Edouard, Sophie, le ministre
■>. Sophie, le ministre.
B1BUOTHECA
LE MINISTRE
Pour toujours.
Alors ce papier ?... C'est sa démission.
SOPHIE
LE MINISTRE
SOPHIE
Qu'il vous a offerte ou que vous lui avez demandée ?
LE MINISTRE
Qu'il m'a offerte et que j'ai acceptée.
SOPHIE
Vous n'ignorez point, monsieur, que votre protection lui a fait ici des ennemi» mortels?
LE MINISTRE
Stevens, en cette circonstance , n'a eu d'autre ennemi que luimême.
SOPHIE
Vous qui êtes à la fois l'indulgence et la justice , je n'ai pas besoin de vous dire, monsieur, qu'il n'existe peut-être pas un seul homme qui dans sa conduite passée n'ait quelque reproche à se faire.
LE MINISTRE
J'ignore à quoi vous faites allusion , comtesse. Il ne s'agit point ici de la conduite passée , mais de la conduite présente de M. Stevens, chargé par moi d'une mission de confiance près du baron Karl ; où j'attendais le dévouement , j'ai trouvé la trahison.
sophie , à part.
Oh ! je sais tout ; pauvre Edouard !
LE MINISTRE
En somme, M. Stevens a eu envers moi des torts graves, il les a compris.... il s'éloigne.
SOPHIE
Êtes-vous bien sûr qu'il soit convaincu de ces torts, croyez-vous fermement que ce soit à cause de ces torts qu'il s'éloigne? Ne vous est-il pas venu à la pensée qu'il pourrait y. avoir un autre motif que celui que vous supposez à ce départ, si précipité qu'il ressemble à une fuite? N'avez-vouspas entendu dire qu'il avait existé autrefois tel grand cœur, si grand, qu'il était capable d'abandonner pour un malheur certain, inouï, éternel, un bonheur dont il avait la modestie de se croire indigne? Ces hommes-là, prenez-y garde, monseigneur, ils laissent, une fois partis, ils laissent plus qu'un regret, ils laissent un remords au cœur de ceux qui les ont méconnus. Eh bien ! je vous dis, moi, monseigneur, que M. Stevens est un de ces hommes-là. Je vous dis que cette action que vous lui reprochez comme une trahison et que je tiens moi pour un dévouement suprême, il lui a fallu une force plus qu'humaine pour l'accomplir. Je vous dis cela, monseigneur, et avecl'aide de Dieu je vous donnerai la preuve de ce que je vous dis. (Elle, sort vivement par la gauche.)