ACTE II, SCÈNE V
récompenser d'avoir consenti à notre mariage, votre distraction, votre joie, votre bonheur seront notre seule pensée.
ALDEN.
Vrai, mon enfant?
CHARLOTTE
Oh ! je vous le jure en mon nom et au nom de Frédéric.
ALDEN.
Alors, vous vous chargez de moi ?
CHARLOTTE
Je crois bien. Vous vivriez chez nous, avec nous et vous verrez comme nous vous soignerons.
ALDEN.
Cela ne fera pas de mal. Il y a déjà cinq ans que j'ai perdu ma pauvre Marguerite , ma femme bien-aimée , qui avait dix ans de moins que moi. Je comptais un peu sur elle pour ma vieillesse. Elle aurait dû me survivre dans l'ordre ordinaire des choses. Au contraire elle est partie devant. Mon fils a ses affaires, son étude, son état; d'ailleurs les hommes.... De sorte que je n'ai plus personne qui me soigne quand, de temps en temps, la vieillesse me fait dire : « Attends-moi, Marguerite, je suis là, je viens! » Notre corps renferme un tas de serviteurs qui nous obéissent sans réplique tant que nous sommes jeunes. Faut-il allonger la jambe? la jambe s'allonge toute seule; faut-il lever le bras? le bras est en l'air avant que la pensée ait eu le temps de lui en faire le commandement Mais il arrive une heure, ma belle enfant, où ces domestiques, il est vrai, nous servent encore, mais à tout propos raisonnent, font des observations, geignent, jusqu'à ce que, un beau jour , ils refusent tout à fait le service. Alors , bonsoir , il faut partir. Grâce à Dieu, je n'en suis pas là et j'ai encore dix bonnes années à vous faire enrager. Embrasse-moi, mon enfant, et nous autres, monsieur le conseiller, allons bâch-r l'affaire ( il prend le bras du conseiller). Madame de Ruhberg, voire serviteur.... Ah! de quel côté allons-nous?
RUHBERG.
Par ici, monsieur Alden, par ici.
[Ils sortent par la droite.)