H1TAN
Eh ! je te l'ai dit, morbleu ! tu ne m'écoutais pas.
EDOUARD
Pourquoi ne m'as-tu pas pris par les cheveux? Pourquoi ne m'as- tu pas arraché de la table?
RITAN.
Avec cela que tu es facile à manier, quand tu perds.
EDOUARD
Ah! tu eusses été mon bon ange, Ritan, mon ami. J'ai bien envie pour en finir de me faire smiter la cervelle.
RITAN.
Beau moyen ! d'ailleurs tu n'as pas lu cette lettre, peut-être estelle moins pressante que tu ne le crois.
Edouard , lisant.
« Monsieur, vous avez perdu cette nuit mille écus contre moi ; ils devaient m'être payés à neuf heures du matin. Il est midi etj'attends encore.
« Remettez, je vous prie, les mille écus à mon domestique, qui en payera une dette que j'ai retardée parce qu'elle n'est pas une dette d'honneur. « Baron de Daunberg. »
Edouard.
Tu vois; allons, va chez Mme de Kœnigstein.
RITAN.
La lettre?
Edouard.
La voici.
ritan , revenant. Comptes-tu beaucoup sur cette démarche ?
EDOUARD
Que veux-tu dire?
RITAN.
Je veux dire que , criblé de dettes comme tu es, la proposition est non-seulement ridicule , mais encore. . . .
EDOUARD
Achève , voyons.
RITAN.
Ma foi , disons le mot.... peu délicate.
EDOUARD
Ritan!...
RITAN.
Eh bien!
EDOUARD
Je serais de ton avis si ces dettes.... ce n'était pas pour elle que je les eusse faites.
RITAN.
Voilà ce qu'il sera difficile de lui persuader.
EDOUARD
Non , car elle m'aime.
En es-tu bien sûr?
EDOUARD
Quelque chose te fait-il croire le contraire?
RITAN.
Écoute : il me semble qu'une jeune fille qui aime un homme ne permet pas qu on le persifle devant elle.
EDOUARD
Hein! qui s'est permis cela?
RITAN.
Ah! ma foi, tout le monde, hommes et femmes à qui mieux mieux.
EDOUARD
Ritan! Ritan! j'aurais besoin qu'on me soutînt et tu m'écrases.
RITAN.
N'importe, tu comprends, je suis à tes ordres.
Edouard, prenant son chapeau sur la table *.
Non, j'y vais moi-même, et si je vois un seul de ces jeunes fats qui l'entourent sourire, celui-là aura affaire à moi. Merci, Ritan , altends-moi.