PREFACE
La pièce, commencée à huit heures un quart, a fini à minuit moins dix minutes, allongée d'un quart d'heure à peu près par les applaudissements. Vous comprenez que je ne me ferai pas à moi-même le mauvais tour de vous faire l'analyse de la pièce. Assez, ne sachant comment remplir leurs neuf colonnes, s'amuseront à vous ôter le velouté de la surprise.
Un homme a commis une faule. Cet homme serepent,éi
(i PREFACE.
à force d'abnégation, de dévouement , de souffrance, se relève plus grand qu'il n'était avant sa chute.
Trois actes sont consacrés au crime, trois actes à l'expiation.
Je ne dirai pas le défaut de l'ouvrage, il était impossible de le couper autrement; je dirai, le malheur de l'ouvrage, c'est d'être séparé en deux pièces parfaitement distinctes.
La première finit au troisième acte.
La seconde au sixième.
Il y avait à craindre que l'intérêt porté au plus haut degré au deuxième et au troisième acte ne pût, au cinquième et au sixième, remonter à la même hauteur.
Il n'y a que les gens du métier qui sentiront quelle difficulté il y avait là.
"La difficulté a été vaincue.
Mais aussi il y avait un grand parti à tirer de cette opposition des trois premiers actes se passant dans un monde bourgeois, avec les trois derniers actes se passant dans un monde aristocratique.
Le parti en a été tiré.
Le rideau est tombé aux applaudissements du public pour Laferrière , qui a été interrompu trois fois au moment de prononcer le nom de votre serviteur, par le tonnerre qui grondait dans la salle.
Le public de l'Odéon, qu'il me siffle ou qu'il m'applaudisse, a toujours été pour moi le vrai , le seul , l'unique public de Paris.
Il n'y a qu'à le lâcher sur la piste d'un noble dix cors ou d'un ignoble blaireau, et l'on peut être tranquille, il mènera l'animal jusqu'au bout.
La pièce a été admirablement jouée. Tisserand, dans le rôle de Alden ; Mlle Bérengère , dans celui de Charlotte ; M. Métrême, dans celui de Frédéric, ont eu les honneurs des trois premiers actes. M. Rey, dans le personnage du ministre; Mlle Périgat, dans le personnage de la comtesse Sophie; Mme Isabelle Constant , dans le rùle de Louise, et Cuichard, dans celui de Karl, ont eu les honneurs des trois derniers.
Trois personnages ingrats , d'intrigants de cour, ont été parfaitement joués par MM. Rime, Thirion et Saint-Léon.
Le rôle du receveur Ruhberg était joué par M. Laut. C'est un artiste que notre ami Régnier nous avait ramené de la