne négligea-t-il rien de ce côté .

Il n'hésita pas à entreprendre, malgré des des difficultés inouïes, la construction du chemin de fer de Krasnovodosk à Kysil-Arwat, et Banie, sa base de réapprovisionnement, et cependant il lui fallut recourir à un convoi de plus de 30000 chameaux, soit près de trois chameaux par homme comptant à l'expédition, et

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