SCENE PREMIERE EMMANUEL, EVA
Kva est en scène. Elle attend avec une impatience visible.
EMMANUEL» entrant, avec surprise.
Tiens! lu es là,, mon .unour ? La bonne rencontre !
Il lui baise les mains amoureusement.
EVA-
Qu'est-ce que tu viens faire ici ?
EMMANUEL
Je viens aider papa dans sa grande opération.
EVA
Quelle opération ?
EMMANUEL
Tu ne comprends pas ? Tu sais pourtant ce qui s'est passé ?
EVA
Vaguement ! Tu n'as presque rien voulu me dire hier.
EMMANUEL
C'est vrai. J'étais si ennuyé t Et puis, je n'aime pas beaucoup te raconter ces affaireslà... Enfin, tu sais que mon aimable beaufrère, non seulement se livrait à des spécu-
lations hasardeuses avec l'argent de ses actionnaires, mais encore entretenait, avec ce même argent, une maîtresse fort coûteuse...
EVA
Oui... oui... ça, tu me l'as dit... Après?
EMMANUEL
Après? Tu sais que nous avons dû révéler la chose à ma pauvre sœur qui n'a fait qu'un bond à l'adresse indiquée...
EVA, impatiente.
Après ?... Après? A-t-elle eu une explication avec son mari?
EMMANUEL
Non. Et pourtant, en revenant de là-bas, elle s'est trouvée .avec lui... Pour quelle raison n'a-t-elle pas fait la scène que toute autre femme eût faite à sa place ? Je l'ig-nore. Mon beau-frère, lui, tout à fait désemparé^
sans doute, par le triste état de ses afîaires, s'est enfermé dans son cabinet, tandis que * Jenny, malade de douleur, allait se réfugier auprès de papa. Dans la soirée, Montret a voulu parler à sa femme, mais elle lui fit répondre que sa trahison lui était connue, et qu'elle ne voulait plus le voir I
EVA, iaquiète.
Et Jenny n'a pas dit si elle connaissait le nom de la femme .. qui...
Elle ne l'a pas dit... Et elle ne doit pas
le connaître... D'ailleurs, le nom n'a pas
d'importance. Il y a une femme, voilà ce qui est sûr !
EVA
Et de quelle opération me parlais-tu tout à l'heure?
EMMANUEL
Eh! bien, c'est aujourd'hui qu'on exclut de cette maison le mari coupable et le spéculateur compromettant. Comme un membre gangrené qui menace la vie de toute une famille, il va en être retranché !
EVA
C'est une amputation !
EMMANUEL
Ma foi, oui. Papa est extraordinaire. Il a un vrai tempérament de chirurgien. Il aime à tailler, à rogneç dans les situations et dans les consciences. Toujours avec l'idée louable, d'ailleurs, de sauver les gens, et même de les sauver malgré eux.
EVA
Et sur toi, n'a-t-il jamais tenté de?...
1G8 LA CONSCIKiXCK DE L'ENFANT
EMMANUEL, riant.
Sil... Oh ! si... bien souvent !... Mais je ne me suis pas laissé faire !
EVA
Tu y passeras comme les autres, mon bon ami.
EMMANUEL
Jamais ! Je sens que je me porte bien, moi ! Je me porte le mieux du monde! (a lui baise amoureusement les mains.) Je ne sais pas Comment ça se fait : plus ça va, plus je t'aime. Chaque jour je te trouve plus jolie, plus appétissante, plus... Ah! si seulement tu m'avais donné...
EVA
Oui... oui... je sais...
EMMANUEL
Enlin! n'y pensons plus... Je suis heureux, tout à fait heureux !... (a lui baise encore le»
mains.) Au icvoir, ma toute belle. 11 faut que j'aille me mettre à la disposition de papa... Et toi tu restes là ?
EVA
J'attends Jenny.
EMMANUEL
Elle est sans doute avec maman. Je vais te l'envoyer.
Il sort.