SCENE PREMIERE
JENNY, MADAME CAUVELIN, puis GAUVELIN.
Jenny descend avec sa mère du perron de l'hôtel du premier plan, et l'installe confortablement dans un fauteuil garni de coussins.
JENNY, très filiale.
Es-tu bien comme cela ?
MA-DAMlL GAUVELIN.'
Oui.
Tu n'auras pas froid?
MADAME GAUVELIN.
Non...
JENNY
Je vais faire venir tout le monde ici?
MADAME CAUVELIN.
Oui.
JENNY
Cela ne te fatiguera pas?
MADAME CAUVELIN.
Non...
JENNY
A tout à riieurc.
MADAME CAUVELIN, la retenant.
Tu n'oublies rien?
JENNY' gaiement.
Suis-je étourdie'! J'oubliais de t'embras-
Ser ! (Elle l'embrasse avec une vive tendresse.) Ma
chère maman !
Au moment de sortir, Jenny est appelée par son père qui sort de son hôtel.
CAUVELIN.
Jcnny !
JENNY
Père?
GAUVELIN.
Il faut absolument que je te parle ! Depuis ce matin, tu m'échappes toujours. On dirait que tu le fais exprès.
JENNY
J'ai mes invités.
(ÎAUVELIN.
Un mot seulement. N'as-tu rien remarqué de particulier dans les allures de ton mari?
JENNY
Non.
GAUVELIN.
Il ne te paraît pas plus soucieux que de coutume?
JENNY
Non.
LA CONSCIENClî DE L ENFANT
Tu ne sais rien de ses affaires?
JENNY, Oh ! rien du tout!
GAUVELIN, sec.
C'est un tort! Une femme doit connaître les affaires de son mari ! N'a-t-il pas demandé ta procuration pour disposer de tes biens propres ?
JENXY, avec une onibro d'inquiétude aussitôt dissipée.
Non.
GAUVELIN.
Bien Arai?
JENNY
Je te dis toujours la \'érité.
GAUVELIN.
Autrefois, oui. aAant ton mariage, tu me
la (lisais toujours, et tout entière. Mais les temps sont bien changés ! Tu n'as plus pour ton vieux père ta belle confiance d'enfant! C'est un autre qui l'a, ta confiance I
JENNY, souriant.
Père> tu n'es pas sage aujourd'hui. Te voilà encore dans tes mauvaises pensées. Tu t'imagines que d'ôtre mariée, et mère d'une grande fille, ça me gêne pour t'aimcr. C'est une erreur! J'ai toujours pour toi, je te jure, la même affection et la même confiance ! Demande à maman !
Madame Cauvelin approuve en souriant.
CAUVELIN, secouant la tête.
Si tu pouvais dire vrai.
JENNY, gaiement.
En veux-lu la preuve? Tiens.
Elle l'embrasse tendrement et veut s'eloig-ncr.
C AU VELIN, la retenant encore.
Si ton mari te demandait une signature, trouve une échappatoire, et consulte-moi.
'.TEXNY.
C'est convenu.
GAUVELIN.
Tu me le promets?
JENNY
Mais oui ! Mais oui ! (eIIp s'échappe ; au domestique.) Servez le café ici.
Elle sort vivement.
GAUVELIN, la suivant des yeux.
Je ne vois plus clair en elle.
MADAME GAUVELIN, qui a écouté d'un air inquiet le dialogue précédent, doucement.
Mon ami, viens t'asseoir un peu près de moi...
Gauvelin s'installe auprès de sa femme, et s'absorbe dans la lecture de journaux. On sert le café. Les j)ersonnages entrent par groupes.