Le ministre, Louise
LE MINISTRE
Eh ! justement, je voulais te parler de cela ; le moment de cette séparation approche , mon enfant.
LOUISE
Retourne-t-elle en France?
LE MINISTRE
Non!
LOUISE
Se marie-t-elle ?
LE MINISTRE
Elle et toi, vous vous mariez.
LOUISE
Moi!
LE MINISTRE
Le mariage est l'écueil où se perdent, d'habitude, les amitiés de jeunes filles. Le mariage ouvre d'autres horizons , amène d'autres devoirs, crée d'autres tendresses. Mais qu'as-tu?
LOUISE
Pardon, mon cher oncle, la nouvelle que vous m'annoncez est si inattendue....
Tu sais, mon enfant, que les hautes positions ont leurs exigences suprêmes : rarement une fille de ta condition choisit son mari !
LOUISE
Je le sais, et c'est peut-être là ce qui m'a causé tout à l'heure un si violent serrement de cœur. Oh ! rassurez-vous , vous n'éprouverez de ma part aucune résistance; ma volouté sera soumise à votre volonté, et ce qui vous rendra heureux me rendra contente. Mais pardonnez-moi mon trouble, cher oncle, j'ai toujours tremblé devant ce moment et toujours je me suis dit : C:est à cette heure-là, pauvre Louise, que tu t'apercevras que tu n'as plus de mère !
LE MINISTRE
Remets-toi, ton émotion est grande, et, dans ce moment, tu accorderais par reconnaissance ce que plus tard tu n'oserais révoquer par honte. Je te connais, noble et chère enfant, tu préfères le bonheur des autres au tien. Écoute-moi donc: l'homme que je te destine....
LOUISE
Arrêtez, je ne puis me laisser surpasser en franchise. J'aime.
LE MINISTRE
Tu aimes !
LOUISE
Vous le meilleur de mes amis, vous le plus ancien de mes confidents, écoutez-moi , j'obéirai à vos ordres. J'estimerai, je respecterai, j'épouserai l'homme de votre choix. Mais l'aimer! oh! l'aimer! c'est impossible. Je n'aimerai jamais que lui seul , il est bon , il est noble , ses vertus sont un héritage qu'il tient de son père. Oh ! ayez