PREFACE
Hollande ; nous avons une obligation de plus à notre ami Régnier.
Mais l'homme a qui nous devons la meilleure part de notre succès, disons-le franchement et hautement, d'autant plus franchement et hautement que nous avons souvent, à cause de son grand talent môme, été sévère pour lui , c'est Laferrière.
Laferrière a été admirable, prodigieux, complet dans le rôle d'Edouard. Jamais artiste, et je parle des plus grands artistes, entendez-vous, n'a été dans une seule soirée plus abattu, plus fiévreux, plus calme, plus poétique, plus aimant, plus désespéré, plus délirant, plus joyeux, plus exalté, plus écrasé que Laferrière. Il portait à lui seul le poids de la pièce, et, jusqu'au bout, il l'a porté sans s'arrêter, sans plier, sans haleter; il est vrai qu'à chaque entr'acte nous allions lui donner la main et lui porter les compliments de Mme Emile de Girardin et de George Sand. On va loin, n'est-ce pas, Laferrière, avec de pareils rafraîchissements sur sa route.
Aussi Laferrière a-t-il été aussi loin, a-t-il monté aussi haut qu'il est permis au talent dramatique d'arriver.
Barré, qui le suivait sous le costume d'un vieux serviteur, a été applaudi tout le long de la route. Gomme son maître n'avait pas toujours d'argent pour le payer, nous l'invitons à prendre ses gages en applaudissements.
Si ce n'était pas un si mauvais souhait à faire à votre avenir dramatique, mon cher Laferrière, nous vous dirions qu'après un pareil succès , les portes du Théâtre-Français doivent vous être ouvertes à deux battants.
Seulement, une fois que vous serez là, il vous faudra renoncer à jouer des Edouard Ruhberg.
Restez donc avec nous, et je me charge, moi , de faire de v.,us au théâtre tout ce que vous voudrez être.