SCÈNE I
FDOUARD , assis à droite de la table ; puis CHRÉTIEN.
EDOUARD
La marier ! Sophie ! Ah ! c'est le dernier coup. Adieu mes rêves, mes folles espérances.... Tout est fini pour moi, tout. chrétien, accourant.
Monsieur Edouard ! monsieur É louard ! une lettre de Manheim.
EDOUARD
Comment, une heure en retard sur le courrier!
CHRÉTIEN
Par extraordinaire , je n'étais pas là quand elle est arrivée....
EDOUARD
Donne : l'écriture de ma sœur !... Cachetée de rouge, Dieu merci !
CHRÉTIEN
C'est justement ce que je me disais en l'apportant. Eh bien ! monsieur, qu'y a-t-il de nouveau?
EDOUARD
Tout va bien là-bas, mon pauvre Chrétien. Les mille louis ont été remboursés à M. Alden, partie par la vente de la maison, partie...
CHRÉTIEN
Sur ce que vous avez envoyé. Et, Dieu sait que vous vous êtes privé de tout pour vous acquitter. Enfin, voilà une nouvelle qui, je l'espère, vous rendra plus gai.
Plus gai? vois ce qui suit....
chrétien, lisant.
« M. Alden exige, mon cher Edouard, que je t'apprenne ce que j'eusse voulu te cacher, c'est-à-dire que notre pauvre père va de plus mal en plus mal. »
Edouard, laissant tomber sa tête entre ses mains. Ah!
CHRÉTIEN
Mon cher monsieur Edouard !...
EDOUARD
Oh ! mon père ! mon père !
CHRÉTIEN
Il faut espérer en Dieu; M. Ruhberg est encore jeune.
Edouard , passant au canapé.
Chrétien! Chrétien! il m'a défendu de me tuer et il se laisse mourir !
CHRÉTIEN
Monsieur, écrivez-lui que votre position est belle, honorable, enviée de tous; écrivez-lui que vous êtes heureux, et ce se>a, croyez-moi, un baume sur sa blessure.
EDOUARD
Je ne puis lui écrire cela , Chrétien.
CHRÉTIEN
Pourquoi ?
Parce que ce n'est pas vrai, parce que je suis plus malheureux que je ne l'ai jamais été.... parce que je suis au désespoir!
CHRÉTIEN
Vous! Quelque complot fie ces méchantes gens, n'e4-ce pas? Des Nebel , des Bezanetti? C'est encore l'intrigue des hommes qui menace votre fortune?
EDOUARD
Non , Chrétien ! c'est la justice de Dieu qui menace mon amour !
CHRÉTIEN
Votre amour? Oh ! monsieur, depuis que vous avez été trompé par cette affreuse femme, vous aviez tant juré de ne plus aimer personne !
EDOUARD
Oui , c'est vrai. J'avais juré cela , mais que veux-tu? Je n'ai pas su tenir ma promesse, Chrétien !.. J'ai vu chez le ministre sa fille adoptive.
CHRÉTIEN
La comtesse Sophie ?
EDOUARD
En vain mon bon ange me criait : « Ne regarde pas de ce côté ! Fuis! fuis! malheureux ! » J'ai tourné la tète vers elle : un de ses regards m'a dit de rester, et je n'ai plus eu la force de fuir !
CHRÉTIEN
Oh ! monsieur! vous l'aimez !
EDOUARD
Non-seulement je l'aime , Chrétien , mais encore je suis aimé d'elle. Et tout à l'heure, ici, le ministre vient de réordonner de dresser le contrat de mariage de la comtesse avec le comte de